S'il vous plaît, votez

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Ce matin, comme tous les matins, le nez dans mes flocons d'avoine et mes fruits, la tête dans le sac, les yeux encore tous collés, les cheveux en bataille, j'écoutais France Inter. Comme tous les matins.
7h20, c'est l'heure de la chronique "En toute subjectivité". Je sais plus trop qui l'anime quand, mais en gros, chaque matin, quelqu'un prend la parole pendant 2 minutes pour parler du sujet de son choix. 

Cécile Duflot

En vrac et dans le désordre : Natacha Polony, Anne-Cécile Mailfert, Alexandre Devecchio, Etienne Gernelle et Cécile Duflot.
Ce matin, comme tous les mardis, c'était donc Cécile Duflot
Je suis quasiment toujours d'accord avec elle même si je dois bien avouer que le ton de sa chronique, un peu trop "lue", n'est pas idéale pour me sortir de ma torpeur (je ne suis pas du matin...).
Ce matin donc (passion répétition), elle avait décidé, comme d'autres avant elle, de revenir sur ce premier tour des législatives qui a enregistré une abstention record. C'est un record à chaque élection mais plus encore aux législatives dont le taux de participation baisse continuellement depuis 1967.

De l'abstention des jeunes

Mais bien plus encore que l'abstention en général, c'est celle des jeunes qui désolait Cécile Duflot ce matin.

[Mode réac ON]
Il faut dire que les jeunes, ça gueule, c'est vénère, ça insulte les profs, ça manifeste, ça bavarde en cours, ça fume des joints, ça rigole bruyamment dans la rue...
Mais ça vote pas des masses.
[Mode réac OFF]

Ainsi, un récent sondage nous a donc appris que 69% des jeunes de 18-24 ans et 71% des 25-34 ans n'ont pas voté dimanche dernier. Tandis que nos parents et nos grands-parents, eux, se déplacent plus que la moyenne puisqu'ils sont "seulement" 35% à avoir poney le jour du scrutin.
Donc, pour résumer, celles et ceux qui sont les plus concernés par l'état du monde qu'on est en train de déglinguer et qu'on on leur laisse, préfèrent faire des colliers avec leurs crottes de nez que d'aller voter. En gros.
[Message pour la team 1er degré : bois un coup, respire, et reviens].

Moi, j'ai toujours voté

C'est bizarre... Moi j'ai toujours voté. Dès que j'ai pu.
Enfin sauf aux régionales de 2010 parce que j'étais bloquée dans un embouteillage entre Fontenay et l'A86 à quelques minutes de la fermeture du bureau de vote.
J'ai eu 18 ans fin 1996.
Donc j'ai voté pour la première fois aux législatives de 1997. Joli baptême. Duel Dupont-Aignan / Michel Berson. Mon premier vote de gauche. Mon premier vote contre Dupont. Le premier d'une longue série. Raté. Élu maire de Yerres 2 ans avant, le gus "anti-système" est candidat à tout, tout le temps, et élu non-stop depuis 27 ans. Pépouze. On peut donc être antis-système et cumuler les mandats dans le temps pendant 3 décennies.
Et depuis cette date, je n'ai jamais dévié. Je n'ai jamais manqué un vote. Je pense, d'ailleurs, que ma mère ne l'aurait pas permis. 
Chez nous, le vote a toujours été secret. Pas question de dévoiler qui votait quoi, même si, par déduction et avec du recul, tout le monde sait qui a voté quoi.
Chez nous, on partait du principe que si tu votes pas, tu te tais.
Mes études en fac d'histoire sont évidemment venues conforter cet adage. Paris 7. Denis Diderot. De l'amiante à tous les étages du sol au plafond. Des grèves en veux-tu en voilà. Des AG. Des manifs. Histoire politique, histoire des femmes, colonisation, décolonisation... Autant te dire que très rapidement, j'ai fait mien ce rituel électoral.
2002. J'ai voté Noël Mamère en mode "vote contestataire" en me disant que, de toutes façons, je voterais Jospin au 2nd. La suite, on la connaît. Et je me suis jurée, après cette date,  que plus jamais je ne voterais contestataire ou "utile" comme on dit aujourd'hui, au premier tour.
Bref.
Par conséquent, même si je peux comprendre le désintérêt, le désamour, voire le rien-à-foutrisme politique, j'ai quand même du mal à admettre que le vote soit perçu comme un gadget ou un truc inutile.
On aura beau m'opposer tous les arguments possibles, je resterai plantée dans mes convictions (la démocratie, les élections libres, la liberté d'expression et de vote, le vote des femmes qui en ont été privées jusqu'en 1945...etc.)
Re-bref.

