Confinement. Episode 20. La gauche confinée

Je rentre à l'instant d'une mission à la pharmacie. Trois kilomètres à pieds aller-retour. Je n'ai plus d'anti-histaminiques depuis deux jours et, allez savoir pourquoi, tous les pollens de l'Essonne se sont donné rendez-vous chez moi.
Me voilà donc partie, attestation dérogatoire numérique en poche, La Félix dans les oreilles, Doc Martens aux pieds, direction l'officine. J'ai croisé du monde. Mais genre vraiment. Enfin... "vraiment"... Tout est relatif, mais dans le contexte actuel, oui, j'ai croisé du monde. Ce rituel de la marche était donc bien moins bucolique que les autres jours puisqu'il s'est fait en ville. J'ai donc croisé un kéké sans casque sur une bécane débridée qui faisait un bruit de sourd sans avancer d'un poil, des gens, plein de gens, par trois, par quatre, des voitures en veux-tu en voilà (j'ai dû patienter au passage piétons, t'as qu'à voir... Quel scandale), j'ai vu des masques et des gants qui jonchaient le sol, mais je suis repartie, telle une winneuse avec mon traitement contre les allergies en poche.
Sur le chemin du retour, je pensais à ce billet et à ce que j'allais bien pouvoir te raconter, toi fidèle lecteur, toi l'amie qui passe par ici, toi le troll qui ne manques aucun rendez-vous... Je pensais aussi à ma mère qui m'a grondée par SMS hier matin:
Confinement. Episode 18. Alors, déjà que tu dis des gros mots, mais c'est tendance... Il y a plusieurs fautes d'orthographe. Alors là, je dis non. Olivier est devenu Oivier.
Me voici donc sur le point d'écrire un billet sans gros mots et sans fautes d'orthographe.
(Je ne sais pas si je t'avais dit que ma mère a relu ma thèse dans son intégralité, par chapitre, par sous-chapitre, dans un sens, puis dans l'autre, une bonne vingtaine de fois. Elle a d'ailleurs été félicitée par mon jury de thèse. Mais je m'égare.)

Gros défi pour la charretière que je suis.


Donc (je crois que j'ai un nouveau tic de langage avec cette conjonction de coordination).
Ainsi, sur le chemin du retour, je pensais au contenu de ce billet. J'hésitais entre les injonctions contradictoires du Gouvernement (genre Sibeth Ndiaye qui déclare que les cérémonies du 8 mai pourront être maintenues pour être contredite dans la foulée par le Gouvernement qui dit qu'elles seront toutes annulées), mais c'est un sujet tellement banal, ça en devient lassant. Dans tous les sens du terme.

Je pensais aussi au dernier article de Rachid Laïreche dans Libé, sur la gauche, cette gauche condamnée à rester divisée. Et en même temps, tout le monde s'en fout en vrai. Sauf les socialos et leurs camarades de toutes les gauches.
L’après-crise, un boulevard pour la gauche… si elle le veut bien
Ouais parce que la gauche, elle est plurielle tu vois. Pas plurielle à la sauce jospiniste où tout le monde est capable de vivre dans la même maison sans (trop) se taper dessus. Elle est tellement plurielle qu'elle est auto-cloisonnée. Genre avec un gros cordon sanitaire entre chacune de ses tendances, chacun de ses partis, groupes, mouvements et groupuscules (déjà là, en termes de contenants, on a un problème).
Rachid Laïrèche n'a clairement pas inventé le fil à couper le beurre dans cet article. Mais son constat est implacable.
Alors même que la gauche a un boulevard pour ce fameux "monde d'après" qu'on nous sert à toutes les sauces, entrée, plat, dessert, elle trouve le moyen de s'auto-balancer des scuds. Des génies. Une forme d'auto-mutilation quoi.
Alors même qu'on a des propositions à faire, elles arrivent de tous les coins (même les plus inattendus en mode "Coucou, c'est moi, je suis lààààà, je vais vous parler démondialisation et revenu universel") et elles partent dans toutes les directions, pour finir dans un mur. Ou en orbite.
Et puis finalement (c'est redondant, ça, nan?), mon constat implacable, à moi, ce n'est pas que la gauche a un problème (épargne-moi ton sempiternel "les socialopes ne sont pas de gauche", j'en ai soupé, merci) ni que les gauches ont des problèmes entre elles. Parce qu'en vrai, on va pas se mentir, les gauches sont quasiment d'accord sur les 3/4 de leurs idées. Leurs problèmes, aux gauches, ce sont les chefs et cheffes à plumes.
Les chefs et cheffes à plumes, ce sont celles et ceux qui tiennent les partis, qui les construisent, les déconstruisent, produisent la ligne, la colonne vertébrale, jouent au billard du matin au soir et du soir au matin avec des coups à 42 bandes dont eux seuls savent quelle sera la 42ème bande et à quoi elle aboutira. Ce sont celles et ceux qui sont dans la lumière mais aussi (et si j'osais, je dirais "surtout"), celles et ceux qui sont dans l'ombre. Dans l'ombre depuis 5 ans. Depuis 10 ans, voire, pour les champions toutes catégories, depuis 40 ans. Ce sont celles et ceux qui négocient des sièges, des places, des listes, des accords et qui, quand tu leur demandes des explications, te répondent "C'est compliqué".
Le problème de tous-tes ces chefs et cheffes à plumes, c'est qu'ils ont politiquement grandi ensemble. Ils ont grossi ensemble aussi. Ce sont devenus des monstres, des éléphants, des mammouths, trop serrés dans la boîte à sardines. Tellement serrés qu'ils / elles ne peuvent plus exister ensemble et dont les ego finissent par sortir de la boîte. Et finissent par créer une autre boîte. Ils et elles sont tellement nombreux-ses que leurs haines recuites finissent par paralyser toute union. L'union, c'est maintenant. Mais pas comme ça. Pas avec elle. Oui mais sans lui. Par contre, elle faut qu'on la prenne "parce que tu comprends, on n'a pas le choix, c'est compliqué". Lui en revanche, "on le prend et après on le débranche".
Cet article de Rachid Laïrèche est donc une parfaite synthèse des maux de la gauche que sont les chefs et cheffes à plumes.
Je viens d'écrire 40 lignes sur les maux de la gauche. Un sujet dont tout le monde se fout. Je m'épate moi-même.

