Une farouche liberté. On ne naît pas féministe, on le devient.

Je viens d'achever la lecture du livre de Gisèle Halimi, et je suis remontée comme une pendule.

J'ai envie de sortir dans la rue et de hurler.

J'ai envie de dire à tous-tes celles et ceux qui critiquent le "néo féminisme guerrier" ou le "néo-féminisme" tout court, les mêmes qui ont pleuré la mort de Gisèle Halimi, de fermer leur gueule de lire ce livre.

Vous comprendrez combien la posture et la critique sont faciles en 2020.

Vous comprendrez pourquoi celles et ceux qui disent que les féministes d'aujourd'hui n'ont rien compris et desservent la cause, sont hors-sol, hors de l'Histoire. Combien ils et elles sont totalement à côté de la plaque.

Combien nous sommes des petites joueuses à côté du féminisme guerrier, voire carrément punk, de Gisèle Halimi.

Vous comprendrez que votre critique en mode "Gisèle Halimi, c'était quand même autre chose que les féministes d'aujourd'hui", est totalement absconse, hors-sujet, totalement ignorante des combats qui furent les siens, des méthodes qu'elle a employées avec ses sœurs de lutte, et ses frères aussi.

Vous comprendrez qu'Elisabeth Badinter avec sa pseudo-critique du "néo-féminisme guerrier" ne fait rien de plus, rien de moins, qu'insulter le parcours et les luttes de nos sœurs passées, sans qui je ne serais sans doute pas là à vous écrire, sans qui Elisabeth Badinter n'aurait jamais écrit un truc pareil, sans qui aucune des grandes avancées historiques pour les droits des femmes n'auraient pu voir le jour.

J'ai envie de leur ordonner, à tous-tes celles et ceux qui savent mieux que les féministes ce qu'est le féminisme, de lire ce livre.
Et si vous êtes des feignasses qui vous contrefoutez du féminisme, alors ne lisez que le dernier chapitre. Et alors, vous comprendrez que nous sommes très loin du "néo-féminisme guerrier" fantasmé des détracteurs et détractrices d'aujourd'hui.
Nous en sommes à des kilomètres. Et pourtant, c'est bien un féminisme de combat que Gisèle Halimi appelle de ses vœux dans le dernier chapitre de cet incroyable récit.

Et si vous êtes une feignasse puissance 1000 au cube, mais que vous faites partie de celles et ceux qui chient dans les bottes des féministes d'aujourd'hui, lisez juste cet extrait.

Extrait (du dernier chapitre, donc): 

Qui pourrait affirmer que nos sociétés sont désormais égalitaires? Que la question est réglée, que les femmes jouissent d’un statut équivalent à celui des hommes, qu’elles ne sont pas sous-sujets, sous-citoyennes, sous-représentées dans les instances décisionnelles? Avez-vous vu les photos de la table des négociations sur les retraites à Matignon? Ou celle des discussions de paix sur la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan? Des hommes, des hommes, des hommes. En 2020. C’est consternant. Notre numéro de Sécurité Sociale commence par le chiffre 2. Celui des hommes par le chiffre 1. Ce n’est évidemment pas un hasard. Nous restons reléguées au second rang….

Inessentielles derrière les essentiels. 

Petite, je m’emportais en criant : "c’est pas juste!", indignée par les différences de statut et de privilèges entre garçons et filles, y compris au sein de ma famille. Eh bien, "c’est toujours pas juste", 80 ans plus tard.

Je parle d’expérience, et en tant qu’avocate des femmes depuis 70 ans. Sachez qu’à la première crise économique, c’est le travail des femmes qui est toujours remis en cause. Ce sont elles, les premières victimes du chômage. Elle, les plus mal payées et le plus gros contingent (deux tiers) des smicards. Elles, à qui l’on propose en priorité le temps partiel, abusivement appelé "temps choisi", alors qu’il n’est un choix que pour une infime minorité d’entre elles. Alors, ayez de l’ambition, développez de grands rêves mais ne perdez jamais de vue l’exigence primordiale de l’indépendance.

