27/12/2015

Entre les achats de Noël, la dinde, les huîtres et la bûche, nous sommes nombreux-ses à avoir réagi à l'annonce du Président de la République de vouloir déchoir de la nationalité française les binationaux nés français qui seraient reconnus coupables d'actes de terrorisme contre la France.

Ma première réaction a été plutôt fataliste. Je me suis dit qu'après tout, aux actes terroristes devait répondre une mesure exceptionnelle. Je crois aussi que, comme cette mesure avait été annoncée par François Hollande au Congrès de Versailles le 16 novembre, je n'étais pas surprise qu'elle soit maintenue. Pour faire court, je m'y attendais tellement que je n'ai absolument pas réagi.

Puis s'en sont suivis un battage médiatique et politique et des échanges musclés.

Déboussolée, je me suis demandé où était l'unanimisme du 16 novembre, où étaient les Français-e-s qui approuvaient cette mesure puisque les seul-e-s dont on relayait la parole était celles et ceux qui étaient farouchement opposé-e-s à cette mesure.

Le banquet de Noël terminé, il me reste malgré tout un arrière-goût indigeste.

Après deux Alka Seltzer et un verre d'Hepatoum, je suis convaincue que, dans le contexte actuel, inscrire une telle mesure dans la Constitution, n'apportera aucune réponse satisfaisante au terrorisme dont nous sommes les cibles sinon celle d'une division encore plus importante entre les Français, qu'ils soient nés français, étrangers ou auvergnats.

Par ailleurs, j'ai de sérieux doutes sur l'efficacité d'une telle mesure à l'encontre d'individus capables de se faire sauter n'importe où, n'importe quand. Que peut bien leur importer la déchéance de la nationalité quand ils n'ont pour seul objectif que de mettre à bas la République en massacrant ses citoyens ? Puisqu'ils n'ont plus rien à perdre, quel peut bien être l'intérêt d'inscrire une telle mesure dans la Constitution dès lors que, par la seule voie qu'ils ont choisie, ils ne sont déjà plus français depuis bien longtemps?

Et puis j'ai relu le discours de Grenoble de 2010. Le fameux discours de Nicolas Sarkozy dans lequel il annonçait sa volonté de déchoir de la nationalité française certains "français naturalisés depuis moins de dix ans condamnés pour meurtre ou tentative de meurtre sur personne dépositaire de l'autorité publique. [...] La nationalité française doit pouvoir être retirée à toute personne d'origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d'un fonctionnaire de police ou d'un militaire de la gendarmerie ou de toute autre personne dépositaire de l'autorité publique."

Alors oui, je sais. On en est loin, très loin même puisqu'on parle aujourd'hui de terroristes. Nous sommes très loin des délits cités par Nicolas Sarkozy. Et pourtant... La mesure évoquée est la même et je la condamnais déjà en 2010.

Mais... Autant je suis convaincue de la nécessité de prendre des mesures exceptionnelles pour condamner celles et ceux qui ont été, sont ou seront reconnus coupables d'actes de terrorisme, autant je suis convaincue que la déchéance de la nationalité n'est pas et ne sera jamais la solution.
  1.  Parce qu'elle divisera encore plus les Français-e-s selon leurs origines et quand on voit ce qui se passe depuis 4 jours en Corse, m'est avis que l'heure n'est pas à cliver encore davantage mais bien à unir et rassembler les Français, tous les Français d'où qu'ils viennent, face à la menace terroriste.
  2. Parce que, je l'ai déjà dit, au-delà de l'effet d'annonce spectaculaire d'une telle mesure, je suis persuadée que les premiers concernés s'en moquent comme de leur premier Coran d'être déchus de la nationalité française dès lors que leur seul objectif est de détruire notre République et de "mourir en martyr".
  3. Parce que, même si ce genre d'annonce peut donner une impression de fermeté et d'autorité, elle n'en garde pas moins un arrière-goût contraire aux valeurs de notre République : celui de catégoriser les Français-e-s en les exposant à des peines différentes selon qu'ils sont "de souche" (et j'emploie à dessein cette expression que je vomis) ou binationaux.
  4. Parce qu'une telle mesure n'aura pour seule vertu que celle d'être symbolique et sans aucune valeur punitive pour les coupables.
Enfin, ce dont je suis sûre, c'est que quand une certaine gauche dite bien pensante, super morale, super dans le vrai, super à gauche, vraiment de gauche, qui a raison sur tout, ose comparer Valls et Hollande à Pétain, à Laval,  en les traitant de fachos matin, midi et soir entre la dinde et les huîtres, elle est complètement à côté de la plaque, shootée au Point Godwin, et, par-dessus le marché, dans l'anachronisme le plus complet.

