Confinement. Episode 11. L'union ne se décrète pas


Bienvenue dans la 3ème semaine de confinement. La routine est plus que jamais installée, réglée comme une pendule. On aurait pu croire que le changement d'heure nous aurait encore un peu plus déglingués. Mais non. J'ai fait ma première nuit de 8 heures ce week-end. Une grasse mat' à l'ancienne, debout à 8h30. Ça n'a pas de prix. 
Première et dernière car les nuits de moins de 7 heures sont revenues, comme la semaine d'avant. Et comme celle d'avant encore.
Ce week-end, je me suis lancée dans un ménage de printemps digne de ce nom. Passion javel. Passion aspiro. Passion carreaux. Il faisait un temps minable dimanche avec un vent à décorner les bœufs. J'ai donc prix mon courage à deux mains, lu 3 fois le mode d'emploi de l'aspirateur, lu 4 fois les étiquettes des produits pour vérifier que je ne me plantais pas. Et hop.
Lundi matin, il faisait un temps superbe. Un magnifique soleil cognait contre mes carreaux tout propres. Tout propres... Mais plein de traces. Donc je ne sais pas faire les carreaux. Ce confinement m'aura au moins appris ça.
Hier, j'ai passé ma journée à me mentaliser pour me lancer à l'assaut du supermarché après ma journée de télétravail. J'ai tout envisagé comme alternative. J'ai passé deux heures dimanche - ou samedi je ne sais plus (de toutes façons plus personne ne sait quel jour on est) - à remplir des paniers virtuels sur 3 sites différents de courses en ligne pour arriver à la dernière étape, le choix du créneau horaire.
"Veuillez nous excuser. Plus aucun créneau n'est disponible pour les dix jours à venir

Passion perte de temps.

Donc hier soir, fin du boulot. Je m'équipe, je me conditionne, je respire. Gants. Cache-nez qui ne sert à rien mais qui fait du bien. Des cailloux dans la poche pour jeter sur les gens qui feraient n'importe quoi. Liste de courses longue comme le bras. Go.
Arrivée sur le parking. Je me gare. Je vais chercher un caddie. Tiens, il y a un peu de monde... Je fais la queue docilement en laissant bien un mètre de distance devant, derrière, sur les côtés, en diagonale. Je patiente un bon quart d'heure et je pénètre dans le temple, tant maudit la semaine dernière, de la consommation.

Tiens, j'ai oublié ma carte bleue.

Et hop... Demi-tour. Je repars, je ressors, je range mon caddie, je reprends ma voiture, je retourne chez moi. Carte bleue en poche, je repars au supermarché en m'insultant pendant tout le trajet. C'était donc très mal barré pour que cette sortie dérogatoire alimentaire se passe mieux que la dernière fois. J'ai pris une grande inspiration et, telle une coureuse de fond, j'ai sillonné les rayons comme un robot, en apnée, en insultant les gens qui faisaient n'importe quoi. Mais je ne leur ai pas jeté de cailloux.
30 minutes montre en main. Rupture de stock sur les œufs. Que font les gens avec des œufs en quantité industrielle ?
De retour chez moi, j'étais une wineuse. J'avais remporté les JO toutes disciplines confondues. J'étais épuisée mais victorieuse. J'ai découvert qu'une mission courses, c'était 700 mètres de marche à pied.

Charge émotionnelle en vrac

Ce matin, je suis tombée sur le Boléro de Ravel confiné de l'Orchestre National de France. J'ai pleuré. Je te jure. J'ai vraiment pleuré. Le confinement déglingue ma charge émotionnelle.
Déjà la mort de Manu Dibango la semaine dernière m'avait fait pleuré, maintenant ça. Ce sera quoi la prochaine fois ? Une vidéo de chaton qui miaule ?

Aération dérogatoire

Ce soir, je suis allée marcher. Au même endroit que la dernière fois. Sauf qu'au bout du chemin, j'ai découvert qu'on pouvait faire le tour. Un grand tour. J'ai salué mes nouveaux amis de promenade dérogatoire, chevaux, oies, canards, et j'ai aussi croisé deux pères avec leurs enfants en poussette. Pendant tout le chemin du retour, j'ai essayé d'imaginer leurs vies.
Pères célibataires ? Conjoint-e-s confiné-e-s ? Caissier-e-s ? Médecins ? Soignant-e-s ? Il y a un hôpital assez important sur le chemin juste derrière chez moi. J'espère qu'ils nous entendent le soir quand on applaudit.
Pendant ma marche désormais rituelle (il y a  de fortes chances que j’exècre ce parcours en moins de temps qu'il n'en faut pour me réjouir d'y croiser des chevaux), j'ai laissé filer la musique dans mon iPhone. Je soupçonne le précieux de deviner quand je mets le nez dehors car la première chanson qui en est sortie, c'est We Will Rock You de Queen, suivie de près par The Final Coundown de Europe. 

