Le Centenaire 2014 pour les nuls

Ce billet est dédié aux curieux, aux ignorants, aux ignares, aux réacs, aux fachos, aux trolls, fâchés avec l'Histoire ou brouillés avec la mémoire collective.
 
Hier j'étais à l'Elysée.

Encore?

Oui encore. Mais j'étais pas toute seule. À vue de nez, je dirais qu'on était 250 ou 350. Mais comme j'ai jamais eu le compas dans l'œil, si ça se trouve je me trompe.

Des journalistes, des ministres, des députés, de gauche, de droite, des ambassadeurs (sans Ferrero Rocher... Ça c'est un peu abusé si je peux me permettre), des chercheurs, des blogueuses, des twittos, des militaires...
 
Nous étions toutes et tous invités à participer au lancement officiel par le Président de la République du Centenaire de la Grande Guerre en 2014.

Oui je sais on est en 2013.
Je t'explique.
 
Lundi 11 novembre, François Hollande sera à Oyonnax où il y a 70 ans, les maquisards de l'Ain ont défilé pour rendre hommage à leurs frères d'armes de 1914-1918 (soit 25 ans plus tôt):
"Les vainqueurs de demain à ceux de 14-18".
70 ans, 25 ans, bientôt le centenaire, aucune raison donc d'attendre davantage pour lancer officiellement le Centenaire de la Première Guerre Mondiale.

Donc on a pris place parmi les journaleux dont une qui m'a tendu les reins pendant toute la cérémonie en demandant toutes les 3 secondes à son voisin: 
"t'as vu Copé? ... Y'a Copé! ... C'est Copé."
Bref.
La cérémonie s'est ouverte par la projection d'un film d'images d'archives, accompagnée au piano par Jean-François Zygel.
J'en profite pour présenter mes excuses à Jean-François Zygel car j'ai écorché son nom de famille dans tous mes tweets. Mais comme on n'avait pas le Wifi à l'Elysée, impossible de vérifier l'orthographe de son nom.

Bref.
Ce film était parfait. Poilus, femmes, enfants, infirmières, gradés, front, arrière, troupes coloniales, cartographie des zones de conflit: rien n'a été oublié.
L'hommage était complet.

Puis ce fut l'heure du discours du Président.
Un discours aux petits oignons et d'une remarquable précision pour l'historienne que je suis.
Justesse et justice des propos.
 
Hommage aux fusillés pour l'exemple, aux femmes dont l'effort de guerre n'a été reconnu que des dizaines d'années plus tard, aux soldats des colonies sacrifiés et oubliés eux aussi des honneurs militaires, à Clemenceau, "le Père la Victoire", à Briand, aux gueules cassées... 

L'anaphore du jour était "commémorer".
L'union nationale dans la commémoration.
 
Un minimum me semble-t-il.
Et puis vint le moment où, citant De Gaulle, François Hollande rappela que la période 1914-1945 ne fut qu'une seule période de guerre continue: militaire, économique, politique, totale, idéologique.
Comment la Première Guerre mondiale portait en elle les germes de la Seconde.
Comment cette longue période porta à son paroxysme la brutalisation des sociétés. Et comment cette brutalisation trouva son triste apogée dans la Shoah.


Et cette déclaration ouvrit la porte aux réacs et aux trolls les plus cons que Twitter n'ait jamais engendrés:





J'invite tous ces ignorants à relire leurs cours d'histoire. Mais attention hein: pas les cours d'histoire d'il y a 50 ans hein. Ceux d'aujourd'hui, ceux qui, grâce à des historiens comme George L. Mosse, John Horner, Antoine Prost, Frédéric Rousseau, Robert Paxton, Annette Becker, Stéphane Audoin-Rouzeau, Françoise Thébaud, Christine Bard, ou encore Danièle Voldman font que l'histoire aujourd'hui enseignée est sortie du carcan consensuel et hypocrite dans laquelle elle a été longtemps plongée.