Du coup, si, comme moi, vous avez été désemparé, sans opinion ou perplexe après cette annonce, je vous invite à aller lire les copains... Qui ne sont pas tous-tes d'accord. C'est le principe du débat.
En ce qui me concerne, et vous l'aurez compris, c'est non.

02/12/2015

Source
Ma chère Marion,

Permets-moi cette familiarité car, si j'avais été une vilaine "fille-mère inattentive", tu pourrais être ma fille. Tu ne m'en voudras donc pas de te traiter comme une gamine, une ignorante, une immature qui s'est perdue dans la cour des grands.... Dont certains ont parfois des attitudes de gamins, je te l'accorde, mais ce n'est pas une raison.

"Inattentive"... Oui... Tels sont les propos que tu as eu l'outrecuidance d'employer sur le Mouv' pour qualifier les femmes qui "tombent" enceintes comme on tombe de l'escalier ou de l'armoire, par accident.

Ma chère Marion, je vais t'apprendre la vie. Comme tu sembles être encore une ado prépubère, je vais t'expliquer que même avec un préservatif, même sous pilule, même en faisant attention (mais je t'expliquerai plus tard comment si tu souhaites des précisions), une femme peut "tomber" enceinte. C'est fou hein?

Et oui ma grande, le risque zéro n'existe pas. Quel dommage. Nous ne vivons pas dans un monde de Bisounours. Oui je sais, c'est dur à entendre mais je me dois de t'ouvrir les yeux sur le monde qui t'entoure.

Même les femmes les plus attentives, les plus prudentes peuvent être enceintes, malgré elles. Et puis tu sais, il existe aussi des femmes qui n'ont pas le droit de prendre la pilule. Mais pire encore, il arrive parfois que le préservatif craque au mauvais endroit au mauvais moment.
Je te l'ai dit, le risque zéro n'existe pas.

Et non ma grande, un enfant inattendu n'est pas forcément un cadeau de Dieu, ce n'est pas non plus un signe du destin. Ça peut être un drame. Oui je sais, c'est moche. Et du coup, tu vois, ce drame ne peut pas, ne pourra jamais devenir confortable.
Je lis la déception dans tes yeux. Ne t'en fais pas, tu t'en remettras. 
 
Autrement dit, une IVG ne peut pas et ne sera jamais "de confort" comme tu te plais à le dire, comme ta tante avant toi et ton oncle plus récemment. On ne pratique pas une IVG comme on va au ciné ou à Eurodisney. Non ma grande. On ne va pas à Eurodisney tu vois. On va au planning familial, on est gênée, on a honte, on croise les doigts pour que le deuxième test de grossesse soit négatif, on a des suées, on regarde à tous les coins de rue pour vérifier qu'on ne croisera personne qu'on connaît au centre de PMI.
C'est ça la réalité.

D'ailleurs, tu sais, dans la vie, il existe aussi des brutes épaisses, des délinquants sexuels, des malades qui considèrent que les femmes ne sont là que pour assouvir leurs pulsions sexuelles. Et il arrive parfois que ces individus forcent les femmes à avoir des relations sexuelles avec eux. Ça s'appelle un viol. retiens bien ce mot ma grande parce qu'aujourd'hui en France, 33 viols sont déclarés chaque jour en France, soit 1 toutes les 40 minutes en moyenne. Et donc, tu te doutes bien que sur ces 33 viols quotidiens (minimum puisque c'est le résultat des plaintes), certaines victimes se retrouvent enceintes.

Bien malgré elles tu peux me croire.

Je t'invite ma grande à aller à la rencontre d'une de ces victimes, de la regarder dans les yeux et de lui dire que "non, ton IVG ne sera pas remboursée par l'Etat car c'est une affaire privée et que l'Etat n'a pas à s'en mêler et qu'elle n'avait qu'à être attentive".

En revanche, si tu n'es pas convaincue, qu'à cela ne tienne, allons plus loin soyons fous folles !

Je t'invite à aller encore plus loin dans ton raisonnement de jeune fille immature et irresponsable : puisque tu es convaincue que l'Etat n'a pas à rembourser les IVG qui relèvent du domaine privé, je te propose qu'on supprime également toutes les subventions aux associations qui viennent en aide aux malades atteints du VIH, car finalement ils n'ont qu'à faire gaffe et être attentifs, je te propose qu'on arrête de distribuer des préservatifs dans les lieux publics, et qu'on arrête de rembourser la pilule aussi tiens, tant qu'on y est. 

