Déconfinement. Episode 1. De la neige en mai

Je savais bien que sitôt déconfinée, je perdrais le rythme. Chassez le naturel, il reviens au galop. Et le naturel, c'est un billet de temps en temps par-ci par-là. Le naturel, c'est le monde d'avant, avec les gens d'avant, les idées d'avant, les politiques d'avant. Le tout d'avant (aucun rapport avec Sophie).
Il n'y a qu'à voir les nouvelles depuis qu'on est déconfinés. Rien n'a changé entre l'avant et l'après. 

Vous voulez de la reconnaissance ? Vous aurez une médaille !

Nos soignants sont toujours payés au lance-pierre, le décret leur promettant une prime n'a toujours pas été publié donc il ne sont pas près d'en voir la couleur.
Faute de personnels et de moyens, ils ne sont pas non plus prêts de prendre des congés. Alors que, n'en déplaise au gouvernement ou au Medef, c'est un droit.
Mais pas de panique, le gouvernement a eu une idée de génie : que nous, salarié-e-s du monde non soignant, on fasse don de nos congés aux soignants. Brillant ! Ils n'ont déjà ni le temps ni les moyens de prendre leurs congés, j'ai peine à croire qu'ils aient le temps de prendre les nôtres (écrit comme ça, c'est vraiment n'importe quoi).
Donc, histoire de remonter le moral de tout ce petit monde, on vient d'apprendre par notre porte-parole préférée que :
Une médaille de l'engagement face aux épidémies sera réactivée afin de récompenser les personnes qui se sont dévouées pendant la crise du Covid-19. Cette médaille qui avait été créée à l'occasion de l'épidémie de choléra qui avait frappé notre pays en 1884 et instituée par un décret du 31 mars 1985 [oui oui, elle a bien dit "1985". Elles s'est juste plantée d'un siècle. Pas grave, on n'est plus à ça près.], pourra récompenser ceux qui se sont particulièrement dévoués pendant les périodes de maladies épidémiques. Elle pourra être décernée à titre individuel ou collectif et fera l'objet prochainement d'un décret qui la réactualisera.
Formidable ! Vous êtes contents, les soignants ? Et en plus, par-dessus le marché, il paraît que vous serez à l'honneur le 14 juillet prochain.
Vous vouliez des recrutements, des créations de postes, des réouvertures de lits, des réouvertures de services, des augmentations de salaires... Vous aurez une médaille et peut-être même un défilé.
J'en ai les larmes aux yeux tellement c'est beau.

De la neige en mai

Depuis qu'on est déconfinés, on a aussi eu droit à toutes sortes de déclarations (théoriques) sur la reprise des cours. Elles se sont évidemment fracassées contre le mur des réalités (pratiques). Plusieurs exemples dans mon entourage, de la maternelle au collège, de Montreuil (93) à Rennes (35) en passant par Montgeron en Essonne (25 000 habitant-e-s). Une de mes amies, instit' en maternelle, a œuvré toute la journée du lundi 11 mai pour préparer au mieux son école et sa classe pour accueillir au mieux ses élèves. Signalétique, balisage, déplacement de mobilier... etc. Elle ne dort plus depuis une semaine tellement la charge et la responsabilité sont immenses pour accueillir les enfants. Au moment où elle s'apprêtait à dessiner des flèches au sol et des lignes et des ronds et des carrés et des "Stooooop", elle est allée chercher le matériel fourni par la ville. Et là, assieds-toi, le seul matos mis à sa disposition pour tout ce marquage, c'est une bombe de neige.
De la neige.
La ville leur a filé des bombes de neige artificielle, les mêmes que celles utilisées pour les décos de Noël. Pour baliser leurs écoles. Pour répondre à l'urgence sanitaire et adapter au mieux les préconisations du rapport de 50 pages du Conseil scientifique sur "comment garantir la sécurité sanitaire des enfants et des personnels éducatifs en contexte de pandémie" (à peu près).

Nan mais de quoi se plaint-on, franchement !

Mais chut. Il ne faut pas râler, c'est mal. Les enseignants doivent maintenant être ceinture et bretelles au nom de la cohésion nationale. En plus de la neige artificielle, ils ont reçu des fiches pédagogiques les invitant (fortement) à ne pas remettre en cause la gestion de la crise. S'agirait pas qu'en plus les enseignants se rebiffent.
Une autre amie, prof en collège, après 3 heures de réunion dédiée au protocole sanitaire en est arrivée à la conclusion suivante, et sans appel :
On ne tiendra pas trois heures avec ce protocole.
La vie, la vraie d'un côté. Les politiques hors-sol de l'autre. 
La routine, quoi.

La France d'après

Tiens ! Dans la série "les politiques sont des génies", le parti socialiste n'a rien trouvé de mieux à faire cet après-midi que d'auditionner Nicolas Hulot dans le cadre de ses travaux visant à (re)construire "La France d'après". Auditionner un ex-ministre macroniste, passé expert en greenwashing à paillettes, accusé de viol et d'agression sexuelle, pour (re)penser la France d'après, celle de demain, celle qui veut faire table rase des politiques libérales et débridées, polluantes et anti-sociales, fallait oser. 
Pourtant, il s'est donné du mal, Nicolas. 100 principes pour demain publiés dans Le Monde en partenariat avec France Inter. 100 principes incantatoires en mode yakafaucon, tout ce que j'aime. Je te colle ci-après les quatre premiers. Je ne te collerai pas les 100 parce qu'ils sont tous du même tonneau:
  1. Le temps est venu, ensemble, de poser les premières pierres d’un nouveau monde.
  2. Le temps est venu de transcender la peur en espoir.
  3. Le temps est venu pour une nouvelle façon de penser.
  4. Le temps est venu de la lucidité.
Si c'est ça la France d'après, merci bien. Fallait le dire plus tôt. Je suis sûre qu'à 3 heures du matin, avec 4 grammes dans chaque bras, je pouvais moi aussi dégainer 100 grands principes du même tonneau.

