20/10/2017

#BalanceTonPorc
D’aucuns pensent que depuis que les femmes ont libéré leurs corps en « brûlant leurs soutifs » dans les années 1960-1970, tout est réglé, ou presque.

Force est de constater que c’est loin d’être le cas.

En dénonçant les agressions en série de d’Harvey Weinstein, éminent producteur de cinéma hollywoodien, les victimes – stars et anonymes – ont libéré la parole de milliers d’autres, elles aussi victimes de sexisme, de harcèlement, de violence et de viol.

C’est dans ce contexte que le hashtag #Weinstein s’est peu à peu mué en #BalanceTonPorc, puis en #MoiAussi ou #MeeToo.

On pourra s’interroger sur ce #BalanceTonPorc quand il mène à une dénonciation ad hominem et à cette nouvelle façon de faire justice en mode 2.0. On pourra également lire ici ou là que ce hashtag n’est pas très heureux.

Certes… Mais ce hashtag est à la hauteur (à la bassesse plutôt) de ce que tous-tes celles et ceux dénoncent depuis plusieurs jours : des prédateurs qui se comportent davantage comme des porcs que comme des êtres civilisés : 

On ose dire. Avec #balancetonporc, la parole des femmes prend le chemin d’une libération. Réponse violente à la violence. Les femmes sont fustigées parce qu’elles dénoncent grossièrement. Mais il est clair que #dénoncesilteplaîtceluiquitaharcelée, ça n’aurait pas marché. L’appropriation du registre grossier, bien que légitime, dérange : « Bah oui, regarde, tu es un porc. »
Habituellement, ce sont les femmes que l’on traite de « cochonnes ». Réponse de la bergère au berger, miroir de l’acte : le harcèlement, c’est une violence dégueulasse, on te le renvoie, tout aussi dégueulasse. Mais on n’est pas habitué à ce que la parole des femmes soit aussi présente : les vagues féministes, si on ne voulait pas les voir, on ne les voyait pas. Comme pour l’affaire Weinstein, c’est cette explosion qui interroge. Certains n’avaient pas du tout envie de voir cette parole se libérer. (Laurence Rosier, Directrice de l’exposition « Salopes… Et autres noms d’oiselles »)
En tout, ce ne sont pas moins de 160 000 messages de 59 000 personnes sur Twitter qui ont dénoncé, relayé, témoigné, raconté, balancé « leur porc ».

Malgré ce déferlement de tweets et de témoignages accablants, tristes, choquants, violents, reflétant une réalité – celle du mutisme, du silence, de la honte, de la peur de parler encore aujourd’hui en 2017, au point de saisir l’occasion d’un hashtag pour se soulager d’un poids devenu trop lourd à porter – certain-e-s parlent désormais d’une « chasse aux sorcières » (doux euphémisme quand on sait qu’Eric Zemmour n’hésite pas à faire un parallèle plus que douteux entre « Balance ton porc » aujourd’hui et la dénonciation des Juifs pendant la 2nde Guerre mondiale)

Certain-e-s se sont ému-e-s : « Le problème dans #BalanceTonPorc, c’est « balance ». Alors que non, le vrai problème, ce sont les porcs.

D’autres encore y sont allé-e-s de leur petit conseil pratique : « Tu sais, quand on est victime de ce genre d’agression, le mieux c’est de porter plainte ». Tout en évacuant d’un revers de main que certaines des victimes ont vu leur plainte classée sans suite, sans parler de celles qui ont peur de se faire virer en cas de plainte pour harcèlement au travail. Et de celles qui ont peur, tout court.

On a aussi eu droit à « Est-ce que si les premières victimes de Weinstein avaient porté plainte immédiatement, il y en aurait eu autant ? » Un peu comme si c’était leur faute, à elles, les victimes, agressées, harcelées, violentées, violées. Mais oui ! Bon sang mais c’est bien sûr, espèces de lâches, vous rendez-vous compte la part de responsabilité que vous avez dans la prolifération des « porcs » ?
Sans parler du « Eh oh, ça va hein, c’est bon. Tous les hommes ne sont pas des porcs ». Bah non. C’est vrai. Tous les hommes ne sont pas des porcs. Bien au contraire. Mais doit-on pour autant se taire quand on en connaît ne serait-ce qu’un seul ou quand on en a été victime hier, l’année dernière ou il y a 15 ans?

