Il y a 70 ans, 33 femmes entraient à l'Assemblée Nationale

Le 21 octobre 1945, les Françaises votent pour la première fois aux élections législatives. Non seulement elles sont électrices mais elles sont également candidates. 

Et pour la 1ère fois, elles sont 33 à faire leur entrée à l'Assemblée Nationale.

Du coup, j'ai farfouillé dans mes archives et dans celles de ce blog, et j'ai retrouvé un article de l'Illustration, du 1er décembre 1945, et qui revient sur ce moment historique pour l'histoire des femmes, leur lutte pour l'obtention du droit de vote et, par la même occasion, leur accès à la citoyenneté politique, pleine et entière.
"Les premières députées françaises
Elles sont trente-trois femmes, "députées" à l'Assemblée nationale constituante pour toutes les provinces françaises. Deux d'entre elles ont été élues par l'empire : Mme Sportisse, à Oran, et Mme Eboué, veuve du gouverneur général des colonies, à la Guadeloupe, de race noire comme son mari.
Elles appartiennent pour la plupart à ceux qu'on a appelés les "Trois Grands", communistes, socialistes et MRP, mais nos départements de l'Ouest, traditionnellement modérés, ont dépêché au Palais-Bourbon deux représentantes: Mme de Suzannet (Vendée) et Mme Texier-Lahoulle (Morbihan), qui siègent à droite. Leurs professions? Il y a des intellectuelles et des ouvrières manuelles.
Certaines ont déjà un passé de militantes, d'autres sont de nouvelles venues dans l'arène politique. Quatre d'entre elles ont siégé à la Consultative : Mmes Péri, Vaillant-Couturier, Madeleine Braun et Lefaucheux, vice-présidente du conseil municipal de Paris.
Nouvelles venues dans les assemblées parlementaires, les femmes y joueront peut-être demain un rôle important. Et ce n'est sans doute pas uniquement pour faire un geste symbolique que la Constituante a déjà appelé une femme, Mme Marie Dienesch, à siéger à son bureau en qualité de secrétaire."
On passera outre la teneur des propos qui sont parfaitement en adéquation avec l'époque : une pincée de paternalisme, un grain d'ironie, mais on notera tout de même l'exploit de la féminisation du mot "députée" qui, aujourd'hui encore, pose quelques soucis aux plus conservateurs (et conservatrices).

1ères députées françaises

BASTIDE Denise, Eva, Marie
BRAUN (NÉE WEIL) Madeleine
DEGROND Céline, Victorine dite Germaine
DIENESCH Marie-Madeleine
ÉBOUÉ-TELL Eugénie
FRANÇOIS Germaine
GABRIEL-PÉRI Mathilde
GALICIER Emilienne
GINOLLIN Denise
GUÉRIN Lucie
GUÉRIN Rose
LAMBLIN Solange
LAURE Irène
LEFAUCHEUX Marie-Hélène (Madeleine, dans le texte de l'Illustration)
LEFEBVRE Francine
LEMPEREUR (Née MUEZ) Rachel, Odile
LÉO-LAGRANGE (Née WEILLER) Madeleine
LÉVEILLÉ Jeanne
MÉTY Mathilde
NÉDELEC Raymonde
OYON Marie
PEYROLES Germaine
POINSO-CHAPUIS Germaine
PRÉVERT Renée
ROCA Gilberte
ROLLIN Simone
RUMEAU Marcelle
SOLOMON-LANGEVIN Hélène
SPORTISSE (GOMEZ-NADAL) Alice
SUZANNET (DE) Hélène
TEXIER-LAHOULLE Marie
VAILLANT-COUTURIER Marie-Claude
VERMEERSCH-THOREZ Jeannette

Vous aimerez aussi

21 commentaires

  1. La vraie question qui tue : pourquoi le droit de vote a-t-il été donné si tard aux femmes, alors que, par exemple, le Front popu prend les rênes du pays dans les années trente (si mes souvenirs sont bons) ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Vous êtes sur la bonne piste. Mais il faut creuser encore un peu et voir qui bloquait, et pourquoi. Il y a une surprise.

      Supprimer
    2. La gauche était contre le vote des femmes, persuadée que celles-ci étaient sous la coupe des curés, lesquels était, bien sûr, contre la gauche.

      Supprimer
    3. Bof...
      Il serait grand temps de s'apercevoir que la gauche est le véhicule d'une constante arnaque intellectuelle. En douter encore aujourd'hui est lamentable et piteux.
      Ces députées avaient toute leur place au couvent et nulle part ailleurs.

      Supprimer
  2. Je découvre que la 1ère femme noire Députée de la République est une socialiste! Épouse du Gouverneur de l'AOF Félix Eboué (au Panthéon), Eugénie Eboué-Tell a été Députée, Conseillère de la République, puis Sénatrice... De grandes distinctions ensuite, Croix de Guerre, Médaille de la Résistance, Commandeur de la Légion d'honneur, etc, de quoi énerver Nadine Morano...

    Gloire à Elle(s)!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, le fait que quelques Noirs aient bien servi la France justifie en effet qu'on s'interdise de penser que la France est avant tout un pays de Blancs.

      Maintenant, je trouve un peu dégueulasse que vous chantiez les louanges de ces Noirs qui ont collaboré avec le colonisateur. Bientôt vous nous vanterez les mérites des Harkis, si l'on n'y prend garde.

      Mais je veille.

      Supprimer
    2. Pourquoi une majuscule à"Noirs" ? Deux fois. C'est ignoble.

      Supprimer
    3. Et bien entendu, il serait odieux, limite raciste même, de soupçonner que Mme Éboué ait pu être élue sur le simple fait d'être "l'épouse de".

      D'autre part, en creusant un peu (un peu suffit), on s'aperçoit vite que la République a toujours fait une place, et parfois une place prestigieuse, aux plus brillants parmi les ressortissants de ses colonies : Éboué en effet, mais aussi Senghor, Monnerville, et d'autres moins connus. Tout simplement parce que la France n'a jamais été un pays raciste (ce qui n'empêche pas qu'un certain nombre de ses habitants puissent l'être).

      Supprimer
    4. Flûte alors, je suis d'accord avec Didier Goux.

      Supprimer
    5. « Flûte alors, je suis d'accord avec Didier Goux. »

      Ça porte un nom : le ramollissement cérébral…

      Supprimer
  3. A mon avis, une partie de ces gonzesses était lesbienne. Donc ça ne compte pas.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pourquoi : "une partie" ? Il va de soi qu'une femme normale a des choses autrement plus intéressantes à faire pour s'épanouir que de la politique ! Ne serait-ce que du tricot pour vêtir son homme et du shopping pour lui pomper sa monnaie.

      Supprimer
    2. Tiens c'est rigolo, quand j'ai fait ma thèse sur l'armée, c'était un refrain constant : "Une thèse sur les femmes dans l'armée ?!?! Que des lesbiennes sans aucun doute"

      Supprimer
    3. Je trouve particulièrement absurde de soupçonner de gouinisme des femmes qui choisissent un métier dans lequel elles ne vont fréquenter à peu près que des hommes.

      C'est comme si on accusait les infirmiers d'être pédés.

      Supprimer
    4. Vaste débat... En fait, les préjugés partent du principe qu'une femme qui choisit une carrière dite "masculine", c'est qu'elle a un trouble d'identité sexuelle. ceci expliquant cela.

      Supprimer

Vous qui passez par là, ne restez pas anonyme et choisissez au moins un pseudo.
Et si vous voulez balancer du lien, intégrez cette balise