Déconfinement. Episode 3. L'escalier de Penrose

J’étais sur le point d’écrire un billet de blog pour dire que je n’ai plus du tout envie de bloguer. C'est ainsi que j'ai conclu mon commentaire chez Denis (qui, apparemment, m'a bloquée sur Twitter et sur Facebook... Cette période est fantastique. J'imagine donc qu'il a aussi dû bloquer mon commentaire sur son blog. Bref).
Il paraît qu’on est déconfinés depuis le 11 mai. J’avoue ne pas avoir vraiment vu de changement dans mon quotidien.
Ça pourrait cependant vexer mes amis et ma mère que j’écrive ça, puisque je les ai vus plusieurs fois depuis cette date, alors que c’était inenvisageable avant.
J’ai également fait du shopping, acheté des robes, des sandales, des fleurs et des arbustes que j’ai plantés un peu partout dans mon jardinounet. Je suis allée chez le coiffeur... Sorties impossibles ou peu raisonnables avant cette date.
J’ai reçu des masques made in Madagascar de la part de ma municipalité.
Pour autant, malgré ces changements notables, j’ai la désagréable sensation de ne pas avancer.

Le fameux escalier de Penrose

Monter 10 marches, tourner à gauche, remonter encore 10 marches, tourner encore à gauche pour me retrouver à nouveau face à 10 marches et ainsi de suite. Comme si le bout du tunnel n’était jamais loin, et en même temps inaccessible.

La grande question qui nous anime maintenant est celles des vacances, de l’été qui vient et des congés que les un-e-s et les autres auront la chance de pouvoir prendre.
Oui mais pour faire quoi?
Oui mais pour aller où?
Oui mais avec qui?
Autant de questions qui restent sans réponse tant l’avenir est incertain.

Et d’ici là, la question des élections municipales qui agite toute la classe politique. 
28 juin ? Septembre ? Janvier ?
Comme le dit si bien ma copine Laure : dès lors qu’on peut aller chez le coiffeur ou "se faire épiler", qu’est-ce qui empêcherait d’aller voter?
Bien sûr qu’il faut en finir avec cette séquence électorale sans fin. Bien sûr qu’il faut aller voter.
Mais quand ? Dans quelles conditions ?
Le conseil scientifique a dit ok à condition que les conditions sanitaires soient réunies. Il émettra donc un nouvel avis 15 jours avant le 28 juin. D’ici là, il a aussi précisé qu’il ne pourrait pas y avoir de campagne sur le terrain, pas de tractage sur les marchés, pas de porte-à-porte, et évidemment, pas de réunions publiques.
Si tout se passe à peu près normalement, on aura donc fin juin, des maires qui auront été élus le 15 mars dans des conditions lamentables et des maires élus le 28 juin dans des conditions tout aussi lamentables. 

Pas de quoi se réjouir donc.

A Paris, c’est la foire à 10 balles. La candidate LREM, Agnès Buzyn, est aux abonnées absentes. Plus de son, plus d’image. La République en Marche! s’interroge depuis des semaines sur un éventuel remplacement de sa tête de liste. On a même évoqué Stanislas Guérini. Quelle blague.
Mais c’est pas la meilleure.
La meilleure, c’est quand même Cédric Villani, sorti écrasé à moins de 8% du premier tour, qui vient de quitter le groupe majoritaire à l’Assemblée nationale pour rejoindre le pseudo groupe « Écologie, Démocratie, Solidarité » dans lequel on annonçait 58 député-e-s qui sont finalement 17, présidé par Mathieu Orphelin, et qui déclarait hier (Cédric Villani hein, pas Mathieu Orphelin, suis un peu...) qu’il n’était pas opposé à remplacer Agnès Buzyn à la tête de la liste En marche à Paris.
La cohérence du mec.

Kamoulox absolu.

Côté gauche, on tente des trucs. Mais comme l’a très bien résumé Le Canard Enchaîné, et comme je le dis depuis des semaines (et des mois en fait), le problème de la gauche, ce n’est pas la gauche, le problème de la gauche, ce ne sont pas les partis. Le problème de la gauche, ce sont les chefs et cheffes à plumes, les barons et les baronnes, les éléphants, les ego. Tenter quoi que ce soit de cohérent qui ressemblerait à une union à peu près aboutie semble impossible avec les leaders en place. Trop de rancœur les anime. Trop d’ego les habite. Trop de coups de billards à 42 bandes les motivent. 
Et au milieu de tout ce marasme, les gens de gauche, toi, moi, assistant médusés et perplexes à une pluie de tribunes qui ne parlent qu’aux militant-e-s. La gauche aussi fait la queue dans l'escalier de Penrose.

Parce qu’on peut se le dire: on se fait plaisir en signant une tribune mais les gens n’en ont on strictement rien à carrer de ces tribunes qui ne leur parlent pas, signées par des gens qui ne leur parlent plus.

Et sinon ? Les vacances ?

Et donc, pour en revenir aux vacances... eh bien, on verra.
J’ai la chance de faire partie de celles et ceux qui pourront en prendre. Mais il m’est bien égal de partir ou pas. Aller à la plage par tranche de deux heures avec deux mètres entre chaque serviette, réserver son créneau horaire pour aller à la piscine... ou rester ici et profiter de tout ce que la région a à m'offrir. Je crois que mon choix est déjà fait.
D’ici là, Paris aura rouvert ses parcs et jardins, ses berges, ses bars et ses restaurants...
(Ne vient pas casser l’ambiance et laisses-moi y croire).

Et alors, j’irai profiter de Paris au mois d’août, avec ou sans musée mais la tête vidée de toutes ces questions sans réponse sur ce que nous réserve demain et ce putain de monde d’après qui ressemble davantage à un mirage et un fantasme qu’à une réelle ambition collective.

Je te laisse. C'est l'heure de la sieste.

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11 commentaires

  1. Tout est dit. Et concernant celleux qui te bloquent, don't feed the troll ;-)

    Hop, une bise masquée en passant.

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  2. pour dire que je n’ai plus du tout envie de bloguer.
    Ça s'rait dommage. Moi, si je fais abstraction de ce que vous savez bien sûr, je les aime bien vos billets de blog énervés. D'une façon générale j'aime quand des gens de gauche disent leurs quatre vérités à des gens de gauche, ça me fait toujours sourire.

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  3. Ah ! Très intéressant ton billet :) N’arrête pas hein, ou je dors un Avatar encore plus pourri ! 😎

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  4. "[...] le problème de la gauche, ce ne sont pas les partis. Le problème de la gauche, ce sont les chefs et cheffes à plumes, les barons et les baronnes, les éléphants, les ego."

    Pas d'accord. Le plus gros problème de la gauche, c'est la question de la parité sociale. C'est le rejet des gens pauvres ou modestes et de leurs préoccupations. J'étais membre d'une liste paritaire avec 60% de candidats correspondant aux 60% de citoyens modestes ou pauvres vivant dans notre ville. Les réactions d'incompréhension des diverses listes "de gauche" nous montrent que le chemin pour inscrire la parité sociale sera aussi long que l'obtention du droit de vote pour les femmes...

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    1. L’un n’empêche pas l’autre. En effet.
      Et je n’ai pas dit que c’était son seul problème.
      Mais c’en est un et il peut expliquer beaucoup des autres problèmes de la gauche.

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