Mariage pour tous-tes, le débat continue

Chantal Delsol, philosophe et éditorialiste au Figaro vient de publier une tribune dans laquelle elle s'oppose au mariage homosexuel
Non au mariage homosexuel!
 Sa tribune s'ouvre sur un rappel des traditions chrétiennes de notre pays. C'est son premier argument contre le mariage pour tous-tes.
Chez nous, toutes les valeurs traditionnelles sont chrétiennes, et quand la chrétienté s’efface, c’est comme si on nous retirait le sol sous les pieds – plus rien ne reste.
"Les valeurs traditionnelles"... Cette expression n'est pas sans rappeler celles de Nicolas Sarkozy dans son interview accordée au même journal en février 2012.
Je ne suis bien entendu pas d'accord avec Chantal Delsol.
Mais ce qui me gêne d'entrée de jeu avec cette tribune, c'est cette affirmation au nom du "nous" qui dit que si ces valeurs disparaissent, plus rien de reste. Non seulement c'est très expéditif mais en plus, cela revient à dire que rien ne doit changer dès lors que cela affecte ces valeurs traditionnelles chrétiennes.

Cela veut-il dire que Chantal Delsol dénoncerait également le droit au divorce ou à l'IVG?

Car même si ma pratique religieuse se résume à un athéisme convaincu, je connais suffisamment mes classiques pour savoir que ces deux "pratiques" s'inscrivent en faux avec la sacro-sainte Chrétienté.
Pour autant, la philosophe reconnaît bien volontiers que le mariage pour tous-tes est une avancée sociétale et culturelle inéluctable.
Ainsi, un certain nombre de citoyens n’ont pas voté Hollande, parce qu’il était entendu qu’il légitimerait aussitôt le mariage homosexuel (mesure qui ne coûte pas un sou et qui fait plaisir aux journalistes). Mais chacun savait bien que Sarkozy, lui, aurait fait la même chose quelque temps ou quelques années plus tard. On dirait bien que ce genre de mesure nous attend comme un destin grec! Un futur inéluctable, et cela est corroboré par la déclaration récente du président Obama. Dire le contraire ne serait pas moderne, et jetterait aussitôt un président dans les marges du populisme. Pourquoi inéluctable? Parce que, dans nos sociétés, tous les arguments susceptibles de s’opposer à ces mesures sont d’ordre religieux. Et nos concitoyens n’ont plus de religion. Alors, on ne voit pas à quel titre on les empêcherait de faire n’importe quoi. Et tous les combats contre le mariage homosexuel ou l’euthanasie (pour prendre ces deux exemples récents) sont des combats le dos au mur, obsidionaux, et évidemment perdus d’avance : leur justification n’est comprise et partagée que par quelques arriérés dans mon genre.
Bon... Mais que cherche-t-elle a nous dire au juste?
  • Que Nicolas Sarkozy n'est pas moderne et qu'il a versé dans le populisme en s'opposant au mariage pour tous-tes. OK.
  • Mais qu'il aurait cédé un jour ou l'autre pour permettre à "nos concitoyens" de "faire n'importe quoi" puisque nous n'avons "plus de religion". 
Donc puisque nous n'avons plus de religion, nous n'avons plus aucune raison d'être empêché-e-s de faire n'importe quoi. CQFD.

Dans un État laïc, il me semble plus que normal que la religion n'ait plus à dicter les lois!

Et à noter au passage, ce raccourci particulièrement homophobe qui revient à dire que:

Se marier avec une personne du même sexe, c'est faire n'importe quoi.

Sa tribune se poursuit sur les limites d'une telle union. Bien que Chantal Delsol récuse les arguments naturalistes qui prétendent qu'une union homosexuelle est contre-nature, elle reconnaît néanmoins que ces arguments sont dépassés:

Des chrétiens vont me répondre que le mariage homosexuel heurte la nature, et que la religion à cet égard ne fait qu’écouter la nature. Mais la nature a bon dos. Avec ce même argument, les catholiques prétendaient, il y a un siècle, que les femmes devaient souffrir pendant l’accouchement parce que c’était naturel… L’homme est un être de culture. Nous distançons et nous dominons sans cesse la nature, et c’est tant mieux. La difficulté consiste à savoir quelles limites il faut se garder de franchir, à partir de quand les dégâts dépasseront les avantages, et finalement, à partir de quand le progrès coûte trop cher.
Elle insiste au contraire sur le fait que la défense du mariage homosexuel est une revendication nihiliste qui revient à nier toutes les valeurs sociales et morales.

