30/12/2012

Paulette, son chômage et son HLM

chômage HLM
  • Paulette[1] est au chômage depuis 420 jours.
Bah oui, le chômage ça se compte en jours.

Avant elle était en CDD dans la Fonction Publique. A un mois de la fin de son CDD, elle a voulu anticiper et a donc contacté le Pôle Emploi histoire d’accélérer la procédure qu’elle savait fastidieuse.

Pour pas dire relou.

"Ah mais non Madame ça ne sert à rien de téléphoner maintenant, nous ne pouvons pas anticiper la procédure. Il faut téléphoner le lendemain du dernier jour de votre contrat et ce sera ce coup de fil qui fera office d’inscription comme demandeuse d’emploi".
C’était en août 2011.

Donc le 1er septembre, elle rappelle le Pôle Emploi. Son 1er RDV obligatoire est fixé 3 semaines plus tard.

Gourde, elle pensait qu’elle aurait RDV dès le lendemain.  

Entre temps, elle prépare son dossier. Non sans difficulté puisqu’elle sait très bien qu’en tant qu’ancienne salariée de la Fonction Publique, elle ne sera pas prise en charge par le Pôle Emploi mais par son ancien employeur. Pourtant, elle devra, comme tous les demandeurs d'emploi de ce pays, s'actualiser tous les mois sur le site de Pôle Emploi.

Donc:
  • Elle va aller à son RDV au Pôle Emploi
  • Avec son attestation, elle ira au pôle chômage de son ancien employeur
  • Elle patientera 6 semaines que son Université lui fournisse un autre papelard qu’elle devra ensuite refiler au Pôle Emploi
  • 3 semaines plus tard, elle recevra une notification de refus de prise en charge par le Pôle Emploi, comme prévu.
  • Elle transmettra donc ce énième papelard à son ancien employeur et attendra que la procédure en mode diesel se mette en branle.
Mais on l’a prévenue:
"Maintenant que votre dossier est complet, vous devriez toucher votre première ARE d’ici la fin de l’année".
Tranquille : 4 mois sans toucher une tune. Elle est pas belle la vie ?
  • Paulette vit en HLM avec son Jules.
Elle ne s'en plaint pas puisqu'elle n'est pas dans une tour immense et immonde excentrée et refoulée dans un quartier minable. Elle n’est donc pas à plaindre dans son 53 m2.

Tous les ans, Paulette et Jules doivent justifier leurs ressources auprès de leur office HLM en répondant à la fameuse "enquête ressources" qui doit permettre de réévaluer ou pas le montant de leur loyer. Ce qui lui semble tout à fait normal. 

Donc tous les ans, elle photocopie les 12 derniers bulletins de salaires et l’avis d’imposition de tous les occupants du logement. C’est relou mais ça prend 10 minutes.

Sauf cette année.

Parce qu’elle n’est pas prise en charge par le Pôle Emploi, Paulette ne peut pas fournir d’attestation ASSEDIC comme l’exige son bailleur HLM.

Elle peut leur fournir 12 "bulletins de paye" que son ancien employeur lui envoie tout les mois et sur la 1ère ligne desquels figure la mention "Alloc aide retour emploi ARE" suivi du nombre de jours et du montant.

C’est donc très clair. Et même carrément limpide. 

Elle envoie donc tout le bazar avec une lettre explicative.

2 semaines plus tard, elle reçoit un avertissement car son dossier est incomplet: il manque l’attestation ASSEDIC récapitulant l’intégralité de ses indemnités depuis 1 an.

Si elle ne renvoie pas le fameux sésame sous 15 jours, son loyer sera majoré et elle aura des frais de dossier.


Elle rappelle donc son bailleur pour expliquer le problème. La dame au téléphone ne comprend pas, ne sait pas, n’est pas au courant. Elle va se renseigner et la rappeler. Elle lui rééxplique qu'elle ne peut pas lui founir d'attestation Pôle Emploi puisqu'elle est une ancienne salariée de la Fonction Publique.

1 semaine plus tard, on la rassure mais on lui conseille quand même de contacter son ancien employeur pour qu’il lui fournisse un document qui "ferait office d’attestation ASSEDIC". 

12 coups de fil, 6 mails et 2 semaines plus tard [2], son ancien employeur lui assure qu’il lui enverra "d’ici ce soir" le document en question. 

10 jours plus tard, elle n'a toujours pas reçu le document mais à la place un courrier :

[Votre ancien employeur] gère actuellement votre dossier d’allocation d’aide au retour à l’emploi (indemnisation chômage). Dans une démarche de qualité de service et de neutralité de l’indemnisation, nous avons pris la décision de confier la gestion de votre dossier à un organisme tiers : Info Décision. Désormais, pour toutes questions relatives à votre dossier, qu’il s’agisse du versement de vos droits, de documents à transmettre dans le cadre de l’instruction et/ou de l’indemnisation de votre dossier, ou de toutes autres demandes, vous devez contacter Info Décision.
Ni une ni deux, elle contacte dans la foulée ce nouveau prestataire afin d’obtenir ce qui pourrait faire office d’attestation d’indemnisation depuis 420 jours. 2 heures plus tard, elle reçoit par mail le précieux document qu’elle joint à son énième courrier pour son bailleur HLM.