Ma chère Marion, je ne te souhaite pas d'être enceinte malgré toi. Parce que je ne le souhaiterais jamais à qui que ce soit, même pas à ma pire ennemie. En revanche, si cela t'arrivait, et bien je trouverais normal que l'Etat soit là pour t'accompagner dans tes démarches afin que l'avortement auquel tu auras recours soit le moins douloureux possible, dans tous les sens du termes.

Et quand bien même il ne serait pas trop douloureux, tu dois néanmoins garder à l'esprit qu'il ne sera jamais "confortable".

En revanche, permets-moi de te souhaiter une raclée électorale.
Permets-moi de rêver que tu te prennes un retour de boomerang en plein dans la tronche.
Permets-moi de rêver que tu te fracasses politiquement contre un mur.
Permets-mois de nourrir l'espoir que tu paies, d'une façon ou d'une autre, les propos scandaleux que tu viens de tenir à l'encontre des femmes.

Et si j'osais, je te demanderais de me permettre de te traiter de dangereuse connasse, mais je crains que tu ne refuses. Alors je n'oserais pas. Parce que je suis bien élevée.

Et sinon, tiens-moi au courant le jour où tu seras "inattentive"... Qu'on rigole. 

A moins que tu ne sois chaste... Ou frigide... J'avoue que la question m'a traversé l'esprit. 

http://www.uneiledefrancehumaine.fr/projet/egalite-republicaine/

A moins que tu ne vives sur Mars ou Pluton, tu n'es pas sans savoir que ce week-end, nous votons pour les Régionales. Autant je pouvais concevoir le scepticisme des électeurs et des électrices pendant les Départementales puisque les départements (sur le plan administratif) ont vocation à disparaître, autant je ne conçois pas très bien qu'on ne s'intéresse pas aux compétences de la Région et qu'on préfère avoir poney ou piscine dimanche prochain.

Sur les réseaux sociaux, on flirte avec l'hystérie sondagière, on relaie à tour de bras les propositions nauséabondes du FN, non parce qu'on les cautionne, mais parce qu'on les dénonce. Et en échange, on se prend le retour du boomerang en mode "arrêtez ! Vous leur faites de la pub". Vaste débat. Si on n'en parle, ça leur fait de la pub. Si on n'en parle pas, on banalise. Donc je ne reviendrai pas sur les propositions de Marion Maréchal-Le Pen qui envisage de supprimer les subventions aux plannings familiaux si elle est élue.

En Île-de-France, côté droite dite "républicaine", on a Valérie Pécresse qui fait le grand écart entre la modérée Chantal Jouanno - qu'on n'entend plus guère d'ailleurs sinon pour déconner avec Stéphane Beaudet, tête de liste LR dans l'Essonne - et les militants de la Manif Pour Tous dont certains sont carrément candidats.

Côté droite dite "souverainiste", on a Nicolas Dupont-Aignan qui veut refiler toute sa réserve parlementaire aux forces de l'ordre pour les équiper de gilet pare-balle ou rouvrir de bagne de Cayenne pour les djihadistes, sans parler de ses propositions pour les Régionales qui se résument à peu près à ça : plus de pouvoir pour les automobilistes, plus de routes et moins de péages. Le train-train quoi. C'est le cas de le dire. Sans parler du fait que puisqu'il est déjà député et maire, il ne pourra pas être Président de  Région... Mais comme il ne gagnera pas, passons.

Bref. Pour gagner du temps, tu peux cliquer ici pour comparer les programmes de tous-tes les candidat-e-s de France. 

En ce qui me concerne, comme je suis une indécrottable féministe, je me suis intéressée quelques instants aux propositions de Valérie Pécresse et Claude Bartolone en matière d'égalité femmes-hommes.

Côté droite dite "républicaine", on peut lire page 22 du programme de Valérie Pécresse :
"Tous ceux qui prétendent à une subvention de la Région signeront une Charte par laquelle ils s'engagent à partager et mettre en œuvre les valeurs de notre République dont la laïcité et l'égalité homme-femme. Toute entorse à cette règle conduira à la suppression de cette subvention."
Louable intention. Ça ne mange pas de pain.

Sauf que...