Le décret de la France unie

Ce midi, notre Président pourfendeur de la "France Unie", slogan de Mitterrand réchauffé au micro-ondes, était en déplacement dans une usine d'Angers qui tourne à plein régime pour fabriquer des masques. 
Tu sais ? Ces masques qui, il y encore quelques jours, ne servaient à rien. Ces masques, dont Sibeth Ndiaye nous expliquait qu'il ne fallait pas généraliser leur usage parce que nous, pauvres cons, on ne saurait pas les utiliser ni les mettre correctement ? Bref, donc oui, ça y est, la France sera souveraine dans la production de masques d'ici la fin de l'année, nous a promis le Président de Groland la République. Bonne nouvelle. Dommage qu'on ait perdu trop de temps.
Oups. je crois que je viens d'émettre une critique. Il paraît que c'est malvenu en temps de guerre.
Il faut être unis. Unis dans la guerre. Unis au front. Unis à l'arrière.
Honte à celles et ceux qui osent critiquer. Il ne faut pas, c'est mal. 
Même Gérard Larcher et Olivier Faure l'ont dit. C'est dire.
Le temps n'est pas à la polémique. Le temps des responsabilités et des critiques viendra après.
Dont acte.
Le Président a dit aussi qu'il ne se défilerait pas quand le temps des responsabilités sera venu. Tu parles. Quand il a pris la parole à Angers, on est passés à deux doigts du 
Qu'ils viennent me chercher !"
Permettez, Monsieur le Président, que les gens s'organisent dès maintenant pour, quand le moment sera venu, pointer les dysfonctionnements, les couacs, les injonctions contradictoires, les revirements des Ministres du Travail, de la Santé, des Transports, de l'Education Nationale & co, et demander des comptes.
Permettez Messieurs Larcher et Faure, que nous ne nous taisions pas quand on reçoit des consignes du jour au lendemain qui son tout et leur contraire.
Permettez qu'on doute quand Jean-Michel Blanquer affirme que nous ne ferons pas l'économie des vacances scolaires et en même temps qu'il faudra que les vacances de Pâques soient des vacances "apprenantes".
Permettez qu'on s'émeuve quand on apprend tous les jours que des présidents de bureaux de vote et assesseurs sont positifs au COVID-19.
Permettez qu'on ne sache plus où donner de la tête quand on n'a pas le droit de bouger à plus d'un kilomètre de chez nous et que, en même temps, la Ministre des Transports rappelle que "ce n’est pas le moment de voyager sur de longues distances".
Permettez qu'on ait l'impression que le Ministre de l'Action et des Comptes publics se fout de notre gueule quand il appelle "à la solidarité nationale" en annonçant la mise en place d'"une plateforme de dons en ligne pour permettre à tous ceux qui le peuvent, particuliers ou entreprises, d’apporter leur contribution à l’effort de solidarité de la nation envers les plus touchés", alors que, en même temps, il a supprimé l'ISF et instauré la flat tax.

Permettez qu'on soit en colère.


Quand je me suis lancée dans la rédaction de ce billet, je pensais qu'il ferait dix lignes.
Finalement, il est très long.
Il est donc facile de parler, de combler le vide de la page blanche comme on comble son quotidien.

Et sinon ? Un tuyau pour se procurer des œufs ?

Résumé des épisodes précédents

Vous aimerez aussi

15 commentaires

  1. Un tuyau pour se procurer des œufs ?> : une ou deux poules.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah ! les poules ! parlons-en, des poules ! Ici, nous en avons deux : une qui ne pond plus depuis au moins deux mois et l'autre qui daigne faire un œuf tous les trois jours. En revanche, on est obligé de se déconfiner la chetron pour aller leur acheter des graines, à ces counasses…

      Sinon, pour les œufs, je conseille l'épicerie de Ménilles, charmant village lès Pacy-sur-Eure : Catherine vient d'en revenir avec 18 œufs, et il y en avait encore tout un stock, directement du producteur local à l'épicerie.

      Évidemment, au prix des œufs, il faudra ajouter celui des six ou sept contraventions que vous dresseront les anges du guet, pour avoir déclaquemurer trop loin de chez vous…

      Supprimer
  2. j'ai sillonné les rayons comme un robot, en apnée, en insultant les gens qui faisaient n'importe quoi

    On fait tous ça.
    L'enfer plus que jamais c'est les autres.
    Sinon bizarrement je partage toutes vos colères pour une fois.

    RépondreSupprimer
  3. Lu. Tu as réussi l'exploit de prendre le lien d'un billet que j'ai posté 2 minutes, le temps d'un test :-)
    Blanquer et ses vacances apprenantes, il nous incite à fabriquer une machine-à-baffes ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il est vraiment en dessous de tout lui aussi.
      Je vais corriger cette bévue.

      Supprimer
    2. « On fait tous ça. »

      Désolé, mon cher, mais je suis t'été au Super U hier : je vous garantis que j'ai respiré tout à fait normalement… et sans insulter personne.

      Il est vrai que je n'avais pas passé la journée à me mentaliser…

      Supprimer
    3. mentaliser
      Mais il y a plus grave :
      Toujours ces., ces-, ces e.-s-es.
      On a l'impression qu'Elodie nous envoie un message en morse.

      Supprimer
    4. Allez allez... vois n’avez que ça à faire pendant cette période, que de plisser les yeux et de faire un micro effort pour lire.

      Supprimer
  4. Si tu as un tuyeau pour les oeufs, je suis preneuse !

    RépondreSupprimer
  5. « Hier, j'ai passé ma journée à me mentaliser »

    Je savais bien que le Grand Claquemurage serait la porte ouverte à toutes les dépravations, je le savais !

    RépondreSupprimer

Vous qui passez par là, ne restez pas anonyme et choisissez au moins un pseudo.
Et si vous voulez balancer du lien, intégrez cette balise