Car c'est bien cela qui dérange Chantal Delsol: ouvrir le mariage aux homosexuel-le-s, c'est la porte ouverte à toutes sortes d'abus:

C’est le remplacement des valeurs morales par l’unique critère de la souffrance et du désir individuels: empêcher deux homosexuels de se marier est inhumain, car enfin ils en souffrent. Pourquoi les en empêcher puisqu’ils s’aiment? Avec ce raisonnement, on justifie n’importe quoi. Des Hollandais ont contracté un mariage à trois. Un jeune Australien s’est marié l’année dernière avec son chien. Des enfants de 10 ans pourraient se marier, s’ils s’aiment. Et aussi un père avec sa fille de 10 ans, s’ils s’aiment.
Voilà.
CQFD.

Permettre aux homosexuel-le-s de se marier au nom de leur amour, c'est cautionner sur le long terme la zoophilie, la polygamie, la pédophilie et l'inceste.

Ces propos ne sont pas sans rappeler ceux de Brigitte Barèges qui s'offusquaient sur le mariage pour tous-tes en questionnant: "Et pourquoi pas des unions avec des animaux? Ou la polygamie?"

Et c'est là que cette tribune dépasse les bornes selon moi.

Finalement - et bien que tous ces arguments me filent la nausée - je crois que je préfère encore les arguments réac de la droite catholique qui - au nom de la religion - se dit contre le mariage pour tous-tes.
Quant à la conclusion de cette tribune, je vous laisse en apprécie la teneur qui vient mettre un point final à toute cette diatribe ouvertement homophobe.

Lorsque plus rien n’arrête le désir, ni la religion ni la tradition, ni aucune sagesse plus haute, alors les dégâts ne sont pas loin. Nos contemporains, d’ailleurs, le savent bien, puisque dans tous les autres domaines ils militent contre la loi du désir tout-puissant : face à l’environnement, face à l’économie. Dans ces domaines, ils sont conservateurs au bon sens du terme: au sens où nous devons conserver l’avenir. Pourquoi faudrait-il limiter nos caprices dans le but de protéger l’avenir des forêts ou celui des salariés, et non de protéger l’avenir de la famille et de la filiation?
Le mariage pour tous-tes, parce qu'il répond à un caprice, mènerait alors à l'extinction de la famille, de la filiation et à plus long terme - cela va sans dire - de l'humanité.

Voilà ce que publiait Le Figaro aujourd'hui.

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16 commentaires

  1. Je ne la connaissais pas, je l'adoooore déjà !

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  2. Et certains osent dire que le Figaro... non, rien...

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  3. Pourquoi ne pas défendre avec la même ardeur la polygamie ? ne serait-il pas normal d'avoir plusieurs époux et/ou épouses du même sexe ou de l'autre, qui auraient, pour chacun le droit d'avoir aussi d'autres époux et/ou épouses ? pourquoi ne pas défendre aussi le mariage à durée limitée ?

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  4. Fustigeons les étrangers et tout ira mieux.

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  5. Quand la réflexion se fait en l'absence du prisme de la religion:

    http://videos.arte.tv/fr/videos/28_minutes-6665732.html

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    1. En effet. En même temps, même si historiquement le mariage est avant tout religieux, on est maintenant dans une société où il convient de distinguer mariage religieux et mariage civil il me semble. Car la question fondamentale n'est pas de "s'unir devant Dieu", mais d'avoir le droit essentiel de s'unir civilement et d'être un couple reconnu aux yeux de la loi... enfin je crois!

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  6. Enfin quoi ? !
    NON au mariage, quel qu’il soit ! Non ?
    NON au mariage, invention bourgeoise pour la transmission des névroses, du patrimoine, et des « valeurs » (? !) du cacapitalisme, etc.
    NON au mariage, quel que soit le sexe, le genre, etc.

    Karl-Groucho D.

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    1. Nan mais d'accord: alors abolissons le mariage pour tout le monde alors. Sauf que la mariage existe. Alors puisqu'il est là, permettons aux personnes de même sexe de se marier si elles le souhaitent.

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    2. « Sauf que le mariage existe ».
      Quelle fabuleuse richesse d’arguments...
      Donc, en avant et vive l’invention bourgeoise pour la transmission des névroses, du patrimoine, et des « valeurs » (? !) du cacapitalisme, etc. « puisque ça existe ». Sûr que c’est comme ça qu’on avance. Gardons précieusement torture, guerre, tauromachie, inquisition, etc., puisque ça existe. Etc.

      Désolé, mais « Résister se conjugue au présent », comme disait Lucie Aubrac. Bien que la collaboration « existe »...

      Adieu.

      Karl-Groucho D.

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    3. Mouais... Même si - personnellement - je ne suis pas une fervente défenseuse du mariage... J'ai quand même du mal à le mettre dans le même sac que : torture, guerre, tauromachie, inquisition...
      Mais bon... Si vous l'dîtes...

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