Ceci dit, un tel tweet de Marine Le Pen n'a rien de surprenant quand on sait que son père voulait rendre au 6 février 1934 la place qu'il mérite dans les livres d'histoire, sous entendu un élan patriotique et humaniste. 


Ce qui me dérange aussi, ce sont les journaleux qui se sont engouffrés dans la brèche frontiste, se muant en trolls de bas étage sans chercher à comprendre le parallèle évident et aujourd'hui avéré entre la Première Guerre mondiale et la Seconde.
Et sinon? "T'as vu Copé? ... Y'a Copé! ... C'est Copé."

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61 commentaires

  1. Il y a tellement de blogs qu'il est bien difficile voire impossible de repérer ceux qui ont vraiment du sens.
    Je découvre le vôtre avec plaisir et je le rajoute à mes favoris
    Bonne continuation
    http://cap2blog.blogspot.fr/

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  2. Je trouve que si, dans un premier temps, MLP a donné le change et donné l'impression d'humaniser le FN, le naturel est revenu au galop comme il se doit.
    Cette femme est venimeuse, dangereuse ... et plus bête que je ne le pensais !

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  3. Très bon billet. Malheureusement, on en aura jamais fini avec les troll...

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  4. J'ai hésité à venir mais bon, ça avait l'air bien. Comme d'hab, les trolls sont à la ramasse.

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  5. " Hier j'étais à l'Elysée.".......
    J'adore le début de ton roman ...... Mais ça me rappelle un texte de je ne sais plus quel auteur ...... " Hier j'ai diné chez le Roi." ...... C'est de qui déjà ? .....
    Hier j'étais à l'Elisée ...
    Longtemps je me suis couché de bonne heure ...
    Bon , le début est prometteur ...
    On va voir la suite du roman ......
    Finalement dans un roman le plus important c'est le début et la fin , parce que ce qui se passe entre les deux est assez banal la plupart du temps ...
    Bien sûr il y a le style ... On en a ou on n'en a pas du style ......
    Moi , personnellement je n'en ai pas ......
    Mais ton début là est magnifique : "Hier j'ai soupé chez le Roi."..... ou "diné chez le Roi." je ne sais plus ..... AH ! Ma Chère ! figurez vous qu'hier j'étais à l'Elisée ! ...... Non ! là j'en fais trop , comme d'habitude ..... J'adore ta simplicité : "Hier j'étais à l'Elisée." Tout est dit . C'est admirable ! La grande classe , Merde KÔÂ ! .....
    Bon , je vais retourné à mes occupations de roturière ......

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    1. Sans oublier la révérence je vous prie.

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  6. .....en attendant la prochaine guerre .......

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  7. Personnellement les membres de l'élite de ce monde qui commémorent le sacrifice et le massacre permanent des "Gueux" ça me fatigue ....... Mais encore un effort bande de gueux ! Bientôt le BONHEUR !!!!!

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  8. Le problème est que ce discours était retranscrit sur Twitter, et que certains n'ont vu qu'un tweet (ou un retweet) parmi d'autres, soit celui parlant de la Shoah, soit des Justes. Avec la viralité de Twitter, beaucoup n'ont lu que ça, complètement hors contexte (pour une fois que l'excuse "c'est sorti de son contexte" est valable).
    Et le hashtag #Centenaire2014 ajoute à la confusion. Il fallait suivre le discours depuis le début pour savoir que l'on commémorait les cent ans de 1914 et les 70 ans de la libération de 1944.

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    1. D'où la nécessité de se renseigner avant de tweeter ou de RT n'importe quoi. Un journaliste qui s'était engouffré dans la brèche a, depuis hier, retiré tous ses tweets quand il s'est rendu compte de sa méprise... Comme quoi.