Un truc sans fin

Hier, j'étais en congés. Un week-end de trois jours. Ça n'a pas de prix. Ça n'a pas vraiment de sens non plus puisque plus personne ne sait quel jour on est. J'ai l'impression de n'avoir rien fichu de la journée et je ne l'ai pas vue passer. Je crois que je tape des phases durant lesquelles je ne fais rien mais avec le cerveau en ébullition
Quand est-ce qu'on sort ?
Dans quelles conditions ?
On aura le droit de faire quoi ?
Quand est-ce que je reverrai mes ami-e-s en vrai ?
Et ma mère ? Je la revois quand ?
Et toi ? Je te revois quand ?
Et quand est-ce qu'on pourra s'aimer à nouveau ?
Et où ça ?
Chaque jour qui passe, j'ai l'impression que le bout du tunnel s'approche et, en même temps, j'ai le sentiment d'y aller sur un escalator qui descend et que je monte à contresens. Chaque question en amène une nouvelle. C'est un peu comme l'escalier de Penrose paraît-il. Un truc sans fin.

S'inventer une nouvelle vie

Alors, je fais des plans sur la comète (pas celle où on boit des coups avec les copains et les copines de blogs hein. La vraie, celle qui est loin).
Des plans pour défier l'horizon des événements.
Je repense à cette semaine de congés qui m'attend début mai et pendant laquelle j'aurais dû aller dans le Beaujolais faire la tournée des Grands Ducs avec mon pote Alain.
Je pense aux barbecues avec les copains et copines.
Je pense aux vacances qui se passeront en France, sans doute pas très loin, dans des conditions sanitaires autorisées, régulées, validées, bordées, sous contrôle.
Je pense aux prochains apéros à Paris, à la Comète, aux afterworks avec les ami-e-s.
Je pense aux trucs que je ne ferai plus dans le monde d'après, aux trucs, au contraire, qui me sont chers et que je reproduirai à l'envi.
Je pense aux engagements auxquels j'ai toujours renoncés par paresse intellectuelle et flemmingite aiguë.
Je pense à toi.

Tournée vers les autres

Hier, j'ai appelé mon pote Gérard. Il est chef d'équipe à la Croix Rouge et il fait des maraudes sociales le soir. Ça fait des années que je veux faire ça. Avoir le sentiment d'être utile (encore plus maintenant que je ne suis plus élue nulle part et que mon engagement politique ne sert à personne sinon à moi-même... et encore). Ça fait des mois que je le harcèle. Cette fois-ci, c'est sûr, à la fin du confinement, ou à la fin du déconfinement, ou au début du retour à la normale - bref, on sait pas trop quand - j'espère bien être à ses côtés dans cette nouvelle aventure.

Et toi ? Tu feras quoi après ?

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12 commentaires

  1. Il n’y a qu’une seule vraie Comète, boréal ! Pardon. Que diable !

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    1. BORDEL !
      Nan mais là tu es trop rapide pour moi ! Je viens à, peine de cliquer sur "partager" !!!

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    2. Comment crois tu que j’ai eu le premier blog politique en France pendant trois ans ? En confinement, le métier revient...

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  2. Des masques ici aussi par terre, je ne comprends pas. Tu crois qu'il y a noté dessus "SVP jetez-moi sur la voie publique!!!" ?

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  3. Nos chefs ont perdu leurs plumes mais les autres en ont trop plein..
    Excellent les Goguettes

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  4. J'ai sauté tout ce qui concerne les bobos de la gauche parce que je m'en fous (presque autant que des bobos de la droite), mais j'ai bien tout lu le reste.

    En me demandant si je devais me sentir viser par l'allusion au troll omniprésent… j'ai finalement décidé que non.

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    1. Soyez rassuré M. Goux : le troll (quel mot débile) c'est moi...

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    2. Eh ! oh ! doucement : à l'ancienneté, vous me devez le respect !

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    3. De si peu l'ancienneté ! 4, 5 ans ? Disons 6 ?
      Ça ne compte pas !

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  5. Laissons la patronne nous départager (si elle n'a rien de mieux à fiche, ce qui serait bien triste).

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  6. Sinon, se livrer à la "maraude sociale", ça consiste à voler des clochards sans se faire repérer, c'est ça ?

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  7. Chère Élodie, d'un naturel spectateur dans l'action, je me retrouve dans vos analyses et constats.
    Combien de temps faudra - t il pour qu'enfin chacun dépose ses plumes et ecoute la base ?
    Les Français sont paumés dans tout ça. Il va falloir donner un coup de pied dans la fourmilière. Un front de Gauche uni et un ou une cheffe capable d'emmener d'une seule voix. Merde ! Moi aussi je peux jurer.

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