En page 4 de son tract intitulé "Halte au gaspillage ! Pour une meilleure gestion", on peut lire ça:
"En finir avec le clientélisme et l'opacité.
Les subventions de la gauche que nous ne reconduirons pas:
Plusieurs dizaines de millier d'euros pour promouvoir la théorie du genre"
Outre le fait que la "théorie du genre" n'existe pas - mais ça, visiblement, ça dépasse Madame Pécresse - on est quand même en droit de se demander ce que deviendront - exemples parmi tant d'autres d'organismes créés et gérés par la Région Île-de-France - l'Institut Emilie du Châtelet (sans lequel je n'aurais tout simplement pas pu mener à terme mon doctorat d'histoire) et le Centre Hubertine Auclert qui, contrairement à Madame Pécresse, ont parfaitement intégré l'idée que les gender studies sont indissociables des droits des femmes et de la lutte en faveur de l'égalité femmes-hommes. 

Cela dit, venant de Valérie Pécresse qui considère que seules les femmes sont les plus aptes à faire le ménage, plus rien ne m'étonne. Sans compter ses exhibitions malheureuses aux côtés des réaco-conservateurs de la Manif Pour Tous avec lesquels elle a passé l'après-midi du 28 novembre dernier, accompagnée de Walleyrand de Saint-Just et de Nicolas Dupont-Aignan.

Du côté de Claude Bartolone, en revanche, c'est clair, net et précis. 
"Les droits des femmes seront grande cause régionale. Nous devons porter l’égalité partout. Les discriminations sont bien plus nombreuses et plus ordinaires qu’on ne le croit. Afin d’assurer le suivi de la politique de lutte contre les discriminations, une vice-présidente régionale aux Droits de femmes et à l’égalité entre les femmes et les hommes sera instituée. 
La Région fera inscrire sur le Pass Navigo et dans les rames de métro et de RER, le numéro d’urgence (appel et SMS) pour toute agression ou agissement sexiste."



2 lignes dans le projet de Valérie Pécresse. Plusieurs pages dans celui de Claude Bartolone.

CQFD.

27/11/2015

"Vendredi 13 novembre, ce jour que nous n’oublierons jamais, la France a été frappée lâchement, dans un acte de guerre organisé de loin et froidement exécuté. Une horde d’assassins a tué 130 des nôtres et en a blessé des centaines, au nom d’une cause folle et d’un dieu trahi.

Aujourd’hui, la Nation tout entière, ses forces vives, pleurent les victimes. 130 noms, 130 vies arrachées, 130 destins fauchés, 130 rires que l’on n’entendra plus, 130 voix qui à jamais se sont tues. Ces femmes, ces hommes, incarnaient le bonheur de vivre. C’est parce qu’ils étaient la vie qu’ils ont été tués. C’est parce qu’ils étaient la France qu’ils ont été abattus. C’est parce qu’ils étaient la liberté qu’ils ont été massacrés.

En cet instant si grave et si douloureux, où la Nation fait corps avec elle-même, j’adresse en son nom notre compassion, notre affection, notre sollicitude, aux familles et aux proches réunis ici, dans ce même malheur. Des parents qui ne reverront plus leur enfant, des enfants qui grandiront sans leurs parents, des couples brisés par la perte de l’être aimé, des frères et des sœurs pour toujours séparés. 130 morts et tant de blessés marqués à jamais, marqués dans leur chair, traumatisés au plus profond d’eux-mêmes.

Alors, je veux dire simplement ces mots : la France sera à vos côtés. Nous rassemblerons nos forces pour apaiser les douleurs et après avoir enterré les morts, il nous reviendra de «réparer » les vivants.

A vous tous, je vous promets solennellement que la France mettra tout en œuvre pour détruire l’armée des fanatiques qui ont commis ces crimes, qu’elle agira sans répit pour protéger ses enfants. Je vous promets aussi que la France restera elle-même, telle que les disparus l’avaient aimée et telle qu’ils auraient voulu qu’elle demeure. Et s’il fallait une raison de nous tenir debout, aujourd'hui, une raison de nous battre pour nos principes, une raison de défendre cette République qui est notre bien commun, nous la trouverions dans leur souvenir.

Ces femmes, ces hommes, venaient de plus de 50 communes de France. De villes, de banlieues, de villages. Ils venaient aussi du monde, dix-sept pays portent aujourd’hui avec nous le deuil.

Ces femmes, ces hommes, en ce vendredi 13 novembre, étaient à Paris, une ville qui donne un manteau de lumière aux idées, une ville qui vibre le jour et qui brille la nuit. Ils étaient sur les terrasses des cafés, ces lieux de passage ouverts aux rencontres et aux idées. Ils partageaient un repas aux saveurs du monde, dans cette soirée où l’automne ne paraissait pas finir. Ils chantaient au Bataclan aux sons d’un groupe américain qui leur faisait l’amitié de se produire dans une salle qui depuis deux siècles incarne l’esprit de Paris.

