Confinement. Épisode 5. S'accrocher, ça va aller.


Je savais bien que je ne garderais pas le rythme. 
On n'en est qu'au jour 6 et j'ai déjà sauté le jour 5.
À croire que ma crise d'angoisse au supermarché vendredi, a eu raison de moi pendant 24h.
Mais je suis débordée. Vous ne vous rendez pas compte.

On est débordés !

Déjà, pour commencer, j'ai de la vaisselle par-dessus la tête.
Étant donné qu'en temps normal, je ne cuisine pas et que je ne déjeune pas chez moi le midi, et qu'il n'est pas rare que je me nourrisse de M&M's le soir (Eh Oh, ça va hein. Chacun ses défauts), bah évidemment, là, c'est un peu Verdun dans la cuisine.
Parce que bon, forcément, si je ne veux pas me retrouver à faire du tir au pigeon dans les allées des supermarchés, il faut que je cuisine un minimum. Mais comme je ne cuisine jamais, quand ça m'arrive, j'en mets partout, j'utilise 22 casseroles, 34 fourchettes et 12 saladiers.
Premier débordement.

Deuxième débordement

Impossible de faire des grasses mat'. 

À croire que le concept même de grasses matinées a disparu de la dimension confinée. Je dors peu, je dors mal, donc je suis K.O. La dernière fois que j'ai été au taquet à 7h30 un samedi ou un dimanche matin, c'est quand j'y étais contrainte et forcée par le boulot ou par une obligation familiale, quoi.
Cela dit, maintenant que j'y pense, c'est peut-être parce que j'ai repris la clope que je dors mal... Possible.
En plus, si t'as un peu suivi ma vie de confinée depuis lundi (ou mardi, je ne sais plus. Les injonctions qu'on reçoit de nos dirigeants sont tellement contradictoires que je ne sais déjà plus quand a commencé le confinement), tu sais que mercredi, j'ai fait du sport. 30 minutes dans mon salon comme une forcenée, telle Jennifer Beals sur Maniac dans Flashdance.
Résultat, ça fait 3 jours que je me traîne à cause des courbatures. Je sais, c'est n'importe quoi. Ma démarche ressemble à celle de Forest Gump enfant. 
Mais que voulez-vous... Tout le monde n'est pas Leila Slimani ou Marie Darrieussecq.
Cela dit, on s'en fout un peu étant donné que mes déplacements se limitent à canapé (= salle de jeux), table de la cuisine (= bureau), jardin (bar pratiquant les happy hours en continu).

Troisième débordement

L'organisation des apéros

À deux ou trois, ça gère. N'importe quelle appli fait l'affaire. 
Mais hier soir, gros challenge : un apéro virtuel à 8.
On a fait ça sur Hangout. On n'était pas hyper convaincues du résultat. Ça laguait de ouf et ça n'affiche pas les 8 trombines en même temps. Cet aprèm (ouais, l'heure de l'apéro avance chaque jour un peu plus, c'est le concept dans la vie des confinés), on va tester Zoom, une autre appli.
Alors, tout ça, vous vous dites que je me noie dans un verre d'eau et que c'est pas ça être débordée. Ah mais si, je te promets. Télécharger l'appli, installer l'appli, tester l'appli. Eh ouais. Ça prend du temps. 

Pendant que je rédige ce billet, il y a Hervé Boissin, membre de l'Ordre des Médecins, qui parle sur LCI. Il dit qu'on va toutes et tous souffrir d'un syndrome post-traumatique au sortir de l'Ère du Confinement. 

Quatrième débordement

La gestion du stress

Quand on fait de la politique, qu'on est mordue d'info et qu'en plus, on est hyper connectée et qu'on fait un job hyper connectée, c'est pas simple.
D'aucuns répondront :
Bah si hein. Quand on veut déconnecter, on peut. Suffit de tout couper, c'est pas compliqué.