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  9. Et sinon? T'as vu Copé? ... Y'avait Copé ou pas?
    #okjesors

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  10. Vous vous emballez un peu vite: si l'extrait critiqué par MLP était sorti de son contexte il n'en demeurait pas moins suivi de #CENTENAIRE2014. Accoler 1914 et une référence à la Résistance et aux Justes est sacrément maladroit!

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    1. Absolument pas. Quand on lit tous les tweets puis le discours, la logique est évidente.
      Et prenez un pseudo siouplaît

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  11. La première guerre mondiale on appelait ça "la grande boucherie je crois .....
    Elle a servit à l'essor du capitalisme mondial ..... La mondialisation a commencée avec la première guerre mondiale ...... Elle a détruit la société rurale française ...... Je ne sais pas si quelqu'un en a évalué ou au moins tenté d'en évaluer ,la portée catastrophique sur la nature également ...... Elle a servit à casser la prise de conscience du prolétariat en laçant le peuple dans le massacre total ......

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    1. Personne ne dit le contraire.

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    2. Il est en effet très difficile de dire le contraire de Stéphanie…

      Pour le reste, vous m'avez fait sourire, avec vos historien d'aujourd'hui qui sont largement octogénaires (Prost, Paxton). Et votre façon de rayer d'un trait de plume tous ceux qui ont étudié et écrit avant votre naissance.

      Sur le fond, je trouve moi aussi assez bizarre de mélanger les deux guerres mondiales, au prétexte que la première serait à l'origine directe de la seconde. Dans ces conditions, pourquoi ne pas évoquer aussi celle de 1870, sans quoi la guerre de 14 n'aurait évidemment pas eu lieu ? Ou le congrès de Vienne de 1815, qui a préparé la voie au nationalisme prussien ? Etc.

      Mais vous allez encore me répondre que, comme ce n'est pas votre sujet de thèse, vous n'en savez rien…

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    3. Je ne dénigre absolument pas les historiens qui ont écrit bien avant que je naisse. Je ne fais pas la promo des historiens "jeunes" mais celles de ceux qui ont contribué à renouveler l'histoire des deux guerres mondiales.
      Pour ce qui est du lien entre les guerres que vous citez, je ne vous répondrai absolument pas ce que vous pressentez.
      Au contraire. Je pense qu'il y a un réel lien de cause à effet entre le Congrès de Vienne et l'exaltation du nationalisme prussien, de même que celle de 1870 est à l'origine de l'esprit revanchard de la France.
      Par contre, comparer les deux guerres mondiales me semble plus approprié car les belligérants et les alliances étaient similaires (au moins au début des conflits) et elles furent par conséquent mondiales.
      Toujours est-il que ce parallèle n'a absolument rien d'absurde.

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    4. Ce n'est pas absurde, en effet, mais attaquer bille en tête sur l'extermination des juifs lorsqu'on lance le centenaire de 14-18 est tout de même un peu bizarre.

      Quant aux alliances, il me semble bien me souvenir qu'en 1914, l'Italie était de "notre" côté…

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    5. Qu'entendez-vous par "bille en tête". Ce parallèle entre les deux guerres mondiales, entre la boucherie de la GG et l'extermination des Juifs, n'était pas la première phrase du discours hein. Donc, plutôt que de s'attaquer à une phrase, lisons ce qu'il dit avant et ce qu'il dit après et on se rend bien compte que tout est logique.
      Quant à l'Italie, sauf erreur de ma part, ce n'est qu'en 1915 qu'elle rejoint la Triple Entente hein.

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    6. Hum... Si je peux me permettre, l'URSS en 1939 n'avait pas les mêmes alliés que la Russie en 1914... Ceci dit, ce n'est peut-être qu'un détail.

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  12. J'ai lu et relu qu'Hitler voulais venger l'Allemagne et que la dette contractée était à l'origine du sentiment de vengeance.En ce sens les deux conflits sont bien liés.

