Municipales 2020 : le crash test de la vague pastèque


Après le grand raout (sans aucun lien avec la chloroquine) de la grande soirée électorale du second tour des municipales hier soir, what 1000 questions me traversent l'esprit et me fond quelques nœuds au cerveau.

D'abord, de belles victoires roses, vertes et un peu rouges. Passion pastèque. 
Je ne peux pas bouder mon plaisir de voir Lyon, Marseille (même s'il reste à confirmer l'investiture de Michèle Rubirola), Bordeaux, Nancy, Besançon, Paris... Lille dans la douleur, et autant d'autres villes maintenues à gauche ou conquises par la gauche.
(Liste non exhaustive, épargnez-moi le "Eh mais t'as oublié Villejuif !")
Près de chez moi, en Essonne, je ne peux pas bouder mon plaisir, ma joie, ma fierté de voir de très très bons copains élus maires, avec un score à faire pâlir d'envie les plus vieux barons hyper implantés dans "leurs fiefs" depuis la nuit des temps.

Mais... Il y a un "mais".

Avec un taux d'abstention proche de 60%, on assiste au début de règne des maires les moins bien élus de la Vème République.
C'est pas uniquement propre au 2nd tour hein. Mais pourtant, alors même qu'on allait entrer en confinement et que la pandémie était déjà en France, le taux d'abstention du 1er tour a été moins élevé qu'hier.

Qu'on ne soit pas allé voter le 15 mars (comme moi) parce que trop flippée dans une commune sans enjeu puisque le choix se résumait à deux listes de droite, je peux comprendre. Tout le monde peut comprendre.

Est-ce que les gens s'en foutaient ?
Est-ce qu'ils étaient déjà en vacances ?
Est-ce qu'ils sont tous passés en mode "ça ne sert plus à rien de voter, je n'y vais plus"?
Bref, quelles que soient les raisons de cette abstention massive, elle laisse un arrière-goût assez indigeste, même aux plus belles victoires.

Mais... Il y a un "mais".

Lille. Que s'est-il passé à Lille pour qu'on se retrouve à départager le candidat EELV, Stéphane Baly, et Martine Aubry, candidate PS, dans un mouchoir de poche ?
Passant d'un quart d'heure à l'autre à une défaite de l'un puis de l'autre, pour finalement acter la victoire de Martine Aubry à 227 voix seulement ?
Que s'est-il passé à Lille pour qu'on retrouve EELV et le PS opposés alors qu'à Paris, ils se sont unis dans la campagne d'Anne Hidalgo ?
Je le dis d'autant plus en toute tranquillité que j'étais opposée à cette nouvelle candidature de Martine Aubry. Non parce que j'estime qu'elle n'a pas été une bonne maire. Non parce que je considère qu'elle n'est pas une grande femme politique (j'ai voté pour elle au 1er tour des Primaires en 2011). Mais parce que je ne comprends pas qu'en trois mandats, on n'ait pas réussi à assurer la relève et que, sauf erreur de ma part, les statuts du PS limitent expressément le nombre de mandats à trois et qu'elle avait elle-même dit en 2014 que ce mandat serait le dernier. Mais qu'importe. C'est pas trop le sujet. Le sujet, c'est qu'on se retrouve à faire campagne contre EELV, soutenu par Génération.s (je ne ferai aucun commentaire...) alors qu'à Paris, on fait campagne ensemble.
Je pourrais décliner l'exemple lillois dans bien d'autres villes.

Unis par ici, opposés par là... 


Mais ce qui est sûr, au vu des résultats d'hier, c'est que l'union a permis de belles victoires. À tel point que les médias et les experts ès commentaires électoraux en perdaient leur latin à ne plus savoir si c'était une vague verte ou une vague rose ou une vague pastèque. Parce qu'on avait aussi bien des têtes de listes vertes ou roses à la tête de listes vertes et roses.
Mais j'ai pris l'exemple de Lille parce que seules 227 voix séparent les deux candidats.
Et si Stéphane Baly l'avait emporté, j'aurais tenu exactement le même discours. Je n'en aurais pas changé un mot.