Ces hommes, ces femmes, avaient tous les âges, mais la plupart avait moins de 35 ans. Ils étaient des enfants lors de la chute du mur de Berlin, ils n’avaient pas eu le temps de croire à la fin de l’Histoire, elle les avait déjà rattrapés quand survint le 11 septembre 2001. Ils avaient alors compris que le monde était guetté par de nouveaux périls. Les attentats du début de l’année les avaient bouleversés. Beaucoup, je le sais, avaient tenu à manifester le 11 janvier, comme des millions de Français. Ils avaient dit leur refus de céder face à la menace terroriste. Ils savaient que la France n’est l’ennemie d’aucun peuple, que ses soldats se portent là où on les appelle, pour protéger les plus faibles et non pour assouvir une quelconque domination.

Ces femmes, ces hommes, étaient la jeunesse de France, la jeunesse d’un peuple libre, qui chérit la culture, la sienne, c’est-à-dire toutes les cultures.

Parmi les victimes du Bataclan, beaucoup avaient fait de la musique leur métier. C’est cette musique qui était insupportable aux terroristes. C’est cette harmonie qu’ils voulaient casser, briser. C’est cette joie qu’ils voulaient ensevelir dans le fracas de leurs bombes. Et bien, ils ne l’arrêteront pas. Et comme pour mieux leur répondre, nous multiplierons les chansons, les concerts, les spectacles ; nous continuerons à aller dans les stades, et notamment au Stade si bien nommé, le Stade de France à Saint-Denis. Nous participerons aux grands rendez-vous sportifs, comme aux rencontres les plus modestes, et nous pourrons aussi communier dans les mêmes émotions, en faisant fi de nos différences, de nos origines, de nos couleurs, de nos convictions, de nos croyances, de nos confessions, car nous sommes une seule et même Nation, portés par les mêmes valeurs.

Que veulent les terroristes ? Nous diviser, nous opposer, nous jeter les uns contre les autres. Je vous l’assure, ils échoueront. Ils ont le culte de la mort, mais nous, nous, nous avons l’amour, l’amour de la vie.

Ceux qui sont tombés le 13 novembre étaient la France, toute la France. Ils étaient étudiant, journaliste, enseignant, restaurateur, ingénieur, chauffeur, avocat, graphiste, architecte, mais aussi charpentier, serveur, photographe, fonctionnaire, publicitaire, vendeur, artiste. Ils étaient les métiers de la France, les talents du monde. Tous voulaient réussir, pour eux-mêmes, pour leur famille, pour leur pays. C’est en nous rappelant leur visage, leur nom, mais aussi leurs espoirs, leurs joies, leurs rêves anéantis, que nous agirons désormais.

Nous connaissons l’ennemi, c’est la haine ; celle qui tue à Bamako, à Tunis, à Palmyre, à Copenhague, à Paris et qui a tué naguère à Londres ou à Madrid. L’ennemi, c’est le fanatisme qui veut soumettre l’homme à un ordre inhumain, c’est l’obscurantisme, c’est-à-dire un islam dévoyé qui renie le message de son livre sacré. Cet ennemi nous le vaincrons ensemble, avec nos forces, celles de la République, avec nos armes, celles de la démocratie, avec nos institutions, avec le droit. Dans ce combat, nous pouvons compter sur nos militaires, engagés sur des opérations difficiles, en Syrie, en Irak, au Sahel. Nous pouvons compter sur nos policiers, nos gendarmes, en lien avec la justice, qui se sont encore comportés de façon admirable pour mettre hors d’état de nuire les terroristes.

Nous pouvons compter sur le Parlement pour adopter toutes les mesures qu’appelle la défense des intérêts du pays, dans un esprit de concorde nationale, et dans le respect des libertés fondamentales. Et puis, et puis surtout, nous pouvons compter sur chaque Française et sur chaque Français pour faire preuve de vigilance, de résolution, d’humanité, de dignité.

Nous mènerons ce combat jusqu’au bout et nous le gagnerons en étant fidèles à l’idée même de la France. Quelle est-elle ? Un art de vivre, une volonté farouche d’être ensemble, un attachement à la laïcité, une appartenance à la Nation, une confiance dans notre destin collectif.