Doit-on parler seulement à l’instant T ou se taire à jamais ? Est-ce qu’après l’heure, c’est plus l’heure ? Est-ce cela la seule alternative?

« L’affaire Weinstein », au-delà de son caractère sordide, aura au moins eu le mérite de démontrer que « non, ça n’arrive pas qu’aux autres ». Elle aura eu le mérite de porter cette question au niveau du débat national, d’obliger les un-e-s et les autres à ouvrir les yeux sur celles et ceux qui les entourent, qui souffrent en silence, qui harcèlent ou agressent en toute impunité.

Le hashtag #BalanceTonPorc ne doit évidemment pas remplacer la justice ou l’état de droit. Jamais. Mais il aura au moins eu le mérite de permettre à des milliers de victimes de libérer leur parole, de se soulager de ce poids devenu trop lourd, de se rendre compte qu’elles ne sont pas seules, de mettre des mots sur une détresse et un sentiment d’abandon et d’impuissance inquantifiables.

Oui, la honte doit changer de camp.

Non, le sexisme ne doit plus être banalisé.

Et oui c’est relou de ne parler que de ça depuis des jours. Désolée hein. Désolée de troubler votre tranquillité 2.0. Pardon pour le dérangement.

Mais plus de quarante ans après la « libération des corps » des femmes, l'heure est venue de libérer la parole. Et il est plus que temps de l’écouter et de lui répondre.

Lectures en plus

15/10/2017

On peut passer des heures, des mois, des années à faire le bilan, à revenir sur les échecs, à critiquer tel ou tel responsable de notre parti ou gouvernant du précédent quinquennat. On peut. On le fait. Sur les réseaux sociaux, autour d’une bière, dans nos sections, dans toutes nos instances fédérales ou nationales. On peut. On le fait. 

Mais une fois qu’on a dit ça, on n’a rien dit. 

Je suis socialiste. Oui oui, ça existe encore. Je l’assume et je n’en ai pas honte. 

Je n’ai pas honte d’avoir défendu les 60 000 embauches dans l’Education nationale, la loi sur l’égalité réelle entre hommes et femmes, la prise en charge intégrale de l’IVG et la lutte contre le délit d’entrave, le dispositif embauche PME, les emplois d’avenir, les contrats de génération, le rétablissement des effectifs de police sabrés sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, le mariage pour tous, la résorption du trou de la sécu, la COP 21... 

Mais être militant-e au Parti socialiste, c’est aussi assumer d’être en difficulté. Mais pas en voie d’extinction. Les militant-e-s comme moi sont certes moins nombreux-ses, moins audibles, mais ils sont là.

Être militant-e-s au Parti socialiste, c’est assumer de critiquer les échecs, les outrances et les égarements. C’est reconnaître que le CICE était un échec, que le 49.3 sur des enjeux sociaux et économiques majeurs, utilisé à deux reprises, était une faute politique, que le débat sur la déchéance de nationalité était une folie et que ne pas accorder le droit de vote aux étrangers pour les élections locales restera une faille béante.

Mais être militant-e-s au Parti socialiste, c’est aussi être là pour dire non à la baisse des APL, non à la suppression de l’ISF, oui à la PMA pour toutes les femmes, oui à la reconnaissance de tous les enfants nés de GPA et à leur adoption par leurs deux parents, oui à plus de justice sociale et fiscale, oui à un véritable accueil digne de ce nom des migrants et des réfugiés, oui à la défense et à la création de services publics, oui à l'accès aux soins pour tous, non à une augmentation des tarifs du Pass Navigo en Île-de-France, oui à une véritable sanction des villes qui ne respectent pas les quotas de logements sociaux, non à une loi anti-terroriste qui met dans le droit commun des lois d’exception et la surveillance de tous, oui à une Europe plus forte, politique et sociale, oui à une écologie offensive...

Parce que ce qui fait notre identité, ce n’est pas seulement de réduire l’injustice sociale et fiscale, mais c’est aussi (et surtout) lutter contre ce qui organise ces injustices.

