Les leçons de vie d'Emmanuel Macron: Tu cherches un job? Traverse la rue!



Monsieur le Président de la République,

Vous avez répondu hier à jeune diplômé en horticulture mais sans emploi (pendant sa venue au Palais de l'Elysée lors des Journées du Patrimoine), que s'il traversait la rue, il trouverait pléthore d'offres d'emploi dans le commerce, dans la restauration, dans le bâtiment.

Vous n'avez pas tort dans l'absolu. Des offres en CDD, en horaires décalés, mal payés, en intermittence, en bas de chez lui, à 30, 40 ou 100 km de chez lui, il y en a.

Mais est-ce une réponse satisfaisante de la part d'un Président de la République?
Non. C'est en dessous de tout.

C'est revenir à lui dire que s'il n'a pas de boulot, c'est de sa faute. C'est qu'il ne cherche pas. Pas assez. Pas comme il faut. Pas où il faut.

Mais il est horticulteur. Il n'est ni serveur ni cuisinier. Sinon il aurait fait une école d'hôtellerie-restauration. Il n'est pas maçon non plus. Sinon il aurait suivi une formation dans le BTP.

Est-ce à dire qu'il faut supprimer les écoles d'horticulture parce que, bien sûr, chacun sait, et vous le premier semble-t-il, que cela ne débouche sur rien?
Doit-on choisir ses études selon les débouchés?
Si oui, dans ce cas, supprimez tout de suite les doctorats de Sciences Humaines. Pardonnez-moi cet exemple ultra ciblé mais, contrairement à vous sur ce sujet, je parle de ce que je connais.

Accuser les chômeurs et les chômeuses de se complaire, consciemment ou inconsciemment, dans leur statut de demandeurs d'emploi est d'un mépris sans nom.

Devrait-on, dès lors qu'on est jeune diplômé, parfois après de nombreuses années, renoncer immédiatement au diplôme fraîchement obtenu pour se tourner dans la seconde vers des filières qui recrutent?
Pensez-vous que tout le monde a les compétences et les qualifications pour travailler dans le bâtiment, la restauration ou le commerce de proximité?

Est-ce cela votre plan pour résorber le chômage?

Et l'humain dans tout ça, vous en faites quoi?

La sensation de culpabilité et d'inutilité sociale, la mise à l'écart, la stigmatisation quotidienne par les politiques (de tous bords pour le coup, puisque Jean-Marie Le Guen s'est brillamment illustré il y a deux ans également), cette honte de se dire qu'on profite du système (qu'on a nous-mêmes contribué à financer puisqu'on a cotisé des années pour avoir "le droit" au chômage), qu'on n'est rien que des feignasses avec un poil dans la main. 

Le doute même: celui qui nous fait penser qu'on n'aurait jamais dû faire de telles études puisqu'elles ne servent à rien, qu'elles ne débouchent sur rien, sinon un satisfecit personnel d'avoir étudié pendant plusieurs années un domaine, une passion, parfois au prix de sacrifices personnels et / ou matériels.

Oui, le chômage est un sujet qui me tient à cœur. Parce que j'ai été au chômage 19 mois indemnisé à 860€ par mois (et réjouissez-vous Monsieur le Président de la République, je ne compte pas les 2 mois pendant lesquels je n'ai rien touché. Pas un euro. RIEN). Mais je l'ai bien cherché. Je n'avais qu'à pas faire des études longues dont tout le monde se fout. Je n'avais qu'à me reconvertir sitôt mon diplôme en poche.

Et pourtant, j'ai essayé, Monsieur le Président de la République.

Des rues, j’en ai traversé pendant 19 mois entre 2011 et 2013.
Des candidatures spontanées, j’en ai envoyé: plus de 450.
Des offres, j’en ai reçu. Environ 200. Et j’ai répondu. J’ai postulé. J’ai décroché 30 entretiens en tout. Plus de 150 sont restées sans réponse.
Trop qualifiée (bac + 8). Pas assez expérimentée (6 ans d’enseignement dans le supérieur).
Des rendez-vous chez Pôle Emploi, j’en ai eu. 4 en 19 mois.