S'il vous plaît, votez

Alors quand j'entends les jeunes et les moins jeunes des jeunes qui gueulent parce que Parcours Sup, parce que Ok Boomer, parce que pouvoir d'achat, parce que précarité, parce que pollution, parce que surconsommation, mais qui ont poney le jour des élections, j'avoue ne pas très bien comprendre.
Donc, ce matin, j'étais d'accord avec Cécile Duflot. 100 fois. 1000 fois.
Elle était très émue. En colère. Des sanglots dans la voix.
Et elle avait raison.
Alors, s’il vous plaît, c’est la prière d’une vieille écologiste qui aurait tant aimé que nous ne perdissions pas autant de temps, s’il vous plaît, votez.

La jeunesse engagée mais qui s’abstient, la chronique de Cécile Duflot sur France Inter 

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10 commentaires

  1. Pour ma part c'est le consensus centriste qui fait fuir les jeunes: au centre "les bons" et aux extrèmes "les méchants". Il faut aller voter pour rétablir le clivage gauche-droite garant d'un débat réellement démocratique.

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    1. Je ne sais pas trop quelle est la solution pour les renvoyer aux urnes...
      Perso, je milite pour le vote obligatoire. ce serait déjà une étape

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    2. Voter, si j'ai bien compris, c'est faire la preuve que l'on est un citoyen responsable, c'est bien ça ?

      À partir du moment où le vote devient une obligation, une contrainte, nous sommes ravalés au rang d'êtres irresponsables…

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    3. Je ne sais pas. J'émets des hypothèses, je réfléchis.
      Si j'avais la solution, je ne serais pas là en train de bloguer.
      Beaucoup de choses sont obligatoires et ça ne nous ravale pas pour autant au rang d'êtres irresponsables, hein.

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    4. Si, tout de même un peu ! Bon, si le mot "irresponsable" vous déplaît, en raison de ses possibles acceptions négatives, disons que l'obligation de faire quelque chose nous rend ipso facto "non responsables"…

      La contradiction me paraît particulièrement criante dans le cas du vote, dans la mesure où voter c'est – nous serine-t-on – exercer son pouvoir souverain : comment pourrait-on être à la fois souverain et contraint ?

      Enfin, bon : on discute un peu dans le vide, dans la mesure où il n'est pas question, je crois, de rendre le vote obligatoire en France. À moins qu'un truc m'ait échappé…

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    5. Je vous confirme : pas de projet de la sorte, ou alors, moi aussi, un truc m'a échappé.
      J'avais bien compris la nuance "non responsables" mais je m'interroge : on a le droit de conduire mais le permis est obligatoire.
      Cela fait-il de nous des "non-responsables" ?

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    6. Je crois qu'on est en train de mélanger un peu tout, là ! Le permis de conduire est, en quelque sorte, un "certificat de capacité". De même qu'un chirurgien doit obligatoirement posséder le diplôme adéquat avant de vous ouvrir le ventre…

      Au contraire, le vote ne requiert aucune capacité ni talent particuliers (Dieu sait !). Et, encore une fois, puisque nous sommes censément souverains, je tiens beaucoup à pouvoir décider souverainement… que je n'irai pas voter.

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    7. Mouais...
      (Vous étiez encore dans les spams...)

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  2. Puisque Mme Duflot et vous dites qu'il faut aller voter, eh bien, je vous ai obéi… à ma façon.

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