Rester au Parti socialiste, c’est participer à la refondation, c’est assumer d’être dans un navire qui prend l’eau sans le regarder couler, tout en jetant par-dessus bord celles et ceux qui sont hésitants, perplexes ou déçus. C’est être acteur et actrice de sa refondation, de sa reconstruction, de sa ligne politique.


Ce n’est pas de la rénovation. La rénovation, c’est colmater des brèches, ajouter du vernis, polir, lustrer, redonner de l’éclat à un vieil objet rouillé.
Or, l’enjeu aujourd’hui, c’est de tout reconstruire en commençant par la salle des machines.

Et pour ça, on aura besoin de main d’œuvre, on aura besoin de tous-tes celles et ceux qui croient au Parti socialiste comme force de gauche, celle de la gauche de gouvernement. Et non pas celle des outrances et des coups d’éclat de la France Insoumise.

À nous, militant-e-s socialistes de réanchanter la gauche, de nous faire entendre, de nous (ré)emparer de notre parti, de nous retrousser les manches, d’ouvrir les portes et les fenêtres, de retourner sur le terrain au contact de tous-tes militant-e-s et de notre électorat déçu, perdu, parfois trahi, afin de proposer enfin un nouveau projet de société inclusif.

Du temps, on en a. Pas la peine de se presser. Nous ne pouvons pas nous permettre de bâcler cette refondation qui est la pierre angulaire de notre survie politique. Pas pour nous, mais parce que nos valeurs sont intactes, et que nous croyons qu’un autre monde doit se faire.


Voyons plus loin. Et faisons-le ensemble.
Tous-tes ensemble.

Billet coécrit avec Jérôme Brézillon,
Conseiller municipal et secrétaire de section à Corbeil-Essonnes

07/10/2017


Après moult débâcles électorales depuis 2012, après les trahisons, les dissidences, les campagnes foirées et foireuses, après la fronde au Parlement, après les califes qui se voyaient à la place du calife, le Parti socialiste a enfin trouvé sa ligne politique : la purge! 

Bravo « camarades », félicitations, vous êtes au max.

Donc, désormais, on va virer tous-tes celles et ceux qui ne répondent pas aux critères du "bon socialiste".
(Je lance d'ailleurs un appel à candidature pour le poste de distributeur de bons points, d'avertissements de conduite, de "peut mieux faire" ou d'encouragements à l'unanimité du jury)
On va virer tous-tes celles et ceux qui n’ont pas cru en Benoît Hamon.
On va virer tous-tes celles et ceux qui soutiennent "trop" Benoît Hamon.
On va virer tous-tes celles et ceux qui, de près ou de loin, gravitent autour de ceux qu’on appelle les "dissidents".
On va virer tous-tes celles et ceux qui sont presque En Marche, mais pas tout à fait, un pied dehors un pied dedans, plutôt que d'essayer de les faire (re)marcher vers nous. 

Les pousser dehors, c'est renoncer, c'est les encourager à quitter le Parti socialiste.

On va virer what 1000 personnes alors qu’on n’a viré (presque) personne pendant 5 ans.

Que n’a-t-on pas viré les frondeurs dès le début de la fronde, avant même la motion de censure?
Que n’a-t-on pas viré tous-tes les camarades qui ont fait campagne pour des « dissidents » aux élections municipales de 2014?
Que n’a-t-on pas viré tous-tes celles et ceux qui ont torpillé le quinquennat de François Hollande de l’intérieur, en sections, en fédés, dans les couloirs feutrés de l’Assemblée?
Rien. Que dalle.
On attend aujourd’hui, après l’ultime débâcle des sénatoriales, pour virer tout le monde.


Bravo « camarades », félicitations, vous êtes au max.

Si vous pensez qu’on va refonder le Parti à 12 péquins, vous êtes des génies.
Mais c’est statutaire! C’est les statuuuuuuts! Il faut respecter les statuts!
Bah voyons. Ils ont bon dos les statuts.
La première fois que j’ai mis les pieds dans ma Fédé il y a 3-4 ans, on m’a dit « les statuts, c’est fait pour s’asseoir dessus ».
Je te confirme camarade, les statuts, on s’est confortablement assis dessus. Tranquille Pépère (sans jeu de mot hollandais).
Les brandir maintenant au nom de la refondation du Parti socialiste m’afflige. Il est trop tard camarade. Il fallait les brandir avant.