Par contre, j’avoue, mea culpa, je n’ai pas postulé aux offres d’hôtesse de charme sur le web, ni assistante sociale dans l’armée de l’air avec 6 mois de classes à Salon de Provence, ni chargée de sciences sociales en études hébraïques, ni testeuse de jeux vidéos rémunérée "au test", ni conductrice de bus. 

J’avoue. Je n’ai pas postulé parce que j’ai eu le sentiment que Pôle Emploi se foutait de ma gueule. 
Et j’avais beau être une chômeuse, et donc une feignasse par définition, j’avais encore un peu d’estime pour le doctorat que je venais d’obtenir.

Alors, vos leçons de vie, Monsieur le Président de la République - d'une vie dont vous ne mesurez pas une seule seconde ni les enjeux, ni les difficultés -, merci bien. J’en ai soupé.

Et votre mépris n'a d'égal que celui de Laurent Wauquiez qui déclarait il n'y a pas si longtemps que l'assistanat était un cancer de la société.

Et bien, moi, Monsieur le Président de la République, ancienne chômeuse, ancienne feignasse, ancienne inutile de la société, moi qui ne fut "rien" pour reprendre vos mots, je vous emm...

Je ne finis pas ma phrase, parce que je suis une lâche. Mais je n'en pense pas moins.

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30 commentaires

  1. Merci, merci, merci ! Vous avez dit ce qu'on ne peut pas dire dans le Huff étant donné qu'il n'y a plus de possibilté de post pour les non-Twitter et les non-Facebook !

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    1. Bravo, bravo et mille fois bravo pour votre réponse !!!

      Mais nos élites supérieures vont elles un jour s'abaisser à tenter de connaître la vie "d'en bas" ?? Je ne crois pas une seconde que cela les intéresse.

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    2. Merci Élodie de dire tout haut ce que pensent les millions de victimes du chômage de masse.. Vous êtes ma nouvelle héroïne des temps modernes 😉

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  2. Tout à fait de votre avis très bon blog on voit que monsieur macron n à jamais eu à chercher du travail pour dire ce qu'il a pérore à ce jeune homme j ai par deux fois cherché du travail et jeune à l époque mais étant expérimentée et cadre et femme galère aussi nous avons crée notre société où pour débuter on s est payé petit mais pendant 35 ans on s est fait plaisir notre seul employeur était nos clients maintenant à la retraite celle ci n'est pas énorme on privilège ait notre personnel car c était la richesse de l entreprise

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    1. Si vous avez rédigé vos demandes d'emploi dans le même sabir immonde et à la limite de l'intelligible que celui dont vous vous êtes servie pour ce commentaire, je comprends que personne n'y ait donné suite.

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  3. « supprimez tout de suite les doctorats de Sciences Humaines. »

    Enfin une idée constructive de votre part ! et immédiatement réalisable, qui plus est : bravo !

    Sinon, j'ai bien ri, grâce à votre "diplômé en horticulture". Dans la France d'avant (qui est celle d'hier matin), on appelait ça un jardinier. Et son diplôme, ce doit être l'équivalent d'un CAP de tailleur de haies. Du coup, on ne voit pas trop en quoi ce serait pour lui une déchéance que de devenir – temporairement – garçon de café ou promeneur de chiens.

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  4. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  5. Gege
    Bravo pour ce texte, Elodie Jauneau. Excellent sur le fond en réponse à notre Méprisant de la République, bouffi de morgue et de suffisance.
    Dans la mesure où il va être certainement repris sur divers réseaux sociaux, je vous suggère de corriger l’accord du participe passé employé avec l’auxiliaire avoir, invariable lorsque le COD est « en ».
    Quant à Didier Goux, il est capable de faire aussi bien que son maître en affichant du mépris pour une personne dont il ignore tout.

