C'était vachement intéressant.
Tu connais ma passion pour les chiffres et l'économie hein. Donc autant te dire que, si moi j'ai compris tout ce qu'il racontait, tout le monde a compris aussi.
Bref.
Il avait apporté avec lui le dernier numéro d'Alternatives Economiques, dont la Une m'a tout à fait interpellée. Une fois n'est pas coutume, je me suis plongée dans la lecture de chiffres, graphiques et autres données statistiques.
Comme quoi... Quand on veut, on peut.
La grande question soulevée par Alternative Eco était la suivante:
Qui sont les vrais fraudeurs?
Je te vois venir ami réac et je sais que tu as la réponse à cette question:
- Les fraudeurs sont les chômeurs qui profitent du système et qui pioncent confortablement sur le matelas de leurs allocs si élevées qu'ils n'ont aucun intérêt à cherche du taf.
- Les fraudeurs sont les immigrés qui font des gosses à tour de bras pour profiter des allocs.
- Les fraudeurs sont ces feignasses de fonctionnaires qui glandent rien et passent leur temps à se coller en arrêt maladie.
Et bien non! Perdu. Tous ces gens-là sont des petits joueurs à côté des vrais fraudeurs: ceux qui en ont fait leur fond de commerce, leur raison de vivre; ceux pour qui frauder est devenu un mode de vie.
Et là, figure-toi que ce connard d'assisté que tu conchies au Café du Commerce le dimanche matin n'y est pour rien.
Car comme le rappelle Alternatives Eco, ce sont les entreprises qui sont les vraies championnes de la fraude sociale. L'arnaque en bande organisée aux cotisations sociales pèse 6 fois plus lourd que celle aux prestations sociales. T'as vu?
Le dernier rapport de la Cour des Comptes, qui n'est pas réputée pour être une affreuse organisation socialo-compatible, estime le manque à gagner pour la Sécu à 21 milliards d'euros pour 2012, et jusqu'à 25 milliards si on l'étend à l'assurance chômage et aux prestations complémentaires.
Contrairement à ce qu'on pourrait croire, le fraudeur professionnel ne pousse pas sous le sabot d'un cheval à tous les coins de rue. Il n'est pas non plus dans un processus de prolifération incontrôlée. Il n'y a pas plus de fraudeurs qu'avant. Simplement, le système de détection de la fraude est plus efficace que jadis: en 2013, les 2/3 des entreprises contrôlées ont fait l'objet d'une régularisation à hauteur de 1,36 milliards d'euros. T'as vu?
Concernant les cancéreux de l'assistanat comme les décrivait il n'y a pas si longtemps notre cher Laurent Wauquiez, ils sont bien moins nombreux que les gus qui mettent en place des systèmes bien huilés de fraude fiscale ou aux cotisation sociales. Et plus hallucinant encore, le non-recours aux droits sociaux est supérieure à la fraude. C'est fou hein?
En 2011, le taux de non-recours au RSA avoisinait 68% et en 2010, cela représentait un manque à distribuer de 5,2 milliards d'euros. Idem pour la CMU ou l'ACS qui suit la même tendance.
Alors je te vois venir ami réac. Tu vas te dire que si les pauvres sont pas foutus de faire en sorte de bénéficier des aides auxquelles ils ont droit, c'est tant pis pour eux et c'est tout bénéf pour les finances publiques. Et bien c'est faux! Encore perdu!
Car en réalité, ce non-recours pèse très lourd à long terme sur les dépenses de l'Etat car la dépense n'est en fait que reportée et elle s'en trouve accrue:
"Lorsqu'une personne arrive aux urgences sans s'être fait soigner pendant des années, elle coûte beaucoup plus cher à la Sécurité Sociale. Le Secrétariat Général pour la Modernisation de l'Action Publique (SGMAP) avait ainsi calculé, dans une étude sur le gisement d'économies "moins de maladies", que le recours à la CMU-C permettait de générer pour l'Etat une économie de 1000 € par foyer concerné, et 300 € par foyer pour l'ACS."
C'est fou hein?
Et le champion de France toute catégorie de la fraude aux cotisations sociales est l'employeur qui se livre au travail dissimulé. A lui seul, il représente entre 18,5 et 22,9 milliards de manque à gagner par an.
Enfin, et là on aborde la catégorie des super poids-lourds: la fraude au fisc, une affaire de puissants, comme le souligne Alternatives Eco qui rappelle que la fraude et l'évasion fiscale représentent 20 % des recettes budgétaires. Et 2/3 des responsables de cette fraude massive sont les entreprises, loin de devant les riches particuliers.
Mais les préjugés ont le cuir solide. Et il est bien plus facile d'aller taper sur son voisin de palier que sur son boss ou sur le PDG de sa boîte, c'est sûr.
C'est plus facile de s'attaquer à celui qui est au fond du trou qu'à celui qui a creusé le trou.
C'est plus facile d'aller faire chier la quasi-totalité des chômeurs qui passent 200% de leur temps à chercher du boulot, sous prétexte qu'une infime minorité d'entre eux seraient d'affreux fraudeurs. Car comme le résume très bien Alternatives Eco:
"La fraude des pauvres et une pauvre fraude".
Mais comme les chiffres, ça va bien 5 minutes, rien de tel que de jolis graphiques pour enfoncer le clou.
François H., Manuel V., Emmanuel M., Michel S. et Pierre M., si vous me lisez: au boulot bordel!