Confinement. Episode 22. C'est quand que tu vas mettre des paillettes dans ma vie, Kévin?

Dans une autre vie sans confinement, si j'avais été courageuse et rigoureuse, motivée et disciplinée, j'aurais rédigé un billet de blog hier. Mais hier, j'ai coupé le taf (et non pas "quitté" puisque j'ai un déplacement de 50 cm à faire pour quitter le boulot) à 18h pour repartir à l'assaut du temple de la surconsommation le plus proche. J'aurai tenu 18 jours entre le dernier ravitaillement et celui d'hier. Entre 18h et 20h30 donc, j'ai quitté le taf, rempli mon attestation, attrapé mon masque et mes gants, mon gel hydroalcoolique, ma liste de courses longue comme le bras, ordonnancée par rayons, j'ai filé au supermarché, fait la queue pendant 30 minutes avant de pouvoir pénétrer dans l'antre que je maudis tant en temps normal et que je maudis encore plus en ce moment (je te passe l'épisode matinal où je me suis dit "Tiens, je vais y aller à l'ouverture, il y aura moins de monde"... La file d'attente était deux fois plus longue que celle du soir), sillonné les rayons telle une machine, masquée, refait la queue à la caisse (mais moins longtemps que la dernière fois), chargé la voiture, déchargé, rangé les tonnes de courses, je me suis servi un verre de vin et je me suis assise, 2h30 après être partie en mission. 

Nouvelle bataille du Caddie gagnée dans la sueur

Les œufs ont retrouvé leur place dans les rayons, la farine aussi, mais le sucre a quasiment disparu. Ça tombe mal, je voulais justement acheter de la cassonade pour me faire une Caïpirinha pour arroser mes congés jeudi soir. J'en ai finalement trouvé au rayon "Antilles / Guadeloupe". Ni une ni deux, sans regarder le prix, j'ai embarqué le précieux kilo de sucre. 
Entre la caisse du supermarché et le coffre de ma voiture, j'ai fait une halte par la pharmacie parce que j'avais oublié d'acheter du dentifrice et je me suis rendu compte que je n'avais plus d'antiseptique quand  je me suis arraché la main contre le crépis du mur du fond du jardin dimanche. Bref. Je fais donc patiemment la queue (again and again and again) et devant moi, j'assiste à une conversation lunaire entre un client et une vendeuse. La pharmacie vend des masques. Elle n'a pas attendu le 11 mai pour en remettre en vente. Elle propose donc deux sortes de masques. Un masque en bec de canard à 8,90€ et un autre plissé aux normes AFNOR à 4,99€. Le client, interloqué, lui demande la différence entre les deux. Il lui dit n'en avoir besoin que pour "faire son petit tour quotidien". La vendeuse lui répond :
Alors, celui à 8€90, il est lavable 50 fois mais il n’est pas certifié. Enfin pas encore certifié. On attend les certifications mais on sait pas quand on les aura. Et celui à 4€99,  alors lui, il est certifié, mais lavable seulement 5 fois.

Joyeux bordel en perspective

Sachant qu'on est censé laver les masques après chaque usage et qu'ils vont être obligatoires dans les transports à partir du 11 mai, j'ai quand même du mal à imaginer que tout le monde, et surtout les plus modestes, aura 30 à 40€ par mois à dépenser dans des masques. Alors, on pourrait se dire "Puisque les masques vont être obligatoires, c'est à l'Etat de les fournir". Je dois bien avouer que, bêtement, c'est ce que j'avais compris. Distribués gratuitement un peu comme on distribuait des capotes il y a encore quelques années. Pendant deux jours, c'est ce que j'ai imaginé. Sans doute étais-je encore sous l'influence des réflexions sporadiques de la gauche qui appelle - et moi la première - au retour de l'Etat-Providence, l'Etat-Protecteur. Et si l'Etat nous protège, alors il nous fournit des masques. Passé ce rêve éveillé et ce fantasme gauchiste, je me suis dit "Faisons comme pour les vaccins. Puisqu'ils sont obligatoires, la Sécu et les complémentaires santé doivent les prendre en charge".
Et puis la réalité du monde d'avant, pas encore complètement enterré tandis que le monde nouveau d'après (tu peux mettre les mots dans l'ordre que tu veux hein) est encore en gestation, m'est revenue en pleine face comme un boomerang.
Alors même qu'Emmanuel Macron déclarait le 12 mars dernier "Ce que révèle cette pandémie c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché" et qu'il ajoutait dans la foulée que l'Etat paierait "quoi qu'il en coûte", je me disais alors que mon idée n'était pas totalement saugrenue. Oui mais... C'était sans compter sur Agnès Pannier-Runacher, la Ministre aux Masques, qui calmait les ardeurs gauchistes de la populace en rappelant que jamais de la vie le Gouvernement ne fixerait un plafond pour le prix des masques. 

