Confinement. Episode 24. Le 11 mai en marche arrière

Tout le monde a le 11 mai en ligne de lire. Mais personne n'y croit. Pas même le Gouvernement.
Il fallait une date, ils ont donné une date. 
Il fallait remettre la France au travail, ils vont rouvrir les écoles. 
Sur la base du volontariat ? Oui mais jusqu'au 31 mai seulement.
La gronde monte de partout. Personne ne comprend rien. Quels élèves? Quels niveaux? À quelle date? Dans quelles conditions?
Le conseil scientifique a publié un document de plusieurs dizaines de pages rempli de consignes sanitaires pour les personnels enseignants, les élèves, les locaux, l'entretien des classes, le repas du midi. De l'avis général, ces consignes sont totalement inapplicables. Aussi complexe soit ce document, le Conseil scientifique n'aura pas réussi à convaincre le Gouvernement de ne pas rouvrir les écoles.

Olivier Véran, expert ès kamoulox

N'en déplaise à Olivier Véran, devenu en quelques semaines seulement, expert en kamoulox. Il s'affiche en Une du Parisien et nous rappelle que "la date de levée du confinement pourrait être remise en cause", tout en rappelant que le Conseil scientifique était contre la réouverture des écoles mais que cela ne constitue pas un désaccord avec le Gouvernement. De deux choses l'une, soit ces gens nous prennent pour des cons, soit ils sont totalement à côté de leurs pompes, dépassés, hors-sol. Ils nous avaient habitués à se contredire entre eux en quelques jours seulement, voire quelques heures, les voilà maintenant qui s'auto-contredisent eux-mêmes en quelques lignes dans la même interview.
D'une région à l'autre, d'une ville à l'autre, des maires sondent des parents, des directeurs et directrices d'écoles écrivent aux parents pour savoir "s'ils comptent mettre leurs enfants à l'école le 11 mai", d'autres encore préviennent les parents que s'ils choisissent de ne pas mettre leurs enfants à l'école le 11 mai, ils ne pourront plus les y mettre jusqu'à la fin de l'année scolaire. On a donc des maires qui envisagent d'interdire l'accès aux écoles à des enfants qui ne seraient pas venus en cours au mois de mai. On a aussi des maires qui refusent d'ouvrir leurs écoles, quand d'autres font le choix de reporter l'ouverture d'une semaine. Sans parler de ceux qui se sont toujours contrefoutus de l'état de leurs écoles en temps normal et qui, soudainement, frappés au coin du Covid-19, se rendent compte que leurs écoles ne respectent pas les normes sanitaires depuis des lustres et donc encore moins maintenant.

Et pourtant... C'est bien cette date du 11 mai que tout le monde a en ligne de mire. Mais personne n'y croit. Comment pourrait-il en être autrement quand dans la même conférence de presse, le même ministre est également capable de déclarer :

  • Au sujet de l'application StopCovid dont on ne sait plus trop si elle verra le jour ou pas, elle sera (ou pas) doublée de brigades sanitaires chargées de :
collecter des données d'ordre non médical mais aussi des données d'ordre médical pour les porter à la connaissance d'un grand nombre d'intervenants.

Adieu secret médical. Et pour compenser les failles technologiques de certains smartphones et la fracture numérique, voilà bien que Cédric O, Secrétaire d'Etat au numérique prévoit "des boîtiers ou des bracelets qui permettraient de se passer des téléphones". 

  • Au sujet des tests :
Un test ne guérit pas, ne change pas le traitement ni le diagnostic [...] Si l'on avait testé absolument tout le monde, on aurait eu peu ou prou le même nombre de malades.

Affirmer ça en direct dans tous les médias de France alors que ça fait des années que l'on répète inlassablement l'inverse au sujet du Sida, est sidérant. C'est justement lorsqu'on est testé et qu'on sait si on est positif qu'on contribue à inverser la courbe d'une épidémie, quelle qu'elle soit. Savoir si on est malade ou pas, c'est aussi tout faire pour ne pas transmettre la maladie.

À chaque problème, une solution en marche

Légitimement, les élus locaux paniquent face à tant de responsabilités qui leur tombent dessus après les injonctions yakafaucon du Gouvernement.
316 maires d'Île-de-France (en zone rouge sur la désormais célèbre carte de France quotidienne) viennent de déclarer, dans une lettre ouverte au Président de la République, qu'ils ne "porteront pas la responsabilité de l'Etat dans une réouverture des écoles à marche forcée". Qu'à cela ne tienne, face au bordel généralisé, 138 députés et 19 sénateurs En Marche cosignent eux aussi une tribune et appellent à "adapter la législation pour effectivement protéger les maires pénalement mais aussi toutes les personnes dépositaires d’une mission de service public dans le cadre des opérations de déconfinement." Détendus de la tribune, ils proposent tout simplement une auto-amnistie. Quand y a d'la gêne, y a pas d'plaisir. C'était à peu près la conclusion du KdB d'hier soir.

