Confinement. Episode 12. Le rituel de la marche


Sitôt la journée de boulot terminée, je me munis de mon attestation de sortie dérogatoire, mon iPhone, mon casque, musique, chaussures, manteau, gel hydroalcoolique, direction derrière chez moi, le Centre équestre, un tour, un détour, environ quatre kilomètres en tout.
C'est devenu un rituel. Surtout quand il fait beau. Il fait frais, certes, il y a beaucoup de vent, mais cette période de contrainte confinée laisse laisse peu de place aux distractions, aux imprévus, et aux "plaisirs simples de la vie". Alors, on ne va pas s'en priver.

Mais pour combien de temps ?

Cela dit, je crains que ça ne dure pas. J'ai un mauvais pressentiment sur cette balade qui coche toutes les cases des zones interdites par le confinement. 
D'abord, depuis hier, le trottoir est barré par un arrêté préfectoral. Il faut donc marcher sur la route pendant 100 mètres environ. Bah oui, le problème, c'est que le trottoir est également une rive. Une des rives de l'Yerres. Etant donné que tous les espaces verts sont désormais interdits, celui-ci est barré. Alors même que c'est un trottoir et que c'est le seul de la route, elle même en circulation alternée à cause du petit pont très étroit qui enjambe la rivière un peu plus loin.
Bref.
Ce soir, la barrière était en vrac. De l'autre côté du chemin. Je ne sais pas si c'est le vent ou des gens qui l'ont dégagée mais bon. La voie était libre. Je l'ai donc empruntée comme avant-hier et le jour d'avant.
Le Centre équestre est balayé par les vents. C'est une immense plaine traversée par quatre chemins, ce qui évite de faire demi-tour. Je n'ai croisé que deux personnes ce soir. Un cavalier (au sol je précise) et une femme qui nourrissait un cheval. Ils papotaient l'air de rien.
Quand j'ai mon casque sur les oreilles, je coupe systématiquement le son quand je croise des gens pour les saluer. Je n'ai donc pas dérogé à la règle. Mais je n'ai pas remis le son immédiatement. Je les ai donc entendu parler comme si de rien n'était, mais en mode "on va parler un peu fort quand même pour qu'elle nous entende avec son casque sur les oreilles".
Mais normalement c'est pas interdit les chemins comme celui-ci ?
"Bah si, c'est même une propriété privée".
"Il faudrait qu'on installe des panneaux et des barrières pour empêcher les gens de venir marcher.
Je sais parfaitement que je vais détester ce rituel dans un futur très proche. Mais je sais aussi que s'il m'est désormais interdit, je détesterai ces gens encore plus. 
David Bowie. Rock'n Roll Suicide.
Metallica. Sad but True.


Je pense

Pendant cette marche qui dure presque une heure. Je pense à tout. À rien. 
Au moment présent, à mes clés qui font un bruit insupportable dans ma poche en cognant contre ma fiole de gel hydroalcoolique. 
Je pense à demain. Je pense au week-end. Il devrait faire beau.
Je pense aux personnels soignants à bout de force qui œuvrent nuit et jour dans l'hôpital du bout de ma rue. Chaque jour, je passe devant une annexe de cet hôpital et chaque jour, ça me tord un peu.
Je pense à la journée qui vient de s'écouler, comme hier et comme demain.
À la montagne de vaisselle qui m'attend et grandit doucement mais sûrement.
Je pense aux prochains apéros en visio. 
Le confinement déglingue tellement notre rapport à la vraie vie qu'avant-hier, on en a fait un à six, dont deux en couple. Lui dans le salon, elle dans sa chambre. C'était tellement absurde que c'en était très drôle. Il y a avait plusieurs jours que je n'avais pas rigolé comme ça.
Bref.
Je pense aussi à l'après. L'après-confinement. L'impatience d'y être.
Et en même temps, personne ne sait ni quand, ni comment nous allons être déconfinés. 
Le Gouvernement ne parle plus que de ça depuis ça hier. On n'a même pas atteint le pic de l'épidémie qu'ils sont déjà en train d'élaborer des scénarios de déconfinement par étapes. Par régions, par âge, par état de santé...
Et que faire des porteurs sains ? On les libère quand ?
Cela dit, pendant qu'ils s'agitent à parler de l'après, on ne parle pas du présent.
On ne parle pas du scandale des masques.
On ne parle pas des millions de dividendes qui sont versés aux actionnaires des grandes boîtes du CAC 40.
On ne parle pas de la dernière sortie de Sibeth Ndiaye dans Le ParisienElle y dénonce ceux qui minimisaient le COVID-19 en se gaussant "il y a encore quelques semaines de cette grosse grippe."
Soit exactement ce qu'elle faisait elle-même le 5 mars dernier sur LCI.
Il paraît qu'elle a remanié son cabinet... Hum.
On ne parle pas non plus de ce énième report des Municipales envisagé par le Gouvernement, bien au-delà du mois de juin. On parle d'octobre. On parle de 2021. On parle par conséquent d'un report des Sénatoriales. Avec toutes les conséquences que ça implique, à savoir reporter également le premier tour pour toutes les villes qui n'auraient pas eu de maire élu-e dès le premier tour. Soit environ 4000 communes. Ou 5000 je ne sais plus. 
On ne parle pas non plus des conséquences d'un tel report à deux vitesses et de tous-tes celles et ceux qui ont été élu-e-s dès le premier tour dans des conditions sanitaires plus que discutables et qui ont restés en poste tandis que dans la commune d'à côté, on rejouerait les deux tours du scrutin dans des conditions sanitaires optimales.
On touche au sublime.
On ne parle surtout pas des trois maires décédés du coronavirus, qu'ils auraient contracté lors du premier tour des municipales, maintenu envers et contre tout, en dépit du bon sens.
On ne parle pas encore des ravages du virus dans les EHPAD qui vont faire exploser les chiffres de la mortalité liée à cette épidémie.