En espérant que cela fasse l'affaire.

Elle va donc devoir patienter encore un peu pour être assurée que son loyer ne sera pas majoré.

Bref: une fin d’année administrative comme on les aime!

-------------------------------------
[1] le prénom a été changé. Toute ressemblance avec une personne existante est purement volontaire. 
[2] Oui car le "Pôle Chômage" de son ancien employeur ne répond ni au téléphone, ni aux mails. Le répondeur est très clair à ce sujet : "merci de ne pas me laisser de message après le bip sonore"… Quant aux mails, Paulette se demande bien comment il pourrait y répondre puisqu’ils lui reviennent tous en messages d’erreur.

15 commentaires:

  1. Oui, c'est vraiment la merde... J'ai souvent connu ces situations. là qu'on voit qu'on est environné de flics prêts à :
    1 ) mordre
    2 ) Vous laisser crever dans votre trou.

    Je pense que les choses se Font plus ou moins SCIEMMENT (ASSEDIC/ "Organisme" de la fonction publique)puisqu'il est avéré qu'un fainéant de chômeur n'a qu'à retrouver du boulot tout de suite auquel cas il n'aura pas "à réclamer" comme un assisté.

    C'est ça, exactement ça, pour ça qu'Hollande, plutôt que de nous ramollir dans les doigts tout en faisant l'équilibriste histoire de décevoir personne, à intérêt à prendre conscience de la chose fissa, et de choisir son camp (même si je peux concevoir qu'il faut bien donner quelques gages au monde économique pour ne pas les voir hurler encore au "Stalinisme").
    Mais on attend toujours le courage politique.Et c'est à partir de là que les choses pourraient "éventuellement" changer.

    RépondreSupprimer
  2. Ouh là ! Des vieux souvenirs qui remontent à la surface ... Bon courage à Paulette et son Jules !

    RépondreSupprimer
  3. On râle bien fort que les estrangers y z'ont tous les droits et les Français rien du tout. Imaginons que Paulette ne maîtrise pas toutes les subtilités de notre superbe bas-français administratif. On me dira qu'elle n'aurait peut-être pas travaillé en CDD dans la fonction publique. Soit. Mais ce n'est pas forcément très différent ailleurs. Je me demande quel est le montant des économies réalisées sur le dos des travailleurs qui laissent tomber leur dossier et les aides auxquelles ils ont droit, bien qu'ayant travaillé le temps requis, parce que les procédures sont incompréhensibles et ubuesques.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Voilà un élément de réponse :
      Près de 1,7 million de foyers éligibles au RSA au dernier trimestre 2010 n'en étaient donc pas bénéficiaires, "induisant un montant non distribué de l'ordre de 432 millions d'euros", ajoute la Caisse.
      Trouver ici (je ne sais pas faire un lien désolé)
      http://emotions.20minutes-blogs.fr/archive/2012/07/08/creer-un-fbi.html

      Supprimer
    2. Voilà...
      Et pour répondre à Suzanne: c'est clair que vu le bourbier administratif que Paulette a dû affronter, on comprend que ça en décourage plus d'un!

      Supprimer
  4. C'est la dessus qu'on attend la gauche ! En + y'a du gachis de temps , donc du temps à occuper a autre chose pour les gens qui répondre au phone par exemple.

    RépondreSupprimer
  5. On sent qu'il y a du vécu là ! Beau billet qui remet à leur place tous nos beaux parleurs médias et politiques qui n'arrêtent pas dans leurs discours de parler en notre nom d'une manière emphatique :"les Français, ceci..."...""Les Françaises et les Français, cela..." alors qu'ils n'ont jamais mis les pieds dans un HLM ou dans une agence de Pôle Emploi...
    C'est en effet là qu'on l'attend "la gôche"...Mais est-ce que c'est en supprimant les moyens humains et financiers des services chargés de gérer sur le terrain "la fracture sociale" qui s'accroit de plus en plus du fait de la politique économique mise en œuvre, que les situations kafkaïennes décrites dans ce billet vont s'atténuer ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je n'ai ni solution ni proposition pour faciliter ce genre de démarches... Mais c'est clair qu'il faut arrêter de nous rebattre les oreilles comme tu dis!

      Supprimer
  6. Et encore, cela peut être encore pire...
    C'est très léger comme situation...les joies de l'administration.
    Expliquez-nous de quoi vous avez besoin, on vous expliquera comment vous en passer, disait Coluche.
    Courage à Paulette!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui! Courage à Paulette!
      Il y a toujours pire... Mais comme le dit très justement Suzanne, combien renoncent rien qu'à l'idée de marcher dans ce bourbier?

      Supprimer
  7. Assez effrayant ce que tu décris là. "Bourbier administratif" est bien le mot qui convient pour décrire le mur auquel je me suis heurté il n'y pas si longtemps. Les circonstances sont autres, mais l'immobilisme et l'absurdité des situations sont les mêmes.

    RépondreSupprimer

Vous qui passez par là, ne restez pas anonyme et choisissez au moins un pseudo.
Et si vous voulez balancer du lien, intégrez cette balise