Morlaix: une manif de racailles, ni plus ni moins.
- 20.9.14
- Par Elodie Jauneau
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Ce matin, j'ai découvert médusée que des syndicalistes de la FDSEA avaient brûlé le centre des impôts de Morlaix et la Mutualité Sociale Agricole pour manifester leur mécontentement. Euphémisme pardon: leur ras-le-bol fiscal. J'apprends également qu'ils ont empêché l'accès des pompiers à l'incendie qu'ils ont déclenché.
- Que l’agriculture française soit en crise, c'est une évidence.
- Que les agriculteurs en aient ras le tracteur, je peux le comprendre.
Mais qu'ils saccagent le bien commun pour se faire entendre me fait halluciner.
J'entends ici où là qu'il faut entendre cette détresse, comprendre qu'ils ont la vie dure et que c'est normal ma brave dame que les agriculteurs pètent un plomb.
Bah voyons.
Justice de comptoir à deux vitesses.
- Quand ce sont des jeunes qui saccagent le mobilier urbain pendant et / ou après une manif: ce sont des casseurs, des racailles.
Oui ce sont des casseurs et des racailles.
- Quand ce sont des gens qui, en marge d'une manifestation de soutien aux Palestiniens, saccagent des commerces juifs ou une synagogue, ce sont des délinquants antisémites.
Oui ce sont des délinquants antisémites.
Mais quand il s'agit d'agriculteurs qui usent des mêmes procédés, il faudrait être indulgent? Parce que vous comprenez ma brave dame, c'est vraiment trop dur aujourd'hui d'être agriculteur en France.
On croit rêver.
Et pendant ce temps-là, Thierry Merret, président de la FDSEA et bonnet rouge à ses heures perdues, applaudit des deux mains:
"Je tire un coup de chapeau à ceux qui ont osé faire ce qu'ils ont fait. [...] il faut relativiser, il n'y a pas eu mort d'homme, c'est une forme de témoignage pour dire: écoutez nous".
Bah voyons. Donc moi, je sais ce qu'il me reste à faire:
- Je vais incendier le Pôle Emploi de Brunoy
- Je vais saccager les locaux de mon ancien employeur
Et puis après je dirai:
"Oh eh c'est bon hein, y'a pas mort d'homme, je veux juste toucher ce qui n'est dû. C'est une forme de témoignage, écoutez-moi."
N'importe quoi.
Entendre la Maire de Morlaix appeler à la compréhension parce que si, elle, elle peut expliquer cet évènement, tout le monde peut le faire, et bien moi, ça me débecte.
Lire des politiques comme Nicolas Dupont-Aignan affirmer qu'il s'agit-là d'une jacquerie du XXIème siècle, la première d'une longue série, sans condamner une seule seconde de tels actes, "c'est un peu fort de café" comme dirait ma grand-mère.
Cette tolérance à géométrie variable selon que la racaille est un jeune de cité, un étudiant, un manifestant ou un syndicaliste paysan est hallucinante.
Les manifestants d'hier ne sont ni plus ni moins que des racailles sans casquette ni keffieh ni cagoule, ce sont des racailles en tracteurs.
Mais des racailles ni plus ni moins.
Et comme l'a très bien rappelé Marylise Lebranchu sur iTélé ce midi:
"Nous ne règlerons jamais les problèmes agricoles par la destruction du bien commun".

