01/02/2013

Le chômage? Je l'savais!

job alimentaire
Aaaaahhhh Pôle Emploi.

D'un côté, on a les Infiltrés à Pôle Emploi sur France 2.
De l'autre, on a le site Actuchomage qui risque de mettre la clé sous la porte.
Et d'un autre côté encore, on a Pôle Emploi qui investit Twitter.
Ah et puis de l'autre côté de la barrière, on a les 3 millions de chômeurs... Dont je suis, au cas où ça vous aurait échappé. 

Et puis on a aussi tous les autres. Vous, eux, vos potes, ta soeur, ton frère... qui suivent tout ça avec tristesse, compassion, entendant tous les jours le décompte du nombre de chômeurs qui ne cesse d'augmenter et qui pensent à celui ou celle qu'ils connaissent et qui est "au chômage".

"Au chômage"

Un mélange de honte et de fatalisme. Le truc qui fait que quand on te demande:
"Et vous alors? Vous en êtes où?",
Tu réponds:
"Bah je suis au chômage",
Et que là, l'autre te dit:
"Ah mince. Bon bah courage hein... En même temps c'est la crise hein".
Ouais c'est la crise.

Et quand t'es au chômage, tout le monde s'attend à ce que tu sois au fond du trou, désespéré, désemparé, caché.
Ce qui n'est pas mon cas.

Car, je le savais.

  • Je savais qu'à la fin de mon cursus universitaire, je serais au chômage.
  • Je savais qu'avec un Doctorat en Histoire contemporaine, je serais au chômage.
  • Je savais pertinemment qu'il y avait du monde au portillon pour obtenir un poste de maîtresse de conférence et que le portillon resterait fermé.
  • Je savais qu'au bout de mes 2 vacations, et 3 CDD à l'université, ma fac me remercierait.
  • Je savais que mon cursus n'offrait aucun débouché.
  • Je savais aussi que Pôle Emploi me dirait:
"J'imagine qu'on vous a déjà dit que ce n'est pas grâce à nous que vous trouverez un emploi. Il va falloir vous constituer un réseau et envoyer des candidatures spontanées."
Oui je le savais.
  • Je savais aussi qu'au bout du 1er RDV mensuel individualisé, celui-ci deviendrait un RDV mensuel "par mail" et qu'au bout de quatre RDV "par mail", il n'y en aurait plus aucun.
  • Je le savais.
  • Je savais aussi qu'en me connectant sur le site de Pôle Emploi, le menu déroulant du niveau universitaire ne dépasserait pas le "Bac + 5".
Mais je n'en veux pas à Pôle Emploi.

Je n'en veux pas à tous ces conseillers et conseillères submergés de boulot qui font ce qu'ils peuvent pour répondre aux attentes des 3 millions de chômeurs.
Je ne sais même pas si j'en veux à quelqu'un.
Après tout, je n'avais qu'à pas m'engager dans une filière bouchée.

Si je devais en vouloir à quelqu'un, ce serait à moi-même.
Et ce n'est pas le cas.

J'ai aimé faire de la recherche. J'ai adoré enseigner. J'ai adoré publier des articles dans des revues scientifiques et participer à des colloques.
J'ai rencontré des gens formidables et je ne regrette pas.
Si je n'étais pas allée au bout de mon doctorat, si je n'avais pas "fait" de la recherche, je l'aurais regretté. Et je me serais réveillée à 40 ans, mère de deux enfants, avec des regrets. Et il aurait été trop tard.
Peut-être.
Avec des "si"... hein...

Alors je ne suis ni honteuse, ni déprimée, ni désespérée. 

Et quand la fin de mes droits arrivera, si je suis toujours "au chômage", je trouverai un job alimentaire.
Celui qui fera qu'on me dira:
"Bah quand même, faire un doctorat pour en arriver là, c'est triste hein".
Nan c'est pas triste, c'est la vie. Et si je dois avoir un job alimentaire le temps de trouver autre chose et bien ce sera ainsi. Je ne serai ni la première ni la dernière.

Mais je sais aussi que mon ressenti n'est pas celui de tous les chômeurs. Et moi aussi je compatis quand il en est question aux infos. Tous les jours quoi.

Alors non: je ne désespère pas. 

C'est la vie. 

26 commentaires:

  1. T'as peut-être déjà pensé aux grands concours ? Des historiens y'en a au Ministère de la Culture et dans ses établissements publics ...