Mouais. rabat-joie, quoi. Parce que la vérité quand on est hyperconnectée (et qu'on n'a pas attendu la crise sanitaire pour l'être), on reçoit de tout : des messages dans des boucles.
Moi j'ai la boucle WhatsApp de la famille, celle des copines, celle des Punks Socialos (je te promets qu'elle s'appelle vraiment comme ça), celle des copines féministes.
J'ai aussi la boucle privée Riposte Macron sur Twitter, Netscouade Antifa, celle qui porte sur les problématiques de genre / Féminisme / Droits LGBT et à nouveau, les Punks Socialos.
Et puis, les SMS, des uns, des autres, des collègues bienveillants... etc.
Il faut répondre à celles et ceux qui angoissent, s'interrogent ou paniquent. Il le faut. On le doit.
Il faut penser aux copains et copines qui sont 4 dans un 2 pièces sans balcon ni terrasse.
Il faut penser à celles et ceux qui sont seuls, célibataires et sans enfants qui sont physiquement, humainement, moralement, seuls.
Il faut penser aux copains et aux copines, malheureux dans leur couple, et qui ont dû se retrouver enfermés avec celui ou celle qu'ils/elles avaient prévu de quitter il y a quelques semaines. Avec tous les risques psychologiques et moraux que ça peut engendrer.
La charge mentale, elle aussi, elle est confinée. Elle est là, elle ne te quitte pas.

Et puis, ce sentiment quotidien de la maladie qui se rapproche.
Pas une journée sans lire les messages sur les réseaux sociaux d'untel ou unetelle qui te dit que, ça y est, il est malade. Que son père est mort ou que la tante du meilleur ami de son fils est malade, avec son mari et ses deux enfants, malades eux aussi.
Les cercles se restreignent. D'abord, des connaissances lointaines, puis des gens que tu connais vraiment. Et ensuite, la peur que ta meilleure amie ou ton plan cul avec qui tu étais il y a 10 jours, soit à son tour malade.

Et les fakes news. Les conneries qui circulent sur le web.
L'invention du virus par l'Institut Pasteur, les chaussures qu'il faut javelliser parce que le virus reste accroché à l'asphalte. Le complot politique en mode on nous cache tout, on nous dit rien. Les symptômes, nouveaux chaque jour. La contagion par les rapports sexuels. L'annonce d'un million de morts. L'annonce d'un couvre-feu national à 18h partout. Tout et n'importe quoi. Les gens...

Et les annonces contradictoires du Gouvernement. Est-ce que  vous vous rendez compte que le 1er tour des municipales, c'était il y  tout juste une semaine? J'ai l'impression que c'était il y a 6 mois. 
Il y a 15 jours, Emmanuel Macron allait au théâtre parce que tu comprends, il n'était alors pas question d'arrêter de vivre et qu'il fallait inciter les Français sortir malgré le virus.
Il y a 10 jours, on nous incitait à, aller voter parce que tu comprends, il n'était pas question d'annuler les élections municipales.

  • La semaine dernière, près de 45% des électeurs et électrices allaient voter. Des futurs malades, des porteurs sains. Plusieurs millions de Français ont transhumé vers les urnes.
  • Lundi soir, Emmanuel Macron annonce la guerre mais ne prononce pas une seule fois le mot "confinement".
  • Mardi, finalement, on va peut-être reporter le 2nd tour des municipales, qu'en dites-vous?
  • Mardi midi, confinement, attestation de sortie. Arrêtez tout, ne sortez plus.
  • Mercredi, sortez quand même un peu pour faire du jogging et faire vos courses.
  • Jeudi et vendredi, guerre nucléaire entre le secteur du BTP et Muriel Pénicaud qui exhorte les ouvriers à continuer de bosser et accuse les entreprises de BTP de faire preuve de cynisme.
  • Vendredi, les employés d'Amazon pètent des câbles. Ils continuent de bosser à une cadence effrénée sans masque ni gants.
  • Vendredi-samedi, les libraires sont nos amis, il faut les aimer aussi. Et si on autorisait les librairies à rester ouvertes ?
  • Samedi matin, Sibeth N'Diaye nous explique que nous, pauvres demeurés, on ne saura jamais utiliser un masque ni le porter intelligemment et Olivier Véran nous explique que les tests plus fréquents et plus nombreux ne serviront à rien.
  • Samedi après-midi, les mêmes nous disent que, finalement, on va peut-être y venir à la généralisation des masques et des tests.
  • Depuis vendredi, on nous annonce que le Code du Travail va être broyé par l'état d'urgence sanitaire. 
*  Calendrier approximatif avec une marge d'erreur de 24h hein. Soyez indulgents, ça va trop vite.