Very bad buzz

Pendant qu'on parle de l'après, on ne parle pas du bad buzz du jour dans lequel on voit un chercheur et un présentateur d'LCI évoquer tranquillement les options liées aux études scientifiques visant à éradiquer ce putain de virus :
Si je peux être provocateur, ne devrait-on pas faire cette étude en Afrique ou y’a pas de masques, pas de traitement, pas de réanimation ... ou chez les prostitués qui sont hautement exposées ?"
Bah mais oui mais c'est bien sûr ! Que n'y a-t-on pas pensé plus tôt ?
Pas de confinement pour le racisme.

Voilà. Quand je marche, je pense à tout ça.

Et au verre de vin qui m'attend et qu'il est plus que temps que j'aille boire.
À demain.
Ou à samedi.
Ou peut-être même à dimanche.
La vie est ainsi faite en confinement qu'il me semble bien illusoire de croire que j'aurai toujours autant de trucs à raconter chaque jour.
Autant de trucs pour ne rien dire finalement.
Ça me rappelle le sketch de Raymond Devos que Sylvie m'a envoyé hier.

Ah, au fait ! J'ai trouvé des œufs !


Résumé des épisodes précédents
Episode 11. L'union ne se décrète pas.

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12 commentaires

  1. Nous pensons davantage et c'est tant mieux. Je pense aux changements, aux bienfaits collatéraux qu'apportent cette crise, je suis naïf, je pense.

    Qu'as-tu fait de tes œufs ?

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    1. Je me plais à être naïve aussi.
      Ils sont au frigo. Je vais les attaquer dès que possible.
      (Oui je sais, il paraît qu’il ne faut pas mettre les œufs au frigo)

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    2. « Oui je sais, il paraît qu’il ne faut pas mettre les œufs au frigo »

      Dans ce cas, pourquoi continuez-vous à le faire ?

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  2. Vous êtes toujours à ressasser les fautes des autres et à critiquer tout ce qu'ils font. J'aimerais bien vous voir aux commandes avec la Ségolène..
    Donnez nous vos conseils pour la suite de la crise. J'ai hâte de vous lire...

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    1. Que vient donc faire Ségolène là-dedans?
      Et si j’avais la réponse à cette question, je ne serais pas là à vous répondre.
      En revanche, cliquez donc sur les liens dans ce billet, vous verrez, c’est fort instructif.

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    2. Il faut excuser René-Paul qui, depuis l'arrivée du petit Chinois s'est mué en une sorte de macronolâtre de la plus réjouissante espèce. Donc, comme tous les nouveaux croyants touchés par la grâce, toute critique de sa nouvelle idole lui est très pénible.

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  3. voilà faut se forcer à marcher si tu peux le faire. Surtout qu'il va désormais faire plus beau et plus chaud. Ce qui va rendre le confinement pénible (moi je commence à ne plus tenir, mais vraiment plus tenir: il me faut des arbres)

    Après si des cons mettent des barrières, c'est vraiment con mais c'est logique, c'est pour éviter les attroupements de cons dans les lieux.

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  4. De mon côté, j'ai du mal à être optimiste pour la suite.
    J'évite donc d'y penser et essaie de me consacrer - autant faire se peut - au moment présent...

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