Ne pas céder à la peur et à la désunion. Jamais.

Depuis janvier 2015, plus rien n’est comme avant. De Charlie à Saint-Etienne-du-Rouvray, le terrorisme islamiste fait partie de notre quotidien, qu’on le veuille ou non.

Hier, c’est une église qui a été prise pour cible. Un vieux prêtre unanimement apprécié par ses fidèles et les habitants de Saint-Etienne-du-Rouvray. Un vieux prêtre dont le seul crime aura été celui d’être catholique.

Depuis janvier 2015, c’est toute notre culture, notre histoire et notre mode de vie qui sont attaqués : la liberté d’expression, la fête, l’apéro, le 14 juillet, le tourisme, la religion. Tout y passe.

Depuis janvier 2015, la dignité et la décence ont elles aussi trépassé. Qu’elle est loin la Marseillaise chantée d’une seule voix par tous nos députés à l’Assemblée ! Comme Daesh doit se réjouir de nous entendre et de nous voir nous déchirer autour de nos symboles, autour de déclarations toutes plus lamentables les unes que les autres, autour de sordides récupérations politiciennes qui n’ont finalement pour seule vocation que celle de nous diviser, nous désunir et nous monter les uns contre les autres.

La famille Le Pen dénonce l’inaction du Gouvernement qui est pourtant sur le pont depuis des mois. Elle dénonce le fait que rien ne soit fait pour lutter contre le terrorisme, sous-entendu pour lutter contre l’immigration, et l’islam dans son ensemble qui produit bien malgré lui des islamistes radicaux dégénérés qui n’ont rien de musulmans et dont le cerveau a été lessivé par une idéologie rance et moyenâgeuse. La famille Le Pen se garde bien de dire que parmi tous ces fous d’un Dieu dont eux seuls se revendiquent, la plupart sont français, normands, bretons, de Vesoul ou d’ailleurs. Marion Maréchal Le Pen a même eu l’outrecuidance ce matin sur iTélé d’affirmer à qui voulait l’entendre que si le FN avait été au pouvoir, il aurait été capable d’éviter nombre de ces tueries… Murmurant néanmoins timidement que le risque zéro n’existe pas.

Nicolas Sarkozy s’est vanté hier d’interrompre ses vacances pour sauter sur le premier micro venu et tacler le Gouvernement en lui reprochant de ne pas avoir mis en œuvre une seule des mesures proposées par « Les Républicains », qui n’ont plus désormais de « républicain » que le nom. Cet amnésique du pouvoir qui a réduit à peau de chagrin nos forces militaires et policières, que le Gouvernement n’a de cesse de rétablir en recréant des postes, en mettant en place la réserve citoyenne, et en tentant d’effacer des mémoires et du terrain le saccage minutieux opéré entre 2007 et 2012 par l’ancienne majorité. Nicolas Sarkozy, celui-là même qui réclamait en novembre dernier l’assignation à résidence avec bracelet électronique de tous les « fichés S »… Pas de bol, Adel Kermiche, le terroriste de Saint-Etienne-du-Rouvray était précisément fiché S, assigné à résidence avec un bracelet électronique.

Alors non, le risque zéro n’existe pas. Et oui, je préfère un Gouvernement qui l’affirme clairement plutôt que des donneurs de leçons addicts aux plateaux télé qui n’ont que les élections présidentielles de 2017 dans leur viseur.

Non, le risque zéro n’existe pas. Le terrorisme peu frapper n’importe où, n’importe qui, n’importe quand et ce, quel que soit le terroriste : qu’il s’agisse d’un « loup solitaire », d’une association minutieusement organisée, de Français d’origine étrangère ou non, de djihadistes de retour de Syrie ou pas. 

