Confinement. Episode 9. La routine


Dernière journée de télétravail de la semaine. Me voilà en week-end. Mais comme plus personne ne sait quel jour on est, on s'en fout un peu. Paraît qu'on change d'heure ce week-end. C'est bien la première fois que les médias ne sont pas en boucle sur cette satanée heure d'été.
Parmi les dommages collatéraux de mon confinement (dont la liste est longue si tu suis un peu mes pérégrinations confinées), il y a aussi l'absence totale d'envie, de motivation, pour la lecture. Je n'ai pas ouvert un bouquin depuis... (depuis quand déjà?). Cela dit, le dernier livre que j'ai ouvert, c'est le Livre 2 de Bug, d'Enki Bilal (absolument génial). Une sombre histoire de fin du monde numérique ultraconnecté causé par un bug global. Pas sûre d'avoir envie de m'y remettre tout de suite.
Mais surtout, depuis le début du confinement, je n'ai pas réussi à écouter de musique. Mais genre, mettre du son et écouter. Ecouter volontairement hein. Pas entendre par hasard une chanson à la télé ou à la radio. Mais vraiment prendre le temps d'écouter, de choisir, de laisser défiler le son.
Incapable. Total. Pas l'envie, pas le mood.
Et puis soudain, je me suis dit que j'allais laisser défiler mon iPhone en mode aléatoire pendant ma nouvelle lubie quotidienne (enfin "quotidienne"... Tout est relatif: quotidienne depuis hier quoi): l'échappée dérogatoire.


Balance le son !

Me voilà donc partie, après une journée de boulot bien remplie.
Doc Martens aux pieds, bien couverte, parce que bon, on est en mars et il caille encore pas mal, écouteurs vissés sur les oreilles, gel hydroalcoolique dans une main, attestation de sortie dans l'autre, direction le Moulin de Jarcy comme hier. 600 mètres en gros. 1,2 km aller-retour.
J'ai donc laissé tourner le son, et j'en ai fait une playlist d'aération, celle qui a tourné toute seule pendant que j'allais jusqu'au Moulin... et au-delà, emportée par la musique, j'ai fait quelques mètres de plus, et là j'ai trouvé un chemin qui traversait le centre équestre. J'étais seule au monde au milieu de nulle part avec des chevaux par ci par là. Il y avait un vent à décorner les bœufs. Et le soleil commençait à se tirer.
Alors, comme je n'ai plus de filtre et que je vous raconte ma vie depuis maintenant... (depuis quand déjà?), voilà la playlist aléatoire du jour.
Une chanson honteuse s'est glissée dedans (principe de la playlist qui tourne toute seule)... Mais c'eût pu être pire. On aurait pu se retrouver avec du Jean-Luc Lahaye ou du Michel Sardou, surgi de nulle part, comme ça sans prévenir (je viens de relire cette phrase. Elle est carrément flippante).
Comme on n'arrête pas le progrès, cette modeste aération de l'esprit a duré une bonne quarantaine de minutes, toujours au pas de course, sur 2 kilomètres et demi (ce qui me fait donc réaliser que j'ai commis un délit puisque je n'aurais pas dû aller au-delà d'un kilomètre de chez moi et comme j'ai fait un retour sur moi-même au bout du chemin... Bref, t'as compris, je suis allée 250 mètres trop loin).
De retour en nage, essoufflée, débraillée et décoiffée, je me suis sentie requinquée.
Mais vraiment. Genre la meuf, elle a le power en elle, quoi.