Je vous l’affirme ici : nous ne changerons pas ; nous serons unis, unis sur l’essentiel. Et je salue, ici, devant vous, familles, ces innombrables gestes de tant de Français anonymes qui se sont pressés sur les lieux des drames pour allumer une bougie, déposer un bouquet, laisser un message, apporter un dessin. Et si l’on cherche un mot pour qualifier cet élan, ce mot existe dans la devise de la République : c’est la fraternité.

Et que dire de la mobilisation de tous les services publics pour porter secours et assistance aux victimes, pour accompagner les survivants, pour soutenir les proches. Ces personnels de santé, admirables. Leur action dit aussi ce que nous sommes : un pays solidaire.

Tout ce qui s’est passé depuis le 13 novembre porte la marque de la gravité, de la conscience des défis qui se présentent à notre pays. Ceux qui sont tombés, le 13 novembre, incarnaient nos valeurs et notre devoir est plus que jamais de les faire vivre, ces valeurs.

Nous ne céderons ni à la peur, ni à la haine. Et si la colère nous saisit, nous la mettrons au service de la calme détermination à défendre la liberté au jour le jour, c’est-à-dire la volonté de faire de la France un grand pays, fier de son Histoire, de son mode vie, de sa culture, de son rayonnement, de son idéal universel, du respect et même de la ferveur que notre pays inspire au monde chaque fois qu’il est blessé.
Je n’oublie pas les images venues de la planète entière, célébrant dans le même mouvement, le sacrifice de ceux qui étaient tombés à Paris, comme si c’était le monde entier qui se couvrait de deuil.

Le patriotisme que nous voyons aujourd’hui se manifester, avec ces drapeaux fièrement arborés, ces rassemblements spontanés, ces foules qui chantent la Marseillaise ; tout cela n’a rien à voir avec je ne sais quel instinct de revanche ou je ne sais quel rejet de l’autre. Ce patriotisme est le symbole de notre union, de notre inaltérable résistance face aux coups qui peuvent nous être portés, car la France garde intacte, malgré le drame, malgré le sang versé, ses principes d’espérance et de tolérance.

L’épreuve nous a tous meurtris, les familles d’abord, les Français, quelle que soit leur condition, leur confession, leurs origines. L’épreuve nous a tous meurtris, mais elle nous rendra plus fort. Je vais vous dire ma confiance dans la génération qui vient. Avant elle, d’autres générations ont connu, à la fleur de l‘âge, des évènements tragiques qui ont forgé leur identité. L’attaque du 13 novembre restera dans la mémoire de la jeunesse d’aujourd’hui comme une initiation terrible à la dureté du monde, mais aussi comme une invitation à l’affronter en inventant un nouvel engagement. Je sais que cette génération tiendra solidement le flambeau que nous lui transmettons.

Je suis sûr qu’elle aura le courage de prendre pleinement en main l’avenir de notre Nation. Le malheur qui a touché les martyrs du 13 novembre investit cette jeunesse de cette grande et noble tâche. La liberté ne demande pas à être vengée, mais à être servie. Je salue cette génération nouvelle. Elle a été frappée, elle n’est pas effrayée, elle est lucide et entreprenante, à l’image des innocents dont nous portons le deuil. Elle saura, j’en suis convaincu, faire preuve de grandeur. Elle vivra, elle vivra pleinement, au nom des morts que nous pleurons aujourd’hui.

Malgré les larmes, cette génération est aujourd’hui devenue le visage de la France.

Vive la République et vive la France."

François Hollande, Hôtel des Invalides
Hommage national aux victimes des attentats du 13 novembre
27 novembre 2015

 

26/11/2015

Monsieur Dieu,

Par la présente, je vous informe que votre poste est en passe d'être supprimé. Les nombreux troubles dont vous êtes la cause, le fanatisme que vous provoquez chez certains, la folie vers laquelle vous entrainez certains autres, n'ont que trop duré et doivent immédiatement cesser.

Au nom de la religion et des prétendues épreuves que vous vous amusez à envoyer à celles et ceux qui, contrairement à vous ne sont pas en train de se vautrer dans le lupanar des nuages, mais ont les pieds bien ancrés sur la terre ferme, vous vous permettez tout et n'importe quoi.

Vous ne pouvez plus vous permettre de foutre le bordel dans leurs têtes et dans nos vies comme vous le faites depuis trop longtemps maintenant.

Premièrement, soit vous zigouillez tous-tes les cinglé-e-s qui se font exploser à tous les coins de rue de Bamako à Paris, en passant par Saint-Denis, Tunis ou Beyrouth, soit vous vous barrez loin. Très loin. Vous vous faites oublier d'eux afin qu'on règle la chose nous-mêmes, en toute rationalité.

