Tests salivaires dans les lycées : l'enfumage de Valérie Pécresse
- 15.1.16
- Par Elodie Jauneau
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Pendant la campagne des Régionales en Île-de-France, Valérie Pécresse avait sorti de son chapeau une brillante idée anticonstitutionnelle et parfaitement inapplicable : imposer aux lycéens et lycéennes un test salivaire afin de vérifier s'ils sont sous l'emprise du cannabis.
Bien que cette mesure soit totalement farfelue, démago, limite populiste et qu'elle révèle un amateurisme consternant, Valérie Pécresse persiste et signe depuis le début de la semaine en brandissant, tel un étendard, ce dispositif fantasmagorique.
Hasard du calendrier, j'écoutais ce matin une interview du pneumologue et tabacologue Bertrand Dautzenberg - pourtant pas né de la dernière pluie - qui plaide en faveur d'une dépénalisation encadrée du cannabis et qui conseille d'utiliser plutôt des plantes à fumer légales que du tabac, pour les mélanges. En gros, fumer de la ganja pure ajoutée à des herbes à fumer est à la fois moins nocif que la consommation de tabac ou de résine de cannabis. Mais c'est un autre débat. On y reviendra.
Dans un pays où 17,0 millions de personnes déclarent avoir déjà fumé du cannabis au
cours de leur vie. 4,6 millions au cours de l’année, 1,4 million au
moins 10 fois au cours du mois et 700 000 quotidiennement, les déclarations de Bertrand Dautzenberg ont du sens.
Contrairement à celles de Valérie Pécresse.
Voilà donc ce qu'elle a déclaré hier sur France Info :
« La création d’un référent drogues et addictions dans chaque lycée dès la rentrée. Ce référent aura plusieurs outils. […] Un premier outil peut être un test de dépistage qui permettrait de faire un état des lieux. C’est légal, c’est déjà possible – lisez SOS Drogues info services. Les proviseurs pourraient déjà le faire [elle est interrompue]. C’est à la demande des conseils d’administration des lycées, c’est un des outils que je mets en place. »« Le test, la façon… C’est un cadre légal qui est cadré par SOS Drogues info service. Ce test serait fait par des équipes médicales, dans le cadre du secret médical. Les résultats ne seraient donnés qu’à l’élève, s’il est mineur à ses parents, et s’il refuse de se soumettre à ces tests, comme ce sont des tests de dépistage qui sont à vocation épidémiologique, l’idée, c’est de savoir si, dans la classe, il y a des problèmes de drogue ou pas. Si l’élève refuse de se soumettre, il est considéré dans le test comme positif. »
C'est légal, c'est possible, c'est marqué dedans, c'est SOS Drogues info services qui le dit. Sauf que non. SOS Drogues info services est, comme son nom l'indique, un service d'écoute, d'aide, d'information et d'accompagnement, mais en aucun cas une brigade de dépistage mobile armée de tests salivaires.
De plus, ce n'est pas légal. Rien dans la loi ne permet de contraindre quiconque à faire un test salivaire de dépistage, sauf dans le cadre d'une procédure judiciaire. Et les seules personnes habilitées à procéder à ces tests sont les policiers.
Par conséquent, à moins d'interpeller tous les lycéens et lycéennes à l'entrée de l'établissement en les soupçonnant d'être des toxicos et de les embarquer au poste de police, ce grand dispositif pécressien n'est rien d'autre que de l'enfumage, sans mauvais jeu de mots.
Donc, de deux choses l'une : soit Valérie Pécresse est elle-même sous l'emprise de stupéfiants, soit elle a pris ses rêves pour des réalités.
Soit les deux.
Ou pas.
Je pose la question.