La caravane est passée. Pas la peine d’aboyer une fois qu’elle est déjà loin.
La caravane est passée: Manuel Valls n'est plus au PS, François Hollande ne s'est pas représenté, Jean-Christophe Cambadélis est (enfin) parti, Benoît Hamon a claqué la porte du PS, fondé son propre mouvement, présenté des candidats contre des socialistes aux sénatoriales et quitte le groupe à la Région Île-de-France pour un autre groupe.
La caravane est déjà loin.


Zéro respect des statuts pendant des années, et maintenant qu’on est au fond du trou, on creuse encore un peu plus en les brandissant comme ultime argument. Un peu comme les derniers mots du condamné que nous sommes tous-tes. Collectivement.

Alors non, camarade, tu te goures.

Ressaisis-toi, ouvre les portes et les fenêtres de ce parti qui sent la naphtaline.
Discute, débats, vire les dissidents puisque c’est statutaire, mais tolère l’égarement, le doute, l’émulation collective.
Consulte vraiment les militant-e-s, autrement que par un QCM. Demande-leur ce qu’ils veulent vraiment pour « la refondation ».
Demande-leur si c’est la purge à tous les étages qu’ils veulent.
Pose-leur cette satanée question. Demande-leur pourquoi ils ont été voir ailleurs.
Écoute-les, les militant-e-s qui militent jour et nuit pour un Parti en lequel ils croient toujours.
Demande-leur pourquoi ils militent encore alors qu’ils sont déçus.
Demande-leur pourquoi ils adhèrent toujours au Parti socialiste alors qu’ils n’y croient plus.
De toi à moi, j’ai ma petite idée de leur réponse.
Si seulement tu pouvais, toi aussi, Parti socialiste, mon parti, avoir une idée de la réponse... crois-moi que la purge serait la dernière de tes préoccupations.
La dernière.

Car la purge, c'est l'entre-soi. 

L'entre-soi sur la base d'un label "bon socialiste" décerné de façon arbitraire par quelques survivant-e-s zombies.
La purge, c'est le renoncement. Le renoncement à la refondation d'un grand parti avec ses sensibilités, ses débats et son collectif.
La purge, c'est se perdre collectivement dans ce qui deviendrait un micro-parti tournant en vase clos.
La purge, ce n'est pas la solution aujourd'hui. Ce n'est ni l'urgence ni la priorité.
La purge, elle se fera naturellement à la lecture de la nouvelle ligne politique de notre parti refondé. Elle se fera lorsqu'il faudra adhérer à cette ligne politique. Et seulement à ce moment-là.

Alors non. Vraiment. La purge, c'est pas le moment. C'était avant. Ce sera demain.
Par contre, la refondation, c'est maintenant! (sans jeu de mot hollandais)

30/09/2017


Faut-il que la situation soit si grave pour que je reprenne le clavier? Grave, non. Pathétique et ubuesque, carrément. Sans doute aussi mon blog me manquait-il un peu.

Mais qu'importe. Je reprends le clavier pour essayer de te prouver que le Parti socialiste n'est pas (complètement) mort. Il est juste en mode zombie, façon walking dead. Il marche, mais n'importe comment. et depuis trop longtemps.

Avant-hier soir, dans toutes les provinces de France et de Navarre était organisé un grand raout dont seul le PS a le secret: un vote en sections pour dire comment on voit le PS demain, comment on veut qu'il tourne et par quels moyens.

Un joli QCM reçu il y a 15 jours avec sommation à tous-tes les secrétaires de section d'organiser la chose en bonne et due forme. 

Si on met de côté les quelques rares sections disposant d'un local bien à elles, autant te dire que pour toutes les autres, dont les 3/4 sont dans des villes de droite, décrocher une salle disponible auprès des services municipaux en 15 jours, c'était carrément mission impossible.
Voilà donc les quelques milliers de militants, à jour de cotisation, se diriger les uns chez les autres... Enfin, chez la bonne âme qui a bien voulu organiser le vote chez elle, avec un saladier en guise d'urne.

Outre le côté pittoresque de la chose, le meilleur reste à venir: le QUESTIONNAIRE. Ou plus joliment nommé "La Feuille de Route" accompagnée d'un "Bulletin de vote" en forme de questionnaire.