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    1. Même problème que toi doctorat d'histoire politique ...pas de travail..j'ai même bossé chez pôle emploi et je me suis fait virée par une responsable qui m'a dit que j'avais trop de diplômes et qu'elle ferait son possible pour que je ne travaille plus dans un secteur public...vive la vie...

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    2. Courage comme on dit.
      Et prends un pseudo hein ;-)

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  2. Même mère de famille, à 40 ans, on a le droit de bosser, tu sais! :-)
    Ne lâche rien!
    biz

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    1. Mince, je n'ai pas été claire. Evidemment et encore heureux qu'à 40 avec des enfants on a le droit de travailler.
      Je disais juste qu'un doctorat étant un statut précaire (CDD, petits contrats, pas ou peu de subventions), ce n'est pas à 40 ans avec 2 enfants que JE l'aurais fait: trop risqué sur le plan matériel.
      C'est ça que je voulais dire.

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  3. bon courage dans ta recherche de "job alimentaire", moi j'ai arreté. Le dernier m'a dit, mais dites moi vous avez un vocabulaire de bac+4 ou +5 en fait ?

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    1. mouais je sais... On verra bien si je tiens les mêmes propos dans quelques semaines!
      bises

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  4. Il n'y a pas de honte à rechercher un job alimentaire : Ce devrait être la "norme" pour une grande partie de ceux qui bossent à défaut de se réaliser dans son "métier" au sens noble.

    Ce qui est une horreur, c'est que le terme "emploi" remplace le terme "métier", on remplace la noblesse du geste par une statistique.

    J'ai vu un reportage consacré au Plateau des Mille Vaches où des ingénieurs s'étaient reconvertis en ouvriers de scierie pour le smic mais en entreprise coopérative. Je leur adresse un bravo sincère.

    Il n'y a rien de bouché dans la vie de quelqu'un munis d'un doctorat : Son agilité potentielle d'esprit lui sauvera la mise et lui permettra de se réaliser dans une activité professionnelle qui le passionnera et lui fera vivre des moments forts au cours de sa vie.

    Bonne chance et bon vent, la vie ne s'arrête pas à Pôle Emploi !

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  5. Bon ben bonne chance et bon courage. Et ça fait 23 ans que je bosse, ça fait 23 ans que j'entends le mot "crise", quoiqu'avant c'est plutôt "conjoncture".

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  6. Punaise, je ne savais pas, je tombe des nues :( Tu prends tout ça avec beaucoup de recul, et de "je le savais", mais n'empêche :( Je ne sais pas quoi te dire :s Je suis dans la situation que tu décris au début, de celle qui bosse et qui voit la liste des proches au chômage s'allonger !

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    1. C'est la vie ! Mais est-ce qu'on doit accepter tout ce gâchis au nom de la fatalité ?

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    2. Non on ne doit pas c'est sûr.

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  7. Tu me fais penser à mon fils aîné qui voulais faire Histoire, que l'on a dissuadé, qui a fait un DEA en psycho et qui s'emm... copieusement ... en tant que formateur à Pôle Emploi !

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  8. heu... les job alimentaires, c'est un sale mythe !!!
    même pour ça y'a que le piston ou "lafamiiiiiiille", surtout passé "un certain âge" (image et patron qui "préfère donner sa chance à un jeune")
    on est toujours dans un pays de rentiers de l'immo, d'épiciers et de fonctionnaires
    bref, comme sous Sarko en pire car exclusivement orienté "jeunes"
    toujours au plaisir de te lire ;o)

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    1. mouais... L'espoir fait vivre comme on dit.

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  9. moi aussi diplômé en histoire contemporaine et..........conseiller à pole emploi, ex formateur de la formation professionnelle, conseiller insertion, formateur en CFA, ....l'histoire mène à tout à condition d'en sortir. je reste un passionné de notre discipline et de celles qui s'y rattache (géo, anthropologie, eco, .....).
    j'ai souffert d'une forme de racisme qd je suis sorti du système universitaire genre les employeurs oh 1515 mais à part ça vous savez faire quoi. une fois je me suis levé et je suis parti, je parle pas aux cons........un historien n'est pas une encyclopédie, c'est mieux que cela, bcp mieux.

    bon courage à toi

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    1. Merci.
      Comme je suis d'accord!
      Et du courage, j'en ai à revendre!
      La prochaine fois que tu passes par là, prends un pseudo ;-)

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