Pendant toute la semaine, quelques heures seulement après les prises de parole quotidiennes de Sibeth N'Diaye, porte-parole du Gouvernement (c'est pas rien quand même), elle était systématiquement contredite par les faits, par les mesures gouvernementales, par les annonces du Conseil scientifique.

Pendant toute la semaine, on a assisté à un débat sur les découvertes scientifiques du Professeur Raoult sur les effets positif de la chloroquine. On est passé de "c'est génial, ça marche" à, "attention, ça marche seulement sur certains cas", puis "Raoult est un guignol", et enfin "ça marche, il a trouvé". Alors... Laissons le bosser. Arrêtons de lui coller la pressions. Mais souvenons-nous, pour le jour d'après, que la Recherche est maltraitée en France depuis des années et qu'il serait peut-être temps de réviser nos priorités budgétaires.

Et je vous épargnerai ce débat minable sur "Mais où sont les masques, bordel?". Parce que c'est à l'image de toute la gestion de cette crise : désolant.

Tenter la diversion et la vidange de cerveau

Hier, j'ai regardé Spiderman, far from home. J'ai lancé le film à 14h. Je l'ai fini à 18h. Alors qu'il dure 2 heures et 9 minutes. Entrecoupé de micro-siestes, de sms, de clopes et de café. Les 2/3 du film sont bof mais la fin est top. Comme tout les Spiderman. Et la bande originale est impeccable.

Hier soir, j'ai regardé Les Crevettes Pailletées. J'ai mis un peu moins de temps pour arriver au bout. C'est un film remarquable qui aurait mérité bien des Cesar. Et la musique, c'est du bonheur en barre dans tes oreilles : REM, Bonie Tyler, Sabrina. C'est optimiste et ça fait du bien.

Je dois vous laisser, ma sœur passe sur France Info dans quelques minutes. Elle est Directrice d'une école maternelle à Montreuil, volontaire cette semaine écoulée pour accueillir les enfants de soignants. Sans masque. Ni gel. Ni gants. Et elle a bien du mérite.

Et vous, ça va comment ?

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23 commentaires

  1. les Punks Socialos WAS IST DAS ? sinon Sibeth a raison le masque n'empeche la contagion s'il est mal employé (et ne protège pas les yeux) cf ce que j'ai expliqué sur facebook: c'est un filtre avec une face chargée en virus faut pas la toucher du tout.

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    1. Personne n’est débile au point de ne pas apprendre à utiliser un masque.
      On apprend aux gosses à faire leurs lacets. On peut apprendre aux gens à porter un masque.
      Même si seulement la moitié le fait correctement, c’est déjà ça.

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    2. « Personne n’est débile au point de ne pas apprendre à utiliser un masque. »

      D'un autre côté, la dame s'appelle Sibeth : ça doit finir par marquer…

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    3. bah j'ai vu des vidées de mecs qui lui répondait en commentant EUX MEMES des erreurs. Si tu te trompes avec un lacet tu tombes, un masque anti-viral dans une épidémie c'est pas une chute. Et si 50% fait n'importe comment et se croit protégé et en fait non : quelle conséquence ? ça fait une grosse loterie là, qui se rajoutera à celles des <30 ans qui se sont crus protégés.

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  2. Tu te trompes dans les jours. L’angoisse, ç était vendredi.

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    1. Ah ben voilà. Ça commence.
      Merci je corrige 😂

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    2. À moins que, sous l'action pernicieuse du petit Chinois, vendredi ait brusquement muté en samedi ?

