Qu'importe le hashtag, pourvu qu'il y ait les mots pour le dire #BalanceTonPorc #MeToo #MoiAussi


Hier, et pendant toute la semaine dernière, des centaines de femmes et d'hommes, partout en France, sont descendu-e-s (ça c'est spécialement pour toi, l'allergique à l'écriture inclusive. Dès la 2ème ligne, comme ça, c'est fait) dans la rue pour faire entendre de vive voix ce qui n'était alors qu'un hashtag:

#MeToo
#MoiAussi
#BalanceTonPorc

Des centaines de femmes et d'hommes, victimes, témoins, soutiens ou proches, ont rappelé au monde réel que #MeToo, c'était aussi dans la vraie vie. Que #MeToo, ce n'était pas uniquement un déferlement de témoignages en 140 caractères et que ce n'était pas seulement un hashtag.

Alors évidemment, après la critique du #BalanceTonPorc ("c'est moche", "c'est vulgaire", "c'est inapproprié"), on a eu droit au "Pourquoi #MeToo? Pourquoi en anglais et pas en français?"

La vie est question de priorités. Chacun-e ses préoccupations et ses fixettes. Moi, la question que je me pose depuis que l'affaire Weinstein a éclaté et n'en finit plus d'éclater, ce n'est pas "Pourquoi #BalanceTonPorc?" ou "Pourquoi #MeToo en anglais?" mais:
Pourquoi en est-on arrivé là? Comment, en 2017, autant de victimes ont peur, n'osent pas, ne peuvent pas porter plainte de peur de se faire virer, d'être intimidées ou contraintes au silence par une pression telle qu'elle choisissent subissent ce poids des années durant?
Et alors, on se rend compte de l'omerta qui règne dans les sphères de pouvoir, de l'inégalité des sexes qui persiste dans le monde du travail, de la connivence des uns au silence coupable des autres, de la méconnaissance de la loi, de l'incapacité à distinguer la blague dite potache, du harcèlement, quand ce n'est pas carrément une agression sexuelle.

Et tu assistes, médusé-e, au témoignage de ce médecin pour qui "mettre une main au cul, ça détend". Et tu te souviens de cette femme qui t'a raconté il y a quelques années, comment elle a subi des attouchements sexuels été agressée dans un bus sur la route du boulot. Mais que, tellement choquée, tellement oppressée, tellement sidérée par ce qui venait de lui arriver, elle avait pressé le pas pour arriver à l'heure au travail, en faisant "comme si de rien n'était".

Et tu te rappelles ces rumeurs que tu as entendues sur elle, sur lui, sur eux, il y a des mois, des années... Et tu te rends compte qu'en fait ce n'en sont pas, des rumeurs.

Et tu réalises cette capacité qu'ont les un-e-s et les autres - toi, moi, elle, lui, et eux là-bas - à faire semblant, à se taire, à oublier, à avancer sans se retourner, à faire comme si de rien n'était, à passer à autre chose.

Parce qu'il le faut. 
Parce que ça ne sert à rien. 
Parce qu'il y a prescription. 
Parce que tout le monde s'en fout. 
Parce que tu vas te faire virer. 
Parce que tu vas passer pour la pute de service.
Parce que tu l'avais bien cherché.
Parce que tu t'es laissé-e faire (et là, oui, j'emploie à dessein l'écriture inclusive).
Parce que tu as honte.
Parce que c'était ta meuf.
Parce qu'on ne prend pas les transports toute seule tard le soir. 
Parce qu'un homme, ça ne peut pas être harcelé ni violé, c'est la honte. Tu n'es qu'une merde.
Parce que t'as qu'à arrêter aussi de mettre des mini-jupes et des décolletés.
Parce qu'elle avait qu'à dire non.
Parce que t'avais trop bu.
Parce qu'il était bourré.
Parce que c'était un accident.
Parce que tu l'as allumé-e.
Parce que personne de te croira.
Parce que t'avais rien à faire dans la rue en pleine nuit.
Parce que tout le monde sait que tu en crevais d'envie.
Parce que c'était ton mec.
Parce que tu aurais dû porter plainte tout de suite.
Parce qu'une main au cul, ça détend.
Parce qu'il est trop tard.

Trop tard. C'est fini.
C'est fini, le silence. 