Sans transition, des nouvelles du front

On est en guerre. Emmanuel Macron passe son temps à nous le rabâcher. Tel Clemenceau dans les tranchées pleines de soldats sans armes ni uniformes, dépouillés, désœuvrés et sous-équipés.
Désormais, les personnels soignants qui décèdent du Covid-19 sont "morts au front".
J'en peux plus de cette métaphore filée depuis... (depuis quand déjà?).
On a appris aujourd'hui - tu parles d'un scoop - que le confinement était prolongé jusqu'au 15 avril. Alors que tout le monde sait que la libération des confinés sera pour début mai, Eddy nous la fait en mode "étape par étape". Faudrait qu'il change de stratégie hein. Parce que le pas-à-pas, on voit où ça mène... à l'à peu près.
Et l'à-peu-près me rend ouf. 
Alors, j'ai décidé d'apporter ma modeste contribution à l'association Française des Victimes, Malades et Impactés du Coronavirus Covid-19 (Corona Victimes) qui vient de se créer, et dont je t'ai parlé hier Sur leur site, on peut "témoigner ou expliquer pourquoi et comment on souhaite prendre part à ce combat".
Et comme l'envie de râler et d'écrire me démangeais, j'y suis allée :
Depuis l'annonce des premiers cas en Chine, le Gouvernement français n'a eu de cesse de
1) minimiser le risque d'épidémie puis de pandémie,
2) reculer chaque jour un peu plus les mesures nécessaires au ralentissement de la propagation de l'épidémie en France.
Quand, enfin des mesures ont été prises, celles-ci arrivaient non seulement bien trop tard mais elles étaient encore une fois insuffisantes et bien en-deçà de toutes les recommandations médicales et scientifiques.
Le Gouvernement est donc coupable car il n'a pas su anticiper. Gouverner, c'est prévoir. Ce n'est pas réagir.
Pire ! Le 1er tour des élections municipales a été maintenu, exposant ainsi des millions d'électeurs et électrices, des dizaines de milliers de présidents de bureaux de vote et d'assesseurs, au risque de contagion.
Depuis plusieurs jours, des cas de présidents de bureaux de vote et d'assesseurs, mais aussi de candidats et de colistiers, testés positifs au COVID-19, sont connus.
Le Gouvernement est donc coupable de négligence.
Le lendemain, du 1er tour était décrété le confinement tout en laissant 24h aux gens pour s'organiser et choisir leur lieu de confinement. Des millions de citadins ont envahi les gares pour partir à la campagne.
En permettant un tel afflux de gens potentiellement malades ou asymptomatiques dans les gares puis les campagnes, le Gouvernement s'est rendu coupable de la propagation du virus.
Depuis des semaines, les mesures annoncées ne sont pas à la hauteur de la gravité et de l'urgence de la situation. Elles sont contradictoires et continuellement démenties par les faits, par la réalité, par les scientifiques, par nos propres ministres.
En laissant pourrir la situation depuis plus de 3 mois, le Gouvernement s'est rendu coupable de non assistance à personnes en danger pour les malades d'une part, mais également pour les Français dans leur ensemble, les personnels soignants, l'hôpital public dans son ensemble, les personnels de l'Education nationale et tous-tes les salarié-e-s et employé-e-s des entreprises qu'il a lui-même appelés à reprendre le travail.
En confinant les Français chez eux, de la façon la plus anarchique possible, il nous a toutes et tous exposé-e-s à des sentiments de panique, de peur, d'abandon, d'angoisse, d'incompréhension, dont les conséquences morales, psychiques et psychologiques sont immenses pour nombre d'entre nous.
En ce sens, le préjudice moral est immense.
Pour toutes ces raisons, je souhaite m'associer pleinement aux actions de l'association, donner un coup de main, aider... Bref être utile, être à vos côtés, aux côtés des plaignants et m'associer aux plaintes qui iront dans leur sens.

La routine, quoi. 

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9 commentaires

  1. Ouais, malgré le confinement je n'ai pas plus de temps libre, mais bon je suis prof principal aussi.

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  2. Merci pour le lien de CoronaVictimes, je suis effaré moi aussi par la gestion de crise par nos gouvernants.

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    1. De rien. Oui, c’est délirant. Leur site et leurs comptes sociaux sont très instructifs.

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  3. Si on me donnait le choix entre devoir écouter votre "playlist" et choper le petit Chinois, devinez ce que je prendrais ?

    (Comme je suis très prévisible, je suis sûr que vous allez trouver…)

    Sinon, je ne vois pas d'où vous tirez cette certitude que le Grand Claquemurage cessera début mai, alors que rien ne permet de le dire au stade où nous en sommes.

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    1. Je me suis mal exprimée. Mais dès lors que les écoles sont fermées jusqu’au 4 mai, ça tombe sous le sens qu’on ne sera pas libérés avant.
      Pour le reste... oui, vous êtes prévisible !

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    2. « Pour le reste... oui, vous êtes prévisible ! »

      Ouf !

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    3. lynyrd skynyrd et Guns n'roses ça passe, le reste moins.

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    4. Notez que j'ai dit ça uniquement pour me conformer à ma légende : en réalité, je n'ai rigoureusement aucune idée de qui sont ces gens de votre "playlist", et encore moins du genre de bruits qu'ils sont susceptibles de produire.

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