      Ça s'peut n'empêche : j'l'ai lu sur internet, même que.

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    3. Didier Goux j'ai des des voisins chinois (en apparence ils sont français): ils sont surpris que des gens leur disent encore bonjour. C'est assez choquant de découvrir ça.

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    4. Choquant, c'est possible… mais très prévisible, non ? Il faut s'ôter de l'esprit l'idée fausse (et faussement rassurante) que l'être humain agit selon la raison. La plupart du temps, nous nous comportons selon l'habitude, la routine, etc. Survienne un événement un peu exceptionnel, ou dont on croyait le retour impossible, et immédiatement ce sont les pulsions primitives qui prennent le contrôle. Il y a la pulsion du stockage de denrées, la "pulsion d'exode" et d'autre. Il y a même ce qu'on pourrait appeler la "pulsion festive", celle qui, lors des grandes épidémies passées poussaient certaines gens à se plonger dans des orgies monstres, c'est-à-dire à jeter leurs dernières forces vitales dans un grand embrasement des sens, ce qui est une manière, un peu désespérée certes, de dire "merde à la mort".

      Bref, nous vivons un moment bien intéressant, je trouve.

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    5. merdum Elodie je suis d'accord avec Didier Goux sur ton blog : nous vivons une période folle, un choc planétaire qui nous secoue: va falloir s'accrocher.

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    6. En cas d'accord avec Didier Goux, il n'existe qu'une seule solution pour espérer s'en tirer : les séances répétées d'électrochocs.

      Désolé.

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    7. Dagrouîk et Goux d’accord. Depuis 12 ans, j’attendais...

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    8. Ah ! je n'avais pas réalisé que Topol était Dagrouik ! Dans ce cas, j'ai peur que même les électrochocs ne soient pas suffisants. Ou alors, assortis d'une cellule de soutien psychologique vach'ment velue.

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    9. "Bref, nous vivons un moment bien intéressant, je trouve."

      Merde, je suis d’accord avec Didier Goux.

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    10. @D.Goux : les electrochocs j'en ai eu - façon de parler - et j'ai le cuir solide.

      @Elodie : t'as vu ? remarque j'ai expliqué à un pote où chercher s'il pouvait aller prier à l'église, moi l'athée. Le moment secoue, on doit donc aider les gens qu'on connait.

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    11. Hier, dans mes histoires de pulsions primitives, j'en ai oublié une, essentielle. Nous l'appellerons : la pulsion délatrice, si vous le voulez bien. Catherine, qui lit la presse québécoise, me disait ce matin que, là-bas, chez nos "cousins", les gens avaient commencé à appeler la police quand ils voyaient des groupes se balader dans leur rue. Ou encore lorsqu'ils percevaient des éclats de voix et des rires chez leur voisin de palier, en principe célibataire.

      Je ne sais ce qu'il en est ici, de ce point de vue, mais je serais très surpris qu'on échappe à la pulsion délatrice. Si quelqu'un a des relations chez les policiers ou les gendarmes, ce serait intéressant de savoir…

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  3. Moi ce que je dis (et répète à l'envi - sans e, hein) c'est chouette que les blogs reprennent vie. Idem, je me lève tôt alors que rien ne m'y oblige (chômage partiel), 6h ou 7h !!! l'hallu, et plus sommeil. Je suis pourtant une marmotte. À propos d'apéro, il faudrait organiser une Kremlin des blogs (mais il y aurait peut-être trop de monde et ce serait la cacophonie), qu'en pense Nicolas ? Des bises du dimanche.

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    1. On va attendre d’être deconfits.

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    2. Moi j’avoue que je trouverai ça chouette un VisioCallConfKdb

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  4. Belle analyse de la situation ! Ça va tellement vite que l'on a pas le temps de se reposer l'esprit, même en plein confinement...
    Bravo à votre sœur et toutes les personnes travaillant en contact avec du public !
    Estelle
    P.S.: ZOOM c'est super mais la version gratuite ne permet que des conférences de 40 mn max.

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