Rebellez-vous! Pensez enfin à vous. À ce qui vous plaît. À ce qui vous permettra de vous épanouir, d’être totalement vous-mêmes et d’exister pleinement. Envoyez balader les conventions, les traditions et le qu’en-dira-t-on. Fichez-vous des railleries et autres jalousies.

Vous êtes importantes. Devenez prioritaires. 

À cela, j’ajoute: refusez l’injonction millénaire de faire à tout prix des enfants. Elle est insupportable et réduit les femmes à un ventre. Dépossédées de tout pouvoir, elles n’ont longtemps eu droit qu’à ce destin: perpétuer l’humanité.

J’affirme que la maternité ne doit pas être l’unique horizon. Et que l’instinct maternel est un immense bobard à jeter aux poubelles de l’Histoire. Je n’y ai jamais cru. La vie n’a fait que confirmer mes intuitions. Alors j’insiste: soyez libres! La maternité n’est ni un devoir ni l’unique moyen d’accomplissement d’une femme.

Enfin, n'ayez pas peur de vous dire féministe. C’est un mot magnifique, vous savez. C’est un combat valeureux qui n’a jamais versé de sang. Une philosophie qui réinvente des rapports hommes femmes enfin fondés sur la liberté. Un idéal qui permet d’entrevoir un monde apaisé où le destin des individus ne serait pas assigné par leur genre; et où la libération des femmes signifierait aussi celle des hommes, désormais soulagés des diktats de la virilité. Quand on y songe, quel fardeau sur leurs épaules! 

Les féministes de ma génération se sont vaillamment battues. Nous avons arraché une à une des réformes qui profitent à toute la société française: loi sur la contraception, l’avortement, le divorce, reconnaissance du harcèlement sexuel comme un délit et du viol comme un crime, mesures en faveur de la parité politique et de l’égalité professionnelle…

Disons qu’on a bien déblayé le terrain. Mais il faut une relève à qui tendre le flambeau. Le combat est une dynamique.

Si on arrête, on dégringole. Si on arrête, on est foutues. 

Car les droits des femmes sont toujours en danger. Soyez donc sur le qui-vive, attentives, combatives; ne laissez pas passer un geste, un mot, une situation, qui attente à votre dignité. La vôtre et celle de toutes les femmes. Organisez-vous, mobilisez-vous, soyez solidaires. Pas seulement en écrivant "moi aussi" (#MeToo) sur les réseaux sociaux. C’est sympathique, mais ça ne change pas le monde. Or, c’est le défi que vous devez relever. Soyez dans la conquête. Gagnez de nouveaux droits sans attendre qu’on vous les "concède". Créez des réseaux d’entraide - les hommes en bénéficient depuis des lustres - et misez sur la sororité. Désunies, les femmes sont vulnérables. Ensemble, elles possèdent une force à soulever des montagnes et convertir les hommes à ce mouvement profond. Le plus fascinant de toute l’histoire de l’humanité.

Je ne crois pas en une "nature" féminine pas plus qu’en une "nature" masculine. En des "valeurs" et "qualités" typiquement féminines ou typiquement masculines. En "l’éternel féminin", cette aimable plaisanterie inventée par des machistes pour mieux nous circonscrire. Les théories essentialistes ne sont pas ma tasse de thé. 

 On ne naît pas féministe, on le devient.

Et bon week-end.

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2 commentaires

  1. Certaines féministes d'aujourd'hui ont pour seul combat de s'élever contre les hommes de façon outrancière. Acte d'une imbécilité propre aux gens excessifs. Les femmes comme Halimi ont œuvré pour arracher des droits aux hommes, sans jamais exclure quiconque du combat. Les féministes du genre de Coffin sont comme certains écologistes et la plupart des partis de gauche, vont nous faire désespérer de ces causes, plus grandes qu'eux...

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    1. Quand la misandrie devient un axe du combat féministe, c’est sans moi.
      En revanche, vraiment, Gisèle Halimi était bien plus radicale que celles et ceux qui sont aujourd’hui ainsi qualifié.es par les détracteurs et détractrices du féminisme actuel.
      Vraiment.

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