Tout ça pour dire quoi ?

Eh bien, pour dire que l'exemple lillois doit nous servir de leçon, à nous la gauche.
Lille doit nous servir de leçon pour préparer la relève.
Lille doit nous servir de leçon pour construire l'union de la gauche parce que c'est le seul moyen de parvenir à remporter les élections, sans discussion possible, sans équivoque, clairement et confortablement.
Lille doit nous servir de leçon pour mettre un terme aux conflits d'ego, aux luttes de pouvoir, aux rapports de force, aux haines recuites et aux bastons entre baronnies, qui dépassent bien souvent les seules frontières de la ville en question.
Lille doit nous servir de leçon pour davantage de cohérence parce que les accords locaux valables dans telle ville mais totalement inexistants dans une autre, c'est incompréhensible, inique et absurde.
Et bien que je me sois opposée à cette quatrième candidature de Martine Aubry, je ne peux pas m'empêcher d'être contente qu'elle ait gagné. Même si elle a très mal gagné et qu'elle est très mal élue, comme la plupart des maires, donc.

Ne croyez pas que je fais une fixette sur Lille ou sur Martine Aubry

C'est un exemple qui aurait pu être parmi tant d'autres. Confidence pour confidence, j'ai lâché la soirée électorale après la confirmation de la victoire d'Anne Hidalgo et celle de mes très bons potes. Mais j'imagine sans grande difficulté que des exemples comme Lille (le mouchoir de poche mis à part), il y en a plein d'autres.

Yakafaucon. Tout ce que je déteste.

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9 commentaires

  1. C’est surtout Paris qui doit servir d’exemple, je crois. Anne Hidalgo a su négocier avec toute la gauche. Mais j’ai la flemme de bloguer.

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    1. J’aurais sans doute dû dire que Lille doit nous servir de contre exemple.
      Mais donc, on est d’accord.

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  2. Le Mais vient aussi du fait que sur les territoires où la gauche ne s'est pas montrée capable de se réunir, et présenter un projet et une équipe soudées, ça bascule, ça bascule mal...
    A Perpignan, le département est présidée par une socialiste (alliée avec le PC et les verts), la région est présidée par une socialiste et on a une ville de 120 000 habitant·e·s où la gauche ne s'est pas montrée responsable ni soudée depuis 2 élections. L'arrivée d'Aliot est une catastrophe.

    Pour la première fois, moi issue d'un mariage mixte, d'un père né marocain (double nationalité) j'ai peur pour mes parents là bas...

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    1. "Le Mais vient aussi du fait que sur les territoires où la gauche ne s'est pas montrée capable de se réunir, et présenter un projet et une équipe soudées, ça bascule, ça bascule mal..."

      On est d’accord.

      Pour le reste, je ne saurais imaginer ce qu’ils doivent et ce que tu dois ressentir... 😢

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  3. Concernant les alliances gauche-verts, peut être que certaines personnalités de gauche sont devenus défenseurs de la cause environnementale de façon opportunistes. Reconnaissons au verts la liberté de ne pas s’allier avec des listes de gauches ne sentant leurs orientations compatibles avec des programmes de campagne n’ayant de vert que la forme pas le fond.

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  4. A Nice c’est pire. 2 listes de gauche et une liste ecolo face à la machine de guerre Estrosi. Le résultat est sans appel : la gauche est sortie du CM et les écolos ont gagné 6 sièges sur 69, derrière le RN (7 sièges) et Estrosi (56 sièges).
    Mais tout le monde semble semble être content...

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    1. Oui. Lille c’est l’exemple de la division qui parvient quand même à l’emporter.
      Nice c’est la marque de fabrique de la gauche: partir divisée pour perdre.

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