Je suis Charlie, Paris, Bataclan... and so on...

Et toi? T'étais où le 13 novembre au soir?

J'étais à Paris, j'étais au Stade, j'étais au resto, j'étais à un concert, j'étais en terrasse, j'étais au chaud chez moi, j'étais chez des potes, je buvais des coups...

J'étais libre.

A chaque évocation du 13 novembre 2015, chacun-e se souvient où il était, ce qu'il faisait, avec qui il était, et chacun-e se sent presque obligé-e de raconter "son" 13 novembre. Comme pour ne jamais oublier, comme pour réaliser qu'on est toujours en vie, comme pour mesurer cette chance, qui ne devrait pas en être une, d'être libre. Libre d'être à Paris, libre d'aller au resto, libre d'aller à un concert, d'être en terrasse, au chaud chez soi, avec des potes ou boire des coups.

Comme si boire des coups ou pogoter sur du heavy metal était devenu un acte de résistance, une revendication, un bras d'honneur aux terroristes, aux obscurantistes, aux fous de Dieu, aux extrémistes.

Deux ans après, les radios, TV et réseaux sociaux sont en boucle, monothématiques, exclusifs. Une seule voix pour ne jamais oublier.

Et pourtant... depuis deux ans, à la radio, à la TV, dans les réseaux sociaux, la parano est présente, la menace aussi, l'angoisse est perceptible, la peur du lendemain. Le moindre incident est terroriste, le moindre boum, bruit, pétard, feu d'artifice, est un attentat. La moindre embardée sur la route devient elle aussi un attentat. Pendant quelques secondes, pendant quelques minutes, parfois même pendant plusieurs heures, "on" parle d'attentat... jusqu'au moment où "la piste terroriste est écartée" ou "la piste terroriste est confirmée".

Et dans le même temps, ce sentiment d'évidence, de lassitude, d'habitude. A chaque attentat, nous étions Charlie, Paris, Bamako, Orlando, Bruxelles, Londres, Bagdad... Et maintenant, nous "ne sommes plus", tellement les attentats sont fréquents, nombreux, quasi quotidiens, partout dans le monde. On n'a plus le temps d'être Charlie, Paris, Bamako, Orlando, Bruxelles, Londres, Bagdad...

A chaque attentat, on surveille la Tour Eiffel pour vérifier qu'elle va se parer, ou pas, aux couleurs du pays frappé par le terrorisme. A chaque attentat, on guette, on surveille les réactions des un-e-s et des autres. "Je suis" telle ville, tel pays, telle victime... Ou pas. 

A chaque attentat, la récupération politicienne est de plus en plus rapide. 24h pour Charlie, quelques heures pour le Bataclan, quasi immédiate aujourd'hui.

Plus de pudeur, plus de retenue, on est au taquet de la réaction et on lance le compte à rebours des déclarations, des prises de position, des dérapages, des maladresses ou des oublis.

Je suis tout et rien à la fois.
Mais je suis.

Et demain, on passera à autre chose. Jusqu'au 7 janvier prochain... où on sera à nouveau Charlie...
...Mais pour combien de temps?

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9 commentaires

  1. Qu'est-ce que ça peut être lourdingue l'écriture inclusive...
    Pourtant votre prose est légère et juste dans l'ensemble. Pourquoi sacrifier à cette mode absurde ?
    Sinon ça fait bien longtemps que nous ne sommes plus grand-chose, si vous voulez mon avis.

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    1. Bah... S'il n'y a que ça qui vous dérange alors que ce blog existe depuis plus de 5 ans et que j'ai toujours écrit ainsi, c'est pas si grave.

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    2. Fredi : ne vous tracassez pas pour ce truc. Personne ou presque ne marche là-dedans et ça va disparaître aussi vite que c'est venu.

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  2. La nouvelle devise des modernœuds, des “lou ravi” du monde tel qu'il va : JE SUIS PARTOUT.

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    1. JE SUIS PARTOUT.

      Hi hi hi... !

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    2. "Je suis partout"... j'en n'attendais pas moins de vous.

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    3. Mais c'est vous qui êtes partout, pas moi ! Moi, je ne suis ni Paris, ni Barcelone, ni Charlie, ni Bataclan, ni rien du tout.

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    4. Vous êtes un peu Didier Goux quand même.

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