La fucking réforme des retraites

retraite à 70 ans
Sans surprise, la conférence de presse de François Hollande aura satisfait une grand partie de ses supporters, mécontenté le Front de Gauche et affligé la droite.
A tel point, comme le souligne Jegoun, que c'est à se demander si les communiqués de l'opposition ne sont pas rédigés avant les conférence de presse.
Et dans l'ensemble (je dis bien "dans l'ensemble"), la presse est plutôt soft ce matin. C'est suffisamment rare pour être souligné.

Plusieurs points auront été décortiqués. Mais s'il y a bien un truc qui m'agace, c'est quand une phrase est sortie de son contexte pour critiquer de fond en comble les déclarations du Président. 

Je vais donc en prendre une au hasard (enfin à peine puisqu'elle rejoint mon billet d'humeur d'avant-hier):
"Dès lors que l’on vit plus longtemps, parfois beaucoup plus longtemps, on devra travailler aussi un peu plus longtemps."
Voilà donc la fucking phrase qui fait bondir à gauche et même à droite (ce qui est un comble quand on se souvient de la réforme amorcée par Nicolas Sarkozy en 2010).

Replaçons-la maintenant dans son contexte:
"Il y aura donc un rétablissement des régimes de répartition tenant compte de notre démographie, qui d’ailleurs est un atout par rapport à d’autres pays. Mais dès lors que l’espérance de vie s’allonge, il y a un principe qui est celui de l’évidence. Dès lors que l’on vit plus longtemps, parfois beaucoup plus longtemps, on devra travailler aussi un peu plus longtemps.

Le deuxième principe c’est la justice. Tenir compte des carrières longues. C’est d’ailleurs ce que nous avons fait dès le mois de mai pour permettre à ceux qui étaient depuis longtemps au travail de pouvoir accéder à la retraite à 60 ans. Cet esprit doit encore demeurer. Il y a les inégalités. Inégalités entre régimes, inégalités aussi qui frappent les femmes ou ceux qui ont des carrières incomplètes. Nous aurons à travailler là-dessus. Justice parce qu’il n’y a pas de réforme sans justice."
Donc, avant de taper sur une réforme qui n'en est qu'au stade de l'ébauche, attendons encore un peu. Non?

Je comprends parfaitement les arguments d'Homer qui critique violemment cette déclaration. Mais je reste convaincue que cette réforme prendra en compte les carrières longues, mais aussi la pénibilité du travail. J'ose imaginer que cette réforme ne sera pas imposée de la même façon aux ouvriers, aux artisans, à toutes celles et ceux qui exercent un métier crevant d'une part, et aux autres: celles et ceux qui font un job peu pénible, dans de bonnes conditions de travail et avec des horaires "normaux".

Que l'espérance de vie ait augmenté, c'est indiscutable:

espérance de vie France
Source: INSEE.
On pourrait alors se demander pourquoi l'espérance de vie augmente: progrès médicaux, meilleures conditions de travail... etc. OK. Mais pas pour tout le monde et ça tout le monde le sait.
Les classes sociales les plus modestes, les CSP les plus pénibles: je ne suis pas bien sûre qu'elles en aient profité pleinement des progrès médicaux et de l'amélioration des conditions de travail.

Parce que si on vit plus longtemps, c'est aussi parce qu'on bosse moins: réduction du temps de travail hebdomadaire (merci Martine), augmentation de la durée des congés payés, mais aussi: départ à la retraire à un âge raisonnable et pas quand on n'est plus bon à rien parce que le travail aura eu notre peau.
réforme des retraites
Source
C'est pour ça que je réitère mes propos d'avant-hier: avec un taf correct et pas trop usant, si mes conditions de boulot sont décentes, ça ne me fait ni chaud ni froid de bosser jusqu'à 65 ans. J'avoue que je m'étais un peu enflammée en parlant de 70 ans. 65, c'est déjà pas mal.

Passé ses considérations, je m'interroge autrement sur cette fucking réformes des retraites.

Beaucoup de séniors comme on dit, sont aujourd'hui au chômage. Près de 30% des demandeurs d'emplois ont plus de 50 ans.
J'ai beau être nulle en maths, si on recule encore davantage l'âge de la retraite, on va se retrouver avec:
+ de séniors au chômage => + d'indemnisations à débourser => aggravations des déficits => nouvelles réformes de notre système de protection sociale qui accentueront les inégalités et sabreront notre pouvoir d'achat.
Ça tient la route cette démo non? 