Quel que soit le nombre de victimes, quelle que soit la cible, quel que soit le symbole, nous ne sommes pas visés à l’aveugle. Nous sommes visés pour ce que nous sommes : un pays libre, multiculturel, autrement dit « infidèle » et « dépravé » pour cette nébuleuse qu’on appelle l’EI. Nous ne sommes pas non plus visés parce que la France aurait rejoint la coalition qui lutte contre l’EI sur place en Syrie ou en Irak – n’en déplaise à une certaine gauche très à gauche. Car la France n’a rejoint la coalition qu’après avoir été attaquée sur son sol. 

Ce que veut Daesh, c’est nous monter les uns contre les autres. 

Ce que veut Daesh, c’est l’amalgame. C’est que nous, pauvres ignares, nous mettions dans le même sac les musulmans paisibles et pacifiques, autrement dit la grande majorité d’entre eux, et ceux dont le cerveau a été liquéfié par l’idéologie violente et radicale de l’EI.

Ce que veut Daesh, c’est anéantir la coexistence pacifique entre toutes les religions qui participent de l’identité de la France. 

Ce que veut Daesh, c’est que nous sombrions du côté obscur de la division, que nous renvoyions à la face du monde l’image d’un pays en guerre contre une religion.

Ce que veut Daesh, une certaine droite est en train de lui servir sur un plateau d’argent.

Oui il y a des failles et des défaillances. Mais non, jamais nous ne pourrons placer un policier ou un militaire devant chaque lieu de culte, devant chaque salle de spectacle, devant chaque école. Alors, on fait quoi ? On ne sort plus de chez nous ? On renonce à ce qui fait la France, la liberté ?

Oui on peut et on doit réfléchir ensemble, dans une même direction, vers un même objectif mais on ne peut pas laisser une certaine droite dire ou faire n’importe quoi en affirmant haut et fort qu’elle aurait mieux fait si elle avait été pouvoir, que nous aurions été davantage en sécurité si elle avait remporté les élections présidentielles de 2012. 

Laisser cette droite-là se pavaner dans la surenchère électoraliste et profiter d’un contexte tragique, c’est ouvrir un boulevard à la division entre nous, nos voisins, nos amis, nos collègues, nos proches… nos concitoyens.

Nous ne pouvons nous résoudre à une telle fatalité. Nous sommes libres et nous le resterons. La France doit rester ce qu’elle est: un pays libre dans lequel toutes les religions, l’athéisme et agnosticisme peuvent coexister.

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4 commentaires

  1. Tout à fait raison , la droite joue avec Daesh comme elle joue avec tous les extrémismes. La petite frappe de N Neuilly cherche à redorer son blason défraichi en jouant sur les sentiments des français douloureusement frappés qu'ils soient croyants ou non croyants. Le prêtre lâchement assassiné était un homme de paix qui entretenait le dialogue avec les musulmans de sa ville. Cela aussi ça déplait fortement à Daesh.

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  2. "Car la France n’a rejoint la coalition qu’après avoir été attaquée sur son sol."

    Oui, mais déjà active en Afghanistan, Libye, Mali... fournissant des armes un peu partout.

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    1. "Ce n’est pas Daech mais la France qui a commencé cette guerre. En septembre 2014, le président Hollande a décidé d’associer les forces françaises à la coalition internationale contre l’Etat Islamique initiée par les Etats-Unis un mois plus tôt. A ce moment-là, la France n’avait jamais fait l’objet de la moindre attaque de la part de cette organisation. Entre août 2014 et janvier 2015, la coalition internationale a réalisé 2117 frappes sur Raqqa et d’autres villes contrôlées par l’Etat Islamique."

      https://blogs.mediapart.fr/mathiasdelori/blog/270716/le-monde-journal-en-guerre

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  3. "ceux dont le cerveau a été liquéfié par l’idéologie violente et radicale de l’EI."

    Affirmation péremptoire, le niveau de préparation de ces attentats montre des cerveaux très efficaces, et le nier est tragicomique :

    https://pbs.twimg.com/media/CoYsqXZWEAAtyn8.jpg

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