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    1. Comme c'est curieux ! Je vois le mépris exactement à l'inverse de vous. Ainsi, je trouve méprisant pour les femmes de ménages de les rebaptiser soudain "techniciennes de surface" : c'est les prendre pour des connes ou je ne m'y connais pas. De même pour ces malheureuses caissières qui, tout aussi soudainement, sont devenues des "hôtesses de caisse" (ce qui a un petit côté "bar à putes" tout à fait réjouissant, quand on a l'esprit aussi mal placé que je l'ai). Sans même parler des anciennes filles de salle devenues des "aides soignantes"… et qui continuent évidemment à faire le travail des filles de salle, pour un salaire que j'imagine toujours aussi bas.

      Pour finir, figurez-vous que je trouve le mot "jardinier" infiniment plus beau et noble (on pense à Le Nôtre) que votre grotesque et prétentieux "horticulteur".

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    2. Ce n’est pas le mot employé pour désigner la fonction, Didier Goux, qui est méprisant, c’est le ton de votre message. Que vous l’appeliez horticulteur ou jardinier, qu’est-ce qui vous donne le droit - sans le connaître - d’affirmer que la formation de ce jeune se réduirait à un « CAP de tailleur de haie » ? N’est-ce pas du mépris de prétendre que des fonctions dans l’horticulture ou l'hôtellerie-restauration seraient interchangeables, ne demandant pas plus de formation que celle de promeneur de chiens ? Les termes choisis ne sont pas innocents.

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    3. Là, c'est vous qui devenez méprisant envers les promeneurs de chiens, à qui vous n'accordez aucun besoin d'une formation particulière ! Personnellement, d'ailleurs, si je devais me réincarner en jardinier ou en promeneur de chiens, je crois que je choisirais la seconde option.

      Pour le reste, je sais assez bien (pour en voir travailler un certain nombre autour de chez moi) que l'essentiel du travail de vos "horticulteurs", ce qui prend la majorité de leur temps et de leur énergie, ce qui leur apporte l'essentiel de leurs revenus, c'est bel et bien de tailler les haies et d'entretenir les pelouses. Je ne vois pas bien où serait le mépris dans le fait de tenir compte de cette réalité.

      Quant au fait de dire que certaines fonctions sont, en effet, assez facilement "interchangeables", ce me semble être du simple bon sens. Et si on voit mal un avocat devenir boucher du jour au lendemain, ou un électricien ouvrir un cabinet de dentiste, je me demande ce qui pourrait bien empêcher un garçon de café de tailler proprement une haie (ce qu'il fait peut-être déjà chez lui, à ses moments de loisir) ou, à l'inverse, un jardinier de servir cafés et demis.

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    4. Participes passés corrigés, merci.
      Je vous laisse avec Didier Goux, j'ai renoncé depuis longtemps à faire le SAV de mes billets avec lui.

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    5. Pourtant, un SAV est toujours préférable à un AVC (même si l'un n'exclut pas formellement l'autre)…

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    6. « j'ai renoncé depuis longtemps à faire le SAV de mes billets avec lui. »

      Faites gaffe : M. Guidini risque fort de vous taxer de silence méprisant !

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  6. J’ai traversé la frontière, et j’ai trouvé l’enfer

    Aller donc travailler en Suisse....pour une gosse de riches

    http://adsv.fr/?p=3926

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  7. J’ai traversé la frontière, et j’ai trouvé l’enfer

    Allez donc travailler en Suisse....pour une gosse de riches

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  8. bonjour
    aussi bien concernant les demandeurs d'emploi, les vieux, les malades, etc..., je pense que le rève secret de macron et ses congénères, c'est le film "soleil vert"
    à méditer

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  9. Juste merci. Je me retrouve dans vos propos lorsque moi aussi, au début des années 2000, je n'étais rien.

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  10. Bonjour Madame,

    Sans remettre en cause votre colère légitime (la remarque de M. Macron était très maladroite dans la forme et partiellement erronée sur le fond), je m'étonne de voir autant de gens brillants suivre des formations sans débouchés. Ne faudrait-il pas limiter l'accès à ces formations plutôt que de laisser les gens s'orienter vers des années de galère ? Face à ce dilemme (passion / raison) j'ai choisi une voie avec débouchés et il s'agit de la meilleure décision que j'ai prise.