15 mars - 11 mai : même combat

Le 11 mai des écoles sera le 15 mars des élections municipales. Voilà vers quoi on se dirige.
Tout comme ce scrutin a enregistré son plus faible taux de participation, le nombre d'élèves qui retrouvera le chemin de l'école s'annonce très faible.
Tout comme ce scrutin a révélé des inégalités entre les territoires, ce sera exactement pareil pour les écoles.
Tout comme certains ne sont pas allés voter parce qu'ils avaient peur, ce sera la même peur qui retiendra les parents de renvoyer leurs enfants à l'école.
Tout comme certains bureaux de vote étaient exemplaires en termes de sécurité sanitaire, d'autres ne sont pas parvenus à faire respecter ces mesures, faute de moyens et de personnel. Eh bien, ce sera exactement pareil pour les écoles.

Mais qu'on se rassure. Ils ont tout prévu.
Ils se peut que ce déconfinement le 11 mai tombe à l'eau si nous nous relâchons, si nous ne faisons pas d'efforts, si nous sommes irresponsables, nous, les gens.

Ce sera notre faute, à nous, pauvres cons.

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8 commentaires

  1. Est ce vraiment utile si je te dis que je suis tout à fait d'accord avec toi et sur ton analyse entre le 15 mars et le 11 mai. Et je n'avais même pas fait le parallèle ! Maintenant ça me parait tellement évident ...

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  2. Je suis perplexe.
    Je crois aussi que je commence à être lasse et c'est difficile de prendre conscience de la gravité du machin en étant à distance (je veux dire loin des hostos, par exemple) et confiné.

    Mais je me vois mal restée avec mes enfants confinée jusqu'à ce qu'on trouve un vaccin.
    Car concrètement,je ne vois que 2 issues:
    - attendre un vaccin (minimum un an d'après ce que j'ai pu lire)
    - attendre l'immunité collective (mais en restant confiné, ça va être compliqué... Et on ne sait toujours pas si l'immunité est permanente (genre varicelle) ou pas)

    Alors voilà, de mon côté, sachant que de mon côté on va être au télétravail encore un moment, si l'école rouvre, je laisserai mon enfant y aller. En ce moment, j'ai l'impression que c'est criminel de le dire... Mais la vie, ce n'est pas rester "enfermé", je ne peux mentalement que difficilement le concevoir.

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    1. Que le fond, nous sommes d’accord tu sais.
      Mon d’ici à moi, ce n’est pas tant les délais de confinement ou d’immunité. Mon souci, c’est la communication gouvernementale qui, par ses contradictions et son manque de rigueur, alimente le doute et la panique chez 60 millions de Français. Et ça, c’est très inquiétant quand on réalise qu’au sommet de l’État, on ne tient pas la baraque.

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    2. Certes... Ce n'est pas toujours d'une limpidité...

      Le problème aussi à mon humble avis, c'est que beaucoup ne peuvent admettre que les décisions qui seront prises aujourd'hui ne seront peut-être pas les bonnes.
      Parce que on ne sait pas bien pour le moment comment agir au mieux en essayant de naviguer entre ne pas saturer les hôpitaux et ne pas faire écrouler le système économique.
      C'est sûr ,quai niveau de la comm', ils sont mauvais.
      Mais je crains que même si leur comm' était bonne et quoiqu'ils proposent il y aura toujours à dire que c'est nul...
      Parce qu'il n'y a pas de solution qui puissent satisfaire tout le monde.

      N'empêche ,par exemple dans les depary dits "verts" je ne vois pas pourquoi les hôtels et restaurants devraient rester fermés... Mais bon.

      Par contre, je suis d'accord avec toi sur le fiasco des municipales... Chez nous le maire a été réélu au premier tour... Avec au total moins de voix que la dernière fois...

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    3. Tu as raison. Personne ne sait de quoi demain est fait.
      Mais ce qui me choque le plus, c’est que les ministres et le président se contredisent entre eux. Qu’on ait toujours quelque chose à leur reprocher, c’est politique.
      Mais qu’ils nous disent tout et leur contraire en seulement quelques heures, je trouve ça lamentable. C’est comme s’ils ne se parlaient pas entre eux.
      Quant aux restos dans les départements verts, je suis d’accord avec toi.
      Et les municipales... le mal est fait et ça aussi, c’est lamentable.

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    4. Bah au final, en effet on est d'accord.
      Mais je suis contente d'avoir commenté si longuement, ça faisait longtemps !

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