Deuxièmement, si vous pouviez vous mettre en phase deux secondes avec la France du XXIème siècle et rentrer dans le crâne de vos "fidèles" que la laïcité n'est pas une valeur à géométrie variable et que non, les crèches avec l'enfant Jésus qui se fait attendre 24 jours durant, n'ont pas leur place dans les halls des mairies, vous pourriez éventuellement, je dis bien éventuellement, garder votre job. 

Et encore... ça se discute.

Enfin, d'une manière générale, si vous pouviez vous faire oublier et rester bien au chaud dans l'espace privé, ça ferait du bien à tout le monde, surtout aux athées qui commencent à en avoir plein le dos de vos conneries.

Bien cordialement nom de Dieu,

Elodie Jauneau

16/11/2015

Ainsi donc, ces trépanés de Daech, ces fous de (pseudo)Dieu se sont félicités du carnage qu’ils ont commis à Paris et en banlieue. Ainsi donc se sont-ils réjouis d’avoir porté atteinte à notre mode de vie qui veut que le vendredi soir, nous exaltions notre dépravation jusqu’à écouter du rock, se trémousser dans une salle de concert, oser boire comme des trous aux terrasses des cafés… Voire, sacrilège, se vautrer dans le sexe.

Tel était en substance le contenu de leur communiqué d’autocongratulation.

Aujourd’hui, après un week-end entier à nous abreuver de dépêches AFP, à nous réconforter les uns les autres, à commémorer à la hauteur de nos modestes moyens la mémoire des victimes qui, pour la plupart, n’avaient pas 30 ans, après des hommages, des minutes de silence, des embrassades et des rassemblements envers et contre toutes les interdictions, après un discours de combat du Président de la République, nous nous sommes relevés. 

Nous sommes debout
Nous resterons debout.
Nous combattrons debout la barbarie, nous garderons la tête haute.
Nous continuerons à sortir le vendredi soir, à danser, à chanter, à boire et à baiser.
 
Qui eut pu imaginer qu’un jour, vivre, vivre pleinement, profiter de sa jeunesse, serait devenu un acte de défiance vis-à-vis d’une poignée de cinglés qui n’ont de croyants que le nom ?
Qui eut pu imaginer qu’on entrerait en guerre au nom de notre de mode de vie, de nos plaisirs du vendredi soir, de notre appétence pour le sexe, l’alcool et le rock’n roll ? Bref, de la liberté. 

Nous y sommes.

D’aucuns y trouveront encore à redire pour différentes raisons. Certains penseront que les décisions arrivent trop tard. D’autres trouveront que les mesures proposées par François Hollande sont anti-démocratiques. D’autres encore diront que nous l’avons bien cherché et qu’on récolte ce que l’on sème.


Alors oui, je l’assume : je n’ai aucun problème à être surveillée, fichée, observée. 
Je n’ai aucun problème à être contrôlée une fois, deux fois, trois fois par jour s’il le faut.

Mais je refuse que des cinglés nous interdisent de sortir, danser, chanter, boire et baiser.
Le vendredi soir.
Et tous les autres jours de la semaine.

14/11/2015

 

Comme tout le monde, les mots me manquent. Moi la bavarde, moi la pipelette, je bégaie, je cherche mes mots, je manque de vocabulaire pour verbaliser ce que je ressens. Un sentiment de déjà vu, une forme de fatalité.
La solitude et le désœuvrement depuis hier soir.
L'incompréhension totale face à tant de haine irrationnelle, tant de violence gratuite et dépourvue de toute logique.
Que se passe-t-il dans la tête de tels monstres pour en arriver là?

Depuis hier soir, ma TV est en boucle et les réseaux sociaux tournent sur eux-mêmes, en boucle eux aussi. Facebook a créé une appli pour se signaler en sécurité. C'est bien. C'est rassurant. En pareil contexte, toutes les initiatives rassurantes sont les bienvenues.

Tout le monde est solidaire, à sa façon, avec ses mots, selon ses propres moyens. Chacun exprime comme il le peut son émotion, son soutien aux victimes, sa solidarité avec les forces de l'ordre. Les Franciliens se bousculent aux portes des hôpitaux pour donner leur sang. N'y allez plus, les stocks sont pleins, pour la première fois depuis des lustres. Les riverains des quartiers touchés par ces attaques ont ouvert leurs portes à celles et ceux qui erraient dans les rues hier soir, désœuvrés.