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    1. Il ne faudrait tout de même pas négliger, dans l'accession au pouvoir des nazis, et donc dans le déclenchement de la guerre, le poids du communisme soviétique et la déstabilisation systématique que le komintern a fait subir à la république dite de Weimar. Sans Lénine et Staline, pas de Hitler…

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    2. Mouais... OK. Mais on ne peut pas nier que le Traité de Versailles (diktat pour les Allemands) + les réparations de guerre + la crise de 29 + l'Europe qui flippait davantage du communisme que du nazisme, tout ça a contribué à porter au pouvoir Hitler.
      Et tout ça est hérité de la 1ère GM non?

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    3. Mais personne ne le nie, enfin ! Je pense toutefois que l'on minimise généralement le rôle du communisme dans cette affaire, la "montée aux extrêmes" théorisée par Clausewitz, l'effet miroir mimétique entre ces deux régimes jumeaux.

      Et puis, encore une fois, dire que la Seconde est héritée de la Première (ce qui, d'ailleurs, n'est pas de l'excellent français, il me semble…), c'est un peu enfoncer une porte ouverte, dans la mesure où l'on peut en dire à peu près autant de tout événement historique survenant, par rapport à ce qui s'est produit avant.

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    4. Non ce n'est pas très français en effet.
      En fait, on est d'accord si je ne m'abuse...

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    5. On ne doit pas en être ben ben loin, en effet !

      Où on le sera peut-être moins, je subodore, c'est quand va s'abattre l'inévitable déferlante à propos des quelques fusillés de la Grande Guerre, dont je sens qu'ils vont prendre une importance disproportionnée, tant ils sont une superbe occasion de battre sa coulpe une nouvelle fois, de montrer que homme blanc pas beau, etc. M'enfin, comme je m'y attends depuis déjà un moment, ce sera moins énervant…

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    6. Vous parlez des "fusillés pour l'exemple"?
      Quel rapport avec l'homme blanc?
      Vous subodorez que tous les fusillés étaient noirs?

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    7. J'aurais dû dire l'homme occidental, pour éviter la confuse. Ou l'homme européen, objet aujourd'hui de toutes les détestations car affligé de tous les vices : colonialiste, hétérocentré étoussa…

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    8. C'est pas complètement faux hein...

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  13. Pour moi qui suis illettrée et acculturée je vois en ces commémorations de la grande boucherie une sorte de messe noire , de rituel abominable glorifiant les sacrifices humains ..... J'y vois un monstrueux rituel païen comparable aux cultes et meurtres rituels que les grands prêtres Azthéques rendaient à leurs Dieux anthropophages .....
    Tout au sommet de la pyramide sociale les grands prêtres politiciens glorifient les sacrifices humains et le meurtre de masse ...... Le peuple fasciné et frappé par l'horreur rend gloire aux politiciens .... Le peuple pense que ces monstrueux rituels sont indispensables pour faire advenir le DIEU BONHEUR COSMIQUE con leur promet ..... Le peuple se prosterne et chante les louanges des grands sacrificateurs ..... Et ainsi cette commémoration de la grande boucherie sert à perpétuer l'ordre social établi par la violence et la haine absolue ......
    Tout comptes fait mon interprétation en vaut bien une autre parce que finalement l'histoire est une création humaine , un roman colléctif con écrit après coup à partir des faits .... Mais l'histoire n'est pas un fait objéctif . C'est un fait social auquel on se doit d'adhérer , de croire pour faire partie du clan ......

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    1. Je ne suis pas d'accord. Ces commémorations ne sont pas à la gloire de la Guerre mais un hommage aux morts qui sont tombés pour la France. Il me semble que c'est un peu différent tout de même.

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    2. Stéphanie, vous avez encore oublié de prendre vos petites pilules (les deux roses et la blanche) : vous n'êtes pas raisonnable !

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    3. En même temps, si les commémorations ne sont pas à la gloire de la guerre, pourquoi avoir choisi de commémorer l'entrée en guerre (1914) plutôt que la fin de la guerre (1918)? C'est un choix curieux, non?