La vie continue... comme avant ou presque

Lundi, j'ai repris le boulot sur les chapeaux de roues depuis mon bureau-salon-cuisine. Le midi, comme prévu, je suis allée déjeuner chez Mutti. Jeux de regards, gel hydroalcoolique, un mètre de distance, asperges vertes, cuisse de poulet grillée, lavage de mains, fraises, câlin au chien (à défaut de pouvoir en faire un à Mutti), retour au bureau-salon-cuisine. Du boulot par-dessus la tête et un mal de dos extraordinaire. Demain, c'est décidé, je fais un saut au boulot pour récupérer mes grands écrans. Deux mois sur un ordi portable 13 pouces auront eu raison de ma vieillerie.
Je suis retournée déjeuner chez elle ce midi. Crevettes, flan de courgettes, jambon de pays, fraises. La vie quoi.
Hier soir, première soirée déconfinée. Je suis allée retrouver Agnès avec plusieurs amies pour arroser son anniversaire. On était sept, sur un grand balcon, chacune sa bouteille, chacune bien loin des autres. Passion distanciation. C'est moi qui conduisais. J'ai emmené deux amies sur place. On avait décidé que dans la voiture, on serait toutes masquées. On est des bonnes élèves. J'ai roulé un kilomètre et j'ai viré le masque. Je ne sais pas quel lien de cause à effet il peut y avoir entre le port du masque et le sentiment qu'il nous manque un sens ou un membre pour conduire, mais, en ce qui me concerne, c'est impossible. Elles ont gardé le leur, sont restées bien sagement prostrées à leur place de passagères sans bouger et roule ma poule.
Arrivées chez Agnès, une espèce de suffocation nous a envahies. Le plaisir de se revoir autrement que par écran interposé. Se revoir en vrai. Sans problèmes de connexion. Sans coupures. Sans sifflement. Sans casque ni micro qui déconne. Quel pied !
La vraie vie quoi. Une espèce de parenthèse enchantée, suspendue entre deux confinements. 
Car finalement, loin  d'être déconfinés, on est plutôt en train de naviguer d'un confinement à l'autre.

Illuminer la vie

Depuis lundi, Edouard Baer et son émission "Des lumières dans la nuit" sont revenus sur France Inter. Ça aussi, ça fait plaisir. Ça déconfine l'esprit, ça fait du bien. Et en ce moment, il n'y a pas de petits plaisirs. Ils sont encore trop rares.

Un nouveau blog dans ma blogo

Ah tiens, d'ailleurs, du côté de la blogosphère qu'on a dite morte 100 fois et qui a ressuscité 100 fois, un ami a créé son blog. 
Un nouveau blog dans la blogo, "ça s'arrose" comme dirait Nico (t'as vu ? ça rime)
Vas donc y faire un tour, tu comprendras pourquoi.

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10 commentaires

  1. Kwwwwaaaaaaa tu as enlevé ton masque. Bouh la vilaine.

    M’en vais visiter le nouveau blog que tu évoques. La bise masquée.

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  2. Ouh la la ! TRÈS MAUVAIS, le câlin au chien ! Si vous êtes porteuse du petit Chinois, il va s'accrocher aux poils du toutou et ensuite, dès que Madame votre Mère va elle aussi caresser l'animal, le Chinois malin va lui sauter dessus, sans le moindre égard pour le respect qu'il lui doit (car c'est connu : le Chinois est naturellement fourbe et cruel).

    Enfin… bonne journée quand même, hein !

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    1. Rassurez-moi... On n'est pas porteur à vie ?
      Nan parce que dès lors que je n'ai vu absolument personne pendant les semaines qui ont précédé les retrouvailles...

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    2. Mais non, eh ! J'essayais juste de me mettre dans la peau d'un coronatrouillard, comme il s'en bouscule chez Ternette et ailleurs.

      En réalité, le virus n'a pas une durée de vie plus longue qu'une lueur d'intelligence chez un blogueur, c'est vous dire.

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    3. En réalité, le virus n'a pas une durée de vie plus longue qu'une lueur d'intelligence chez un blogueur, c'est vous dire.

      Rhhhhooo la comparaison...
      II y en a de très biens des blogueurs !
      Bon là tout de suite j'ai pas d'exemple...

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    4. Sinon mon cher Didier, quand allez vous nous donner à nouveau l'accès aux commentaires chez vous ?
      Les billets sont très bien, là n'est pas le problème, mais manque tout de même le sel de ceux qui hantent d'ordinaire dans vos parages.
      Désolé Elodie de troller un peu ici, c'est que notre ami n'est pas facilement joignable.

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    5. Comment ça : "pas facilement joignable" ? Mon adresse himmel s'affiche en haut et à gauche de mon blog depuis des années !

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  3. Merci encore pour ces mots, certains donnent même envie de hurler ou de crier mais mention spéciale à la référence à Sophie D’avant 🙏😄

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