Démerdez-vous !

Moralité : continuez de vous démerder avec vos tutos, vos slibards, et vos machines à coudre, fabriquez vos masques, en tissu, en simple, en double, en triple épaisseur, certifiés AFNOR ou CHU de Grenoble, le Gouvernement s'en fout, pourvu que vous respectiez l'obligation de porter ces masques que tous ses ministres refusaient et méprisaient il y a encore quelques jours au nom d'une doctrine qui avait pris le pas sur le mensonge de la pénurie.
Pénurie dont on est désormais à peu près sûrs que le Gouvernement avait eu connaissance il y a au moins deux ans après que les trois quarts des 750 millions de masques stockés sous le quinquennat Hollande ont été déclarés hors d'usage à cause d'une date limite d'utilisation totalement périmée. 
Merci Marisol Touraine. Merci Agnès Buzyn. Merci Olivier Véran. Merci Jérôme Salomon.

Eddy

Comme Fred, je ne me lancerai pas dans une analyse et une critique, forcément constructive, du discours tant attendu du Premier Ministre pour nous présenter le dispositif du déconfinement, que nous connaissons déjà puisqu'il a fuité toute la semaine dans la presse, les médias, les réseaux sociaux et les internets. À l'heure du monologue d'Eddy, j'étais au boulot, et j'avais évidemment d'autres chats à fouetter. En gros, ce qu'il faut retenir, c'est que le 11 mai, ce n'est pas la fin du confinement. C'est l'étape 1 d'un déconfinement en plusieurs étapes et que si on rate l'étape 1, ce sera parce que les Françaaaaaaais n'auront pas respecté le strict confinement jusqu'à cette date. Eddy l'a dit. Il a même pris comme exemple de date charnière, le 7 mai. 
En gros, si les calculs sont pas bons le jeudi 7 mai, Kévin, les paillettes dans ta vie le 11, c'est dans tes rêves. 
Deuxième étape : le 2 juin. Entre les deux, un débat sur cette appli de tracking peu convaincante (StopCovid) qu'Eddy voulait faire voter aux député-e-s dans un package all inclusive aujourd'hui mais qu'il a finalement accepté de reporter après s'être fait jeter en l'air par les oppositions (et la rumeur dit, par Emmanuel Macron himself aussi).
Il a détaillé le kamoulox du déconfinement des écoles, collèges et lycées. Et je n'ai strictement rien compris. Ce qui n'a finalement aucune importance puisque je ne suis ni mère, ni prof, ni institutrice, ni dirlo et que je n'avais déjà rien compris quand c'est Jean-Michel Blanquer qui l'a fait.
Il semblerait aussi que la conférence de presse quotidienne de Jérôme Salomon s'accompagne désormais d'un Tour de France des départements où tu peux aller (en vert) et ceux où c'est craignos (en rouge).

Ainsi débute notre 7ème semaine confinée.

D'ailleurs, je ne vous félicite pas. Ca fait 4 épisodes que je me plante dans la numérotation des épisodes confinés. Heureusement qu'un gentil collègue confiné me l'a signalé :
Je note avec amusement (ou perversité) qu’il y a deux billets numérotés 18 ?... effet du confinement?
J'ai rétabli le bouzin. On en est donc bien à l'épisode 22. Merci Charles.

Et sinon ? Est-ce que quelqu'un a des nouvelles de Sibeth Ndiaye ?


👉 Dans le confinement.

Je suis en retard pour l'apéro. À plus dans l'bus.

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5 commentaires

  1. On dit à plus dans l'abribus d'abord (commentaire à haute valeur ajoutée)

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  2. Eddy l'a dit.

    J'ai trouvé son discours d'une grande clarté : pas de déconfinement.

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  3. D'après ma courte expérience, l'heure la moins pénible pour fréquenter les grandes surfaces (épreuve qui, de toute façon, EST pénible…), c'est lorsque tout le monde est à table, soit, ici, en "milieu rural", entre midi et midi et demie ; sans doute un peu plus tard chez les civilisés urbains comme vous.

    Je dis ça sans aucune garantie, évidemment.

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    1. J'avoue, j'y ai pensé... Et je pense que c'est vrai.
      Mais même si ça ne durait qu'une heure et demie, c'est quand même compliqué rapport à mes horaires de boulot.
      J'attends juste le retour des drives pour retrouver mes habitudes EN DEHORS du supermarché.

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