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    4. En mourant à la guerre c'est à la guerre qu'on rend hommage ....
      Ils ne sont pas tombés pour la France ....
      Ils sont tombés pour amuser les puissants qui jouaient aux échecs
      grandeur nature avec des pions vivants qu'ils envoyaient à la mort pour s'amuser , pour se distraire de leur néant ....
      Les guerres sont des messes noires
      Que l'on célébre pour les abîmes de la haine .....

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    5. C'est beau comme du René Char…

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    6. Bref, nous ne sommes pas d'accord.

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    7. Oui mais du Renée Char à bœufs .....
      De toutes façons ne pas être d'accord ça ne m'angoisse pas du tout ....
      Je ne trouve aucune vertu dans la recherche du consensus ou de la tolérance .....

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  14. Devoir de mémoire certainement...Commémorer pourquoi pas...Mais le pauvres bougres qui sont morts, les tripes à l'air, bouffés par les rats dans leurs tranchées, ne méritent certainement pas les polémiques indécentes qui surgissent depuis hier...Quelle connerie, la guerre !

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  15. Si vous le permettez, je vais développer ici ce que je vous disais sur Twitter (140 signes, c'est un peu court).

    Bien sûr que les deux guerres mondiales sont liées. C'est incontestable. Bien sûr que le bouquin de Georges Mosse est excellent, car il a mis en évidence que la Première guerre mondiale était la véritable matrice des totalitarismes de l'entre-deux-guerres: la «brutalisation» qui aurait caractérisé la guerre aurait en effet induit celle de la vie politique en Europe et conduit à la Seconde guerre mondiale.

    Personnellement, je me suis réjoui en 2010 quand le nouveau programme d'histoire de classe de première prenait en compte les travaux de Mosse. Ce programme fut durement critiqué, à la fois par la gauche, parce que Sarkozy était président, et par l'extrême-droite, parce qu'il aurait soi-disant rompu avec le "roman national". À l'époque, Laurent Wirth, Doyen de l’Inspection Générale d’histoire-géographie et principal responsable des programmes, fut traité de tous les noms. Ce nouveau programme, thématique et très inspiré par l'école des Annales, est certes trop ambitieux par rapport au niveau réel des élèves; il suppose que ceux-ci ont acquis au collège de solides repères chronologiques, ce qui est rarement vrai. Mais il permet d'apporter des éclairages intéressants, comme ceux, entre autres, de Georges Mosse. En revanche, les recommandations de l'inspection précisent bien qu'il faut bien séparer les deux guerres mondiales.

    D'ici un siècle, le temps qui se sera écoulé aura comprimé la vision qu'on a du passé et on parlera sans doute d'une seule grande guerre qui s'étend de 1914 à 1945. Mais pour l'instant, la mémoire étant encore fraîche, on doit bien distinguer les deux conflits. Et on évite de systématiser abusivement la thèse de George Mosse: après 1918, tous les pays qui ont subi la brutalisation ne sont pas forcément devenus des régimes totalitaires. De la même façon, les tranchées ne conduisent pas forcément à la Shoah. Pour toutes ces raisons, les raccourcis de François Hollande, quand il fusionne dans son discours les souvenirs de 1914 et 1944, sont hasardeux et maladroits. Il faut être cohérent: c'est le centenaire de la Première guerre mondiale que l'on commémore, non? On ne peut pas tout mélanger: quand un élève parle de la Seconde guerre mondiale alors que le sujet porte sur la Première guerre mondiale, ne doit-on pas lui dire qu'il est "hors-sujet"?

    Bon, excusez-moi si j'ai été un peu long...