    Bien à vous,

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    1. Bonjour,
      D’où ma remarque "supprimons les doctorats!"
      À titre personnel, j’ai fait le choix assumé de faire une thèse en Histoire, par passion, mais aussi parce que je voulais poursuivre en tant qu’enseignante chercheuse.
      Mais je savais très bien que les chances étaient minces. Pas de surprise pour moi de ce côté-ci.
      D’ailleurs, ce billet n’a pas vocation à faire pleurer dans les chaumières mais à remettre en place la réalité du quotidien des chômeurs. Enfin du moins, tel que fut mon quotidien à moi.
      Bien à vous également.

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  11. Sans rentrer dans le débat "bien/pas bien", j'ai aussi été au chômage entre 1996 et 1999 à plusieurs reprises. A une époque où mon âge (moins de 25 ans), ne me permettait pas de prétendre à l'époque au RMI et non plus aux indemnités du chômage (n'ayant pas travaillé). Une époque aussi où la population comptait 12,5% de chômeurs. Pas de diplôme particulier, juste un Bac A2(littéraire). J'ai donc connu des périodes de chômage mais jamais longtemps. J'ai bougé, je me suis bougé et j'ai tour à tour été "commercial" (porte à porte, pas super fun), "correspondant de presse" pour un journal local (payé à la pige, pas très rentable), "vendeur sur les marchés" le samedi matin (ça mettait du beurre dans les épinards), "ouvrier à la chaîne" (à Citroën, pendant 3 mois en intérim), "animateur sociaux-culturel" (remplacement), et j'ai même travaillé dans le social pendant un an dans le 93 (je suis Rennais). Au même moment des tas de copains ne faisaient rien. Ils n'avaient pas moins de capacités que moi. Même ils se moquaient de moi, du genre "Alors, tu fais quoi maintenant ?". Aujourd'hui, je suis indépendant, j'ai fini par monter mon entreprise et cette période où j'ai dû improviser, me bouger, a été probablement la plus profitable de ma vie. Et vous savez quoi ? Je ne vous ai pas tout dit car un jour, c'est vrai, j'ai fini à la plonge dans un restaurant. Pas longtemps, mais je l'ai fait. Et si aujourd'hui je devais tout recommencer, je ne sais pas si je retrouverais du boulot en traversant la rue. Mais je la traverserais quand même pour aller voir. Je comprends ce jeune horticulteur car c'est forcément très frustrant de ne pas voir son projet aboutir. Mais parfois, il faut prendre des chemins de traverse.

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    1. Et oui... et comme je l’ai dit dans ce billet, des rues, moi aussi j’en ai traversé pendant 2 ans...

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  12. le probleme avec macron c'est qu'il a une complice qui le ferat elire a tous les coups

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  13. Magnifique pamphlet Elodie ! Ce petit monsieur nous a bien bernés, on avait pu être "subjugués" par sa mélodie de campagne, mais on n'avait pas "lu" son texte...On a aussi voté par défaut, après qu'il ait réussi à éliminer tous ses opposants crédibles. Et, maintenant, on se fait insulter,plumer,piétiner, racketter...Alors, oui, je raisonne à l'unisson avec vous...et je finis votre phrase : "Petit monsieur, roi des coquins, je vous emmerde, vous et vos méthodes indignes"

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  14. On a la chance en France de pouvoir étudier tout ce que l'on veut cela ne veut pas dire pour autant que l'état garanti un emploi dans la branche (que dire d'un emploi tout cours) !
    il n'y a pas si longtemps nos aînés prenaient le travail disponible aujourd'hui il y en a qui font la fine bouche...et qui s'insurgent.
    Heureusement qu'il y a encore des gens courageux qui n'ont pas l'arrogance de cracher sur ces boulots. Pour les autres apparemment c'est de l'arrogance que de leur rappeler...

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