Certains te sautent sur le paletot en te disant que ton tweet est froid, glacial, politiquement correct, que tu tweetes tel un robot sans âme. Certains se muent en police du web, t'insultent même.

D'autres, alors que nous avons tous-tes la gueule de bois après une courte nuit pleine d'interrogations et de doutes, ne laissent aucune place au recueillement:  certains responsables politiques n'ont même pas eu la décence d'attendre que les blessés achèvent de panser leurs plaies, que les familles des victimes achèvent de sécher leurs larmes pour balancer des horreurs sur la toile, tels des hyènes, tels des chacals dont la seule raison d'être en pareilles circonstances est d'attiser la haine et de ne laisser aucun répit, à personne.

Vendredi 13... Quel triste symbole.

Depuis la nuit des temps, les pires tragédies réveillent en chacun de nous ce qu'il y a de meilleur.

Mais hélas, elles réveillent aussi ce qu'il y a de pire.

A tous les indécents, les provocateurs, les propagateurs de rumeurs : allez au diable.




A lire ailleurs :
Chez Sarkofrance - Je suis en guerre 
Chez Bembelly - Attaques à Paris

 

10/11/2015

Loubna MelianeVendredi matin dans l’Essonne, Carlos Da Silva a présenté à la presse la liste qu’il mène dans notre département pour les élections régionales. Immédiatement après que celle-ci a été rendue publique, un déferlement de haine sexiste, raciste et obscurantiste s’est abattu sur notre quatrième candidate : Loubna Meliane.

En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, le FN, le Printemps français, et autres twittos se revendiquant « cathos de souche » (le combo gagnant) se sont engouffrés dans une brèche moisie pour clouer au pilori Loubna Meliane au motif qu’elle fut jadis une Femen.

Ouh là là quelle horreur ! Une femme aux seins nus qui milite pour les droits des femmes !

L’heure n’est plus au débat sur le bien fondé – ou pas – des méthodes employées par les Femen. J’ai moi-même émis des réserves (euphémisme) sur certaines de leurs actions. Et quelles actions !

Voilà bien que depuis vendredi, tout et n’importe quoi circule sur Loubna Meliane. Et plutôt que de mettre en avant son militantisme anti-raciste, et anti-sexiste, les militants 2.0 bas du front ont préféré lui inventer une participation à l’action menée par les Femen à NotreDame de Paris en 2013.

Sauf que, pas d’bol, Loubna Meliane avait déjà quitté le mouvement des Femen à cette époque et que la photo qui circule sur le web depuis samedi n’a rien avoir avec ma camarade essonnienne.

Ces catho-fronto-de-souche ont donc été capables de ressortir une photo mais n’ont pas été capables de « googler » Loubna Meliane, juste pour voir à quoi elle ressemble. Ils se seraient alors rendu compte tout seuls comme des grands que leur hystérie collective est basée sur le néant, le vide, un simple trou béant dans lequel ils se sont engouffrés, tels des chiens enragés.

C’est donc en toute logique, et avec tout mon soutien, que Loubna Meliane a saisi aujourd’hui le Procureur de la République pour porter plainte.
« Candidate aux élections régionales dans le département de l’Essonne sur la liste « Une Ile de France plus Humaine » menée par Claude Bartolone, je crains pour ma sécurité et vous demande donc de mener les actions nécessaires pour mettre fin à cette campagne de dénigrement et de menaces. […]

Mon mari est inquiet, c’est une grosse déception pour ma première campagne de me retrouver au milieu de ce feu nourri d’insultes, soupire Loubna Méliane qui entend combattre pour le droit des femmes. Et quand on voit ce que je subis depuis trois jours, il y a du boulot. Je peux comprendre qu’on ne soit pas d’accord sur mes combats. Mais là, on me traite de pute pour une action à laquelle je n’ai pas participé. Ça montre au moins le vrai visage de l’extrême droite. »
Loubna Meliane a joint à son dépôt de plainte une compilation des tweets les plus sordides que je ne reproduirai pas ici tant ils sont à vomir. Allant de l’insulte « collabeurette », à celle de pute, en passant par les appels au viol et les menaces de mort, les réseaux sociaux sont devenus en 3 jours un réceptacle de haine qui démontre une fois de plus que les combats que nous menons, Loubna Meliane en tête, ne sont pas vains. Loin de là.

Ce billet a été coécrit avec Loubna Méliane, et afin de ne pas dérouler de boulevard aux déchets du web, les commentaires sur ce billet resteront fermés. 

Loubna Meliane