Maintenant, les victimes parlent. Aujourd'hui, en 2017, elles témoignent. Avec les moyens du bord.
Qu'importe le hashtag, pourvu qu'il y ait les mots pour le dire.

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16 commentaires

  1. Y'a pas une faute à "Parce que tu l'as allumée-e." ?

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    1. Y'en a au moins un qui suit, ça fait plaisir !

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  2. C'est une des mesures de votre écriture "inclusive" de faire que le verbe pronominal "se rappeler" passe de transitif qu'il était jusqu'à présent à intransitif ? On ne me dit jamais rien, à moi !

    Sinon, je trouve toujours fort savoureux que l'on parle d'une "omerta" à propos d'un sujet (ou d'un non sujet, d'ailleurs) dont on nous rebat les oreilles presque quotidiennement depuis trente ans au bas mot.

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    1. Merci pour le SAV orthographique, c'est corrigé.
      Concernant l'omerta, il ne vous aura pas échappé qu'"on" en parle mais que dans tel ou tel milieu, dans l'entre-soi, "on" n'en parle pas.
      Quant au non-sujet... no comment, vous vous en doutez bien.

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  3. Tiens ils viennent de lancer le hashtag #HerToo pour toutes celles qui n'ont pas la chance de pouvoir s'exprimer en personne. À relayer !

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    1. Donc, si je comprends bien le concept de ce "#hertoo", cela servira à faire passer de l'ombre à la lumière des femmes qui, pour une raison ou une autre, avaient choisi de ne pas divulguer au tout-venant ce qui leur était arrivé. C'est bien ça ?

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    2. Sans les nommer. Moi, par exemple, je pourrais très bien raconter ce qui est arrivé à unetelle ou unetelle sans la nommer tout en ajoutant le hahstag #HerToo

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    3. Ah, d'accord. Ce qui fait que l'on peut raconter absolument n'importe quoi, multiplier les histoires, en inventer, etc., uniquement pour le plaisir d'augmenter le nombre des "victimes" et de porter à incandescence sa saloperie congénitale des hommes. Pas con.

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    4. Diantre! Que vous êtes prévisible.

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    5. Soit, je suis prévisible. (Notez que c'est en général comme cela qu'on s'en tire quand on ne trouve pas trop quoi répondre…) Néanmoins, expliquez-moi par quel miracle de l'informatique les inventeurs de ce truc vont pouvoir démêler les vraies histoires des pures affabulations (ou fantasmes : c'est aussi une chose à prendre en compte), dans la mesure où ils n'auront même pas le plus petit nom de personne pour se livrer à un commencement de vérification.

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    6. Pour clarifier les choses il s'agit à l'origine d'une campagne de l'UNICEF pour dénoncer et lutter contre les violences sexuelles touchant les jeunes filles :

      https://www.unicefusa.org/donate/end-violence-against-girls/33472

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    7. Le but n'est pas tant de démêler le vrai du faux mais de partir du principe que la très grande majorité des témoignages sont vrais et de poursuivre la mise en lumière de ces "pratiques" finalement bien plus répandues que ce qu'on imagine. Et ce, dans le but de mieux accompagner les victimes et de sanctionner comme il se doit les coupables dans la vraie vie (et non pas forcément ceux liés aux témoignages 2.0)

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    8. – Se foutre du vrai et du faux, tout en partant du principe que c'est vrai.

      – Mettre en lumière des pratiques dont nul ne peut prouver qu'elles sont effectivement plus répandues "que ce qu'on imagine" (mais qu'imagine-t-on, au juste ? Et tout le monde imagine-t-il la même chose ?)

      – Naturellement, in fine, sanctionner.

      J'ai beau chercher, je ne vois pas en quoi raconter les histoires (forcément vraies, donc) de femmes anonymes permettra de faire avancer quoi que ce soit. Certes, il y aura au moins le plaisir défoulatoire d'avoir "balancé un porc" chez celles qui se seront livré à l'exercice derrière leur clavier.

      Le plus important, je l'ai bien noté, est de bien se souvenir que démêler le vrai du faux est sans importance, et que ce qui compte c'est le principe désormais sacré : une femme qui se plaint d'un homme a toujours raison.

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  4. Tiens ! Je vous conseille La Tribune de Nicolas Bedos sur le Huffingtonpost.

    (Google est votre ami : j'ai bistro).

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