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    1. Ne vous excusez pas, vous avez bien fait, votre commentaire est très intéressant. Et merci de venir commenter ici et pas sur Twitter, contrairement à d'autres!
      Nous sommes d'accord sur le fond. Mais sur la forme du discours de FH que j'ai écouté en détail, franchement, il n'y a pas l'ombre d'une maladresse.
      Ce qui est maladroit c'est que certains contradicteurs se soient focalisés sur 2 lignes du discours sans prendre en compte l'avant et l'après.
      Et histoire de tâtillonner un peu, George Mosse ne dit pas uniquement que la brutalisation des sociétés a mené aux totalitarismes, mais qu'elle a imprégné toutes les sociétés, y compris les démocraties. Et c'est aussi parce que les sociétés ont subi la brutalisation que l'entrée dans la seconde guerre a été inévitable. Sans parler de l'échec cuisant de la SDN.
      Mais je chipote.
      Sauf que je reste convaincue que ce rapprochement des deux conflits dans une ou deux phrases d'un discours de plusieurs dizaines de minutes n'était pas maladroit.

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    2. Mais c'est très bien de chipoter! C'est souvent dans les détails que tout se joue.

      En effet, Mosse a dit que la brutalisation avait imprégné toutes les sociétés, y compris les démocraties. Mais, si on peut lui reprocher d'avoir quelque peu sous-estimé les mouvements pacifistes dans l'entre-deux-guerres, il a quand même reconnu que la France et la Grande-Bretagne avaient réussi à maîtriser cette brutalité.

      Évidemment, pour la France, on peut rétorquer qu'il y a eu Vichy, blablabla. Mais Vichy, c'est le résultat de la défaite de 1940. Simon Epstein a montré dans l'excellent "Un paradoxe français" que la collaboration est moins le fait de la brutalisation des sociétés que du pacifisme: on retrouve à Vichy nombre de pacifistes et d'antiracistes qui viennent de la gauche et qui vont collaborer avec l'envahisseur nazi au nom de la paix. À l'inverse, ceux qui avaient subi la mort de masse dans les tranchées ne pouvaient se résigner à collaborer avec l'ennemi allemand: par patriotisme, ils ont rejoint la résistance... Sur ce point, le bouquin d'Epstein, extrêmement bien documenté, est édifiant.

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    3. C'est très intéressant en effet.

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  16. Communisme ou pas, Lénine ou pas, l'élite allemande n'appréciait guère les idées socialistes et pas plus les idées social-démocrates d'avant guerre comme le montre une étude de l'historien Fritz Fischer (Les buts de guerre de l'Allemagne Impériale). La défaite, puis la grande crise auraient de toute façon engendré tôt ou tard en Europe une autre déflagration...Le succés du communisme russe n'a fait qu'accélérer le processus

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  17. Comme tout le monde le sait la Seconde GM était inévitable après le discours en 14 points de Wilson. L'élite étatsunienne a bien du mal à comprendre l'Europe, à la limite elle s'en fiche complètement : en revanche il y a depuis toujours une animosité totale envers les Bolcheviks et leurs successeurs. C'est pourquoi la période 1905-1995 fut pour Washington à la fois un défi économique, et une croisade contre ce que le capitalisme ne supporte pas : une autre donne idéologique, qu'il faut combattre pour maintenir une certaine unité entre les 50 États (qui étaient moins nombreux à l'époque).

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    1. Ouais admettons, mais on ne peut pas non plus affirmer que la Seconde Guerre mondiale est la seule responsabilité des USA hein...

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    2. Bien sûr, après tout les capitalistes US ont financé Hitler jusqu'en 1941. Tout simplement parce que pour eux Staline était le grand danger. Réel, ou affiché.

      Quant à 1914, comme l'a affirmé Anatole France, c'était un bon débouché pour les industriels, aussi bien français qu'allemands.

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    3. Je ne dis pas le contraire. Je dis juste que les deux guerres mondiales ne sont pas la seule responsabilité des USA.

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    4. Là-dessus, je suis d'accord. Des industriels et des financiers qui comptaient bien sur des guerres pour "se refaire", il y en a eu dans de nombreux pays.

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