Et alors après, on va me dire que, puisque le nombre de retraités a davantage augmenté que celui des d'actifs depuis 20 ans, il faut forcément trouver une solution pour financer les retraites plus nombreuses.
Sauf que, si je ne m'abuse, la productivité des actifs d'aujourd'hui a augmenté plus vite que celle du nombre de retraités.
Par conséquent, si les actifs produisent plus qu'il y a 20 ans, les gains de productivité compensent le déséquilibre entre actifs et retraités.

Reculer l'âge de la retraite n'est donc pas la seule solution pour réduire le coût de son financement.
M'est avis qu'il faudrait commencer par remettre tous les chômeurs au boulot avant de s'attaquer frontalement au problème.
Car quand le taux de chômage sera considérablement réduit, j'imagine que le financement des retraites ne sera plus un problème, si?
Alors on va me répondre qu'il y a urgence et qu'il faut s'attaquer à tous les problèmes en même temps.
Sauf que, quand deux problèmes dépendent l'un de l'autre, ça me semble un peu casse-gueule de les régler indépendamment l'un de l'autre.   

Bref. Tout ça pour dire que je ne suis pas Michel Sapin tu l'auras compris.

Tout ça pour dire encore que je ne crois pas qu'il faille être systématiquement contre un recul de l'âge de la retraite, dès lors que les conditions de départ prennent en compte la pénibilité du boulot et l'âge d'arrivée sur le marché du travail.

Tout ça pour dire aussi que s'attaquer à la réforme des retraites ne me semble pas être la priorité du moment. 

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17 commentaires

  1. Eh bien, si, s'attaquer à la question des retraites est urgent, pour une raison toute simple : l'horizon de la faillite pure et simple d'un certain nombre de caisses est à très peu d'années d'échéance si rien n'est fait maintenant.

    D'autre part, vous dites : « résolvons la question du chômage et le problème des retraites sera résolu. » C'est exact que cela le résoudrait en grande partie. Le problème est qu'il s'agit là d'un vœux pieux, puisque le chômage continue d'augmenter et que, même si la fameuse courbe s'inversait (alors qu'on ne fait strictement rien pour, au contraire), le plein emploi, notion désormais mythique, est tout à fait hors de portée.

    Je remarque que, dans les "pistes" envisagées, personne ne dit clairement qu'il faudrait, au départ, supprimer les scandaleux avantages dont bénéficient les fonctionnaires et assimilés, quant à la retraite. Il est vrau, les réformes de ce type étant préparées par des fonctionnaires, en partenariat avec des syndicats de fonctionnaires, et qu'en outre ces mêmes fonctionnaires constituent en gros le seul réservoir électoral de la gauche, on ne va pas prendre le risque de leur faire de la peine.

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    1. Au risque de vous surprendre, je me suis toujours demandée pourquoi les fonctionnaires ne partaient pas à la retraite dans les mêmes conditions que les actifs du secteur privé...

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    2. Mais non ! pourquoi serais-je surpris ? C'est une pure aberration, un privilège sans rime ni raison (et Dieu sait pourtant que je ne suis pas, a priori, ennemi des privilèges…), et il est bien normal de s'interroger à son sujet.

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    3. Parce qu'il paraît que quand on est de gauche, on n'a pas le droit de critiquer les avantages des fonctionnaires hein...
      Je vais être censurée.

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    4. Problème de raisonnement. Ces lois sont faites par des fonctionnaires ?
      Mais que nenni ! La très grande majorité des parlementaires, en France, sont des professions libérales (médecins et avocats en très "grosse quantité") et des chefs d'entreprises. Ajoutons à cela les très hauts fonctionnaires (des vrais fonctionnaires très, très privilégiés, eux,du genre Moscovici, ou la très jeune retraitée Hidalgo, partie à la retraite à taux plein à l'âge de 52 ans, pour ne citer qu'eux), et vous avez le vrai visage de nos "représentants". Par contre, pas un seul ouvrier ou employé à l'Assemblée (alors qu'ils représentent 50% de la population active française).
      NB : je ne suis pas fonctionnaire ; encore moins fonctionnaire de la "France d'en bas", c'est à dire les seuls fonctionnaires au contact de la "plèbe"

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    5. Ma Chère, si un jour prochain vous vous réveillez toute nauséabonde, il ne faudra pas chercher d'où ça vient !

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    6. Je vous signale que le "bah !" est la propriété exclusive de Nicolas J. Si vous l'utilisez, vous lui devez trois bières.

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    7. J'en suis déjà à 562, je ne suis plus à 3 près!

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  2. "Dès lors que l’on vit plus longtemps, parfois beaucoup plus longtemps, on devra travailler aussi un peu plus longtemps." : la phrase, bien qu'ayant l'air claire est fausse. Le travail (main-d'oeuvre) disparaît pour être remplacé par du capital (machines = capital immobilisé) : c'est un progrès (dans les ateliers peintures et vernis de PSA, très hémato-toxiques, ne travaillent plus que des machines et des robots pour ne donner qu'un exemple que je connais bien) mais les machines de cotisent pas. Depuis 30 ans, on a remplacé des ouvrier-e-s par des machines et on a fait des gains de productivité : les machines ne s'arrêtent jamais, elles ne tombent pas malades, et le code du travail ne s'applique pas = manque à gagner pour les caisses de retraite. Et tu as raison, les chômeurs et les fins de droits ne cotisent pas ; le travail bénévole des femmes à la maison non plus, ce qui fait qu'elles font des retraitées scandaleusement pauvres : le travail cotisant, c'est un mec posté qui fait les 2X8 ou 3X8 ou 1X8, un modèle masculin obsolète depuis 25 ans, d'ailleurs on ne voit qu'eux pleurer quand il y a des plans sociaux alors que les chômage frappe plus durement les femmes, sous-employées la plupart du temps. 1945, date de création des caisses de SS et retraite, c'est daté et obsolète, mais comme les mecs sont au pouvoir, ils ne voient pas que le monde a changé. Conservatisme, manque d'imagination, manque de créativité, cooptation et entre-soi masculin, on va galérer encore longtemps. A moins que tu n'envoies ton CV au Ministère des affaires sociales ;-) ?

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    1. Je comprends bien ce que tu dis. Et pour les femmes, tu penses bien que je suis la première à le dire (dans mon dernier billet entre autres mais aussi en reprenant in-extenso la citation de François Hollande). Mais je reste convaincue qu'en prenant en compte les particularité sexuées et les conditions de travail pénibles pour certains, "normales" pour d'autres, nombre d'actifs peuvent bosser 2 ou 3 ans de plus. Ça ne veut pas dire "tous", je suis catégorique là-dessus.
      Et dans le même temps, dès lors que que 30% des séniors sont au chômage, le recul de l'âge de la retraite ne ferait qu'augmenter leur nombre si le chômage ne se résorbe pas.
      C'est pourquoi je pense qu'il faut s'attaquer au chômage avant de s'attaquer aux retraites et non attaquer les 2 problèmes en même temps.
      Sinon, pour mon CV au Ministère, c'est déjà fait!

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  3. Bonjour Elody,

    Juste un truc que je pige pas:pourquoi vous focalisez sur l'allongement de la durée de la vie?

    C'est seulement une des données du problème, alors que le ratio actifs/inactifs me semble plus central.

    Aujourd'hui on est à 2,1 actifs cotisant pour 1 actif. Ce ratio, insuffisant, puisque les caisses accumulent des déficits chroniques depuis plus d'une génération maintenant, poursuit sa lente mais régulière dégradation et doit passer à 1,5 actif(s) pour 1 actif dans une cinquantaine de piges. C'est à dire quand vous serez à la retraite, ma chère.

    Ce point devrait suffisamment vous renseigner sur le caractère d'urgence qui s'attache à la réforme des retraites, compte tenu de l'inertie des phénomènes démographiques et de gouvernance en matière de retraite.

    L'allongement de la durée de la vie, d'ailleurs, participe à l'aggravation de la dégradation du ratio: vivant plus longtemps, les retraités gonflent le stock d'inactifs, alors qu'avant, grâce au turn over de la mort, ce stock diminuait.

    En clair, avant, on pouvait compter sur les vieux pour faire diminuer le nombre d'inactifs, aujourd'hui, c'est le contraire: les vieux contribuent - je ne voudrais pas vous dire de bêtises, il faudrait sans doute le vérifier avec précision auprès d'un démographe) presque autant que la natalité à la production d'inactifs en France, voire le chômage.

    En effet, l'usine à produire des inactifs compte trois grandes chaines de production:

    - La natalité: un gosse est un inactif

    - Le chômage: un chômeur est un inactif même s'il y a beaucoup à dire sur le sujet

    - La vieillesse qui conduit à la retraite: là encore, on peut se demander si un retraité est vraiment un inactif, m'enfin bon.

    Les méchantes langues rajoutent une chaine supplémentaire: l'immigration. Un immigré serait, selon elles, un inactif en puissance, quand il ne vole pas le pain des Français. Les économistes et le démographes ne confirment pas, ou pas totalement cette affirmation.

    En bref, voilà la machine à produire des inactifs.

    En face, la machine à produire des actifs, qu'on appelle "la croissance" parce qu'il fallait lui donner un nom, est à la ramasse.

    Si on met ces deux machines face à face, on voit bien que le vieillissement de la population n'est qu'une donnée parmi d'autres, mais on comprend aussi qu'en produisant un flux de vieux toujours plus important et durable, cette chaine de production fait gonfler le stock des inactifs là où, avant, elle le faisait diminuer, grâce à notre vieille copine la camarde.

    La solution, et là il n'y en a pas tant que cela, c'est l'allongement de la période d'activité d'une personne: soit cela ce fait quand elle est jeune, ce qui suppose des études courtes et une entrée rapide sur le marché du travail, soit cela ce fait quand elle est vieille par un recul de l'âge de la retraite.

    Comme vous le savez, les études sont de plus en plus longues et les jeunes, même diplômés, ont un taux très élevé d'inactivité traduisant une entrée lente et difficile sur le marché du travail.

    Côté jeunesse, pas grand à faire dans l'immédiat donc, sauf prier Mangokalou, Dieu du fleuve de la croissance, pour qu'il vienne baigner nos rives et les recouvrir de ses riches alluvions.

    Reste la vieillesse: là, par simple décision, on peut reculer l'âge de la retraite.

    Maintenant, on peut aussi ne rien faire, comme vous le préconisez, mais dans ce cas on prévoit l'effondrement du système à échéance indéterminée, mais dont l'inéluctabilité est en revanche indiscutable.

    Ce qui veut dire qu'on peut être malin: il reste une petite chance pour qu'on puisse faire comme nos parents et refiler le bébé à nos gosses. A eux de se démerder avec le problème. Après moi le déluge, quoi.

    Et d'après ce que je comprends de ce que vous dites, vous êtes très tentée par cette option. Petite maligne, va.

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    1. Je ne me suis sans doute pas très exprimée pour la simple et bonne raison que je m'interroge surtout.
      Votre démonstration est limpide et je ne préconise pas de ne rien faire.
      Si cette réforme se fait, et j'ai conscience qu'il va falloir qu'elle se fasse, j'espère sincèrement qu'il y aura une dose de cas par cas. Car comme je l'ai dit plusieurs fois, je suis convaincue que la moitié des actifs français peuvent bosser 2-3 ans de plus.
      Mais ça va donc gonfler le stock de chômeurs séniors...

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    2. Impeccable commentaire, bravo.

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    3. La plus grande imposture est de parler d'âge légal de départ à la retraite et pas d'années de cotisations. Un apprenti qui commence à 14 ans, cotiserait 45 ans, partirait à 59 ans point. Ce débat a été totalement occulté par les médias à la dernière réforme. Les grévistes faisaient grève parce qu'on leur disait qu'ils devraient travailler encore même après avoir cotisé ENTIÈREMENT ayant commencé à 14, 17 ans.
      J'ai une seule fois entendu la question soulevée à un débat télévisé, tous les chroniqueurs qui se chamaillent d'habitude ont fait front dans un silence gêné jusqu'à ce qu'il y a en ait un qui ose "il faut trouver de l'argent", sous-entendu il faut faire plus travailler les cols bleus pour sauver les cols blancs.
      Sinon une petite réformette qui ne mange pas de pain, on a un système mutualiste sauf quand les retraités travaillent, ils ne sont plus soumis aux cotisations retraite sur leurs salaires alors qu'ils touchent à côté leur retraite. On ne devrait pas se poser la question du statut du travailleur, un salaire = des